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DÉCIDEURS - La Tribune ToulouseÉconomie - La Tribune Toulouse

De retour à Toulouse, Mike Poon se confie sur l'avenir de l'aéroport

Photo de Florine Galéron

Florine Galéron

Publié le 04 décembre 2017 à 16:51 - Mis à jour le 06 décembre 2017 à 09:14

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Il avait disparu des écrans radars en 2015, quelques mois après la privatisation de l'aéroport de Toulouse. De passage dans la Ville rose lundi 4 décembre, Mike Poon, président de Casil Europe (société, créée par les actionnaires chinois, qui détient 49,99% des parts de l'aéroport) a accordé une interview exclusive à La Tribune. L'homme d'affaires revient sur les bouleversements connus par l'aéroport, la possibilité de lignes directes vers la Chine, mais aussi sur son activité de loueur d'avions.

Quelles sont les raisons de votre passage à Toulouse ?

Je ne suis pas venu à Toulouse uniquement pour l'aéroport, mais aussi pour célébrer la livraison du 100e Airbus de ma société de location et le premier A320neo (en plus d'être à la tête de Casil Europe, Mike Poon dirige l'entreprise chinoise Calc, qui acquiert des avions et les met en location auprès de compagnies aériennes partout dans le monde, NDLR). Calc est le plus gros loueur d'avions en Chine avec 147 avions commandés auprès d'Airbus, soit 20 à 30% des avions importés en Chine par l'avionneur, et 50 avions commandés auprès de Boeing. Mais ce n'est pas assez. Calc doit avoir 40 à 50 nouvelles livraisons par an selon notre business plan donc nous devons continuer de commander au moins 40 avions par an. Le marché de la location est en pleine croissance. 45% des avions partent en location auprès des compagnies aériennes. Le plus gros marché est en Chine puisque le nombre de passagers explose.

C'est la première fois que vous médiatisez un déplacement à l'aéroport de Toulouse depuis votre "disparition" en juin 2015... Pendant des mois, personne n'a eu de vos nouvelles, vous avez démissionné de votre société de location Calc citée dans une affaire de corruption en Chine, ainsi que du conseil de surveillance de l'aéroport. Vous comprenez que cela ait pu créer la panique ?

Je comprends cette panique mais à ce moment-là il y avait en Chine une enquête sur l'ensemble du secteur de l'aviation. J'étais interrogé dans certaines enquêtes en tant qu'acteur important du secteur. Pour m'assurer que l'aéroport et mes autres investissements ne soient pas affectés, j'ai décidé de démissionner le temps de l'enquête.. J'ai aussi pris le temps de voir ma famille parce qu'en tant qu'homme d'affaires je n'avais pas eu de vacances pendant des années. Cela a pris plusieurs mois pour clore toutes ces enquêtes mais la bonne nouvelle est que tout était en conformité.

Mike Poon revient sur les bouleversements connus par l'aéroport depuis trois ans (Crédit : Rémi Benoit).

L'autre polémique autour de l'aéroport de Toulouse concerne le versement en juin dernier de 7,85 millions d'euros de dividendes aux actionnaires dont 1,5 million issu des réserves financières de l'aéroport. Pourquoi puiser dans ces réserves ?

Pour votre information, la part moyenne des dividendes versée aux actionnaires sur l'ensemble des infrastructures françaises correspond à un rendement entre 4 et 5%, à l'aéroport de Toulouse pour Casil Europe ce versement représente moins de 1% de rendement. Il existe toujours une énorme différence par rapport à ce qui serait un retour sur investissement équilibré. Mais nous sommes très patients sur ce point. Nous comprenons que cela ait créé de l'incompréhension. Mais pour être honnête, pour chaque investissement nous attendons un rendement normal.

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Le contrat de régulation économique prévoyait un investissement de 63,9 millions d'euros. Nous avons déjà engagé plus de 89,5 millions d'euros d'investissement (avec les travaux d'extension de l'aéroport, NDLR) et en plus nous avons engagé 32,3 millions d'euros dans d'autres projets dont la construction de NH Hotel et d'un atelier de peinture pour Airbus. Nous avons déjà investi dans des projets locaux c'est la raison pour laquelle il y a eu des versements de dividendes au cours des deux dernières années. Mais je pense que notre communication doit être améliorée pour éviter tout malentendu.

Les élus locaux auraient souhaité que vous participiez au financement de grands projets locaux comme la troisième ligne de métro de Toulouse ou le parc des expositions. Pour l'instant, ce n'est pas le cas. Pourquoi ?

Je suis très intéressé par tous ces projets. Je continue à demander à mon équipe dirigeante au sein de Casil Europe d'examiner ces projets. Concernant le métro, nous attendons les projections financières qui sont importantes pour avoir de la visibilité.

Le printemps prochain constituera une étape importante pour l'aéroport puisque l'État décidera s'il vend ses 10,01% de parts restantes et si Casil Europe les remporte vous deviendriez majoritaire en terme de capital. Comment appréhendez-vous cette échéance ?

L'aéroport de Toulouse est déjà en train de se transformer avec succès d'une infrastructure publique à un aéroport privatisé. Les résultats sont là. La prochaine étape est d'augmenter le nombre de passagers et proposer plus de qualité de service. Nous avons respecté tous nos engagements et nous travaillons activement pour obtenir des vols directs vers la Chine.

Selon La Dépêche du Midi, Casil Europe a essayé de vendre ses parts à Vinci. Est-ce vrai ?

La vérité est que pour Casil Europe l'aéroport de Toulouse est un investissement de long-terme. Nous n'essayons pas de vendre nos parts de capital. Tout ceci relève de rumeurs que nous ne voulons pas commenter.

Mike Poon à l'aéroport de Toulouse lundi 4 décembre (Crédit : Rémi Benoit).

Quel bilan faites-vous de ces trois ans depuis votre arrivée dans le capital de l'aéroport ?

En tant qu'actionnaire, nous sommes satisfaits de la qualité de service offerte aux passagers de l'aéroport qui est pour nous la première priorité, la seconde étant le retour sur investissement. Sur ces deux volets, nous pensons que l'aéroport a accompli ce que nous attendions en tant qu'actionnaire. Nous sommes heureux de cet investissement et nous souhaiterons apporter davantage de valeur ajoutée à cet investissement.

Jean-Michel Vernhes, président du directoire de l'aéroport quittera son poste au printemps, tout comme Anne-Marie Idrac, la présidente du conseil de surveillance. Selon vous, quelles sont les qualités requises pour les remplacer ?

J'ai de très bonnes relations avec Jean-Michel Vernhes et c'est quelqu'un que je respecte. Je le remercierai toujours pour la manière dont il a mené la transition durant la privatisation. Comme vous le savez, l'aéroport est déjà entré dans une nouvelle ère avec la mise en place de nouveaux développements en son sein et nous sommes à la recherche d'un nouveau président pour continuer ce développement et travailler sur d'autres angles de croissance. L'aéroport est une entreprise internationale, nous recherchons donc un bon professionnel et ensuite parmi les critères requis, cette personne devra comprendre et parler parfaitement le français. Nous sommes confiants sur le fait que nous trouverons les bons candidats pour ce poste.

L'un des objectifs de votre entrée au capital était de créer des vols directs entre Toulouse et la Chine. À quel horizon est-ce possible ?

Aujourd'hui, tous les droits de trafic entre la France et la Chine sont exploités. Nous ne pouvons rien garantir car il est nécessaire d'avoir des droits de trafic supplémentaires pour y parvenir, c'est aux gouvernements de la France et de la Chine de discuter. Il y a actuellement cinq compagnies aériennes intéressées par des nouvelles lignes vers la France dont au moins une d'entre elles place Toulouse comme destination.

Quel type de villes chinoises ciblez-vous ? L'aéroport expliquait début 2017 cibler plutôt "des villes secondaires de 20 à 30 millions d'habitants comme Shenzhen ou Chengdu plutôt que les grandes mégalopoles comme Pékin ou Shanghai"...

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Nous ne voulons pas donner de détails à ce stade sur les villes que nous ciblons. Mais toujours est-il que le trafic aérien en Chine explose aussi bien dans les mégalopoles que dans les villes secondaires, donc beaucoup de villes seraient intéressantes pour ces liaisons vers Toulouse. Avant la privatisation, très peu de gens en Chine, connaissaient Toulouse. Avec notre investissement, je peux vous assurer que toutes les compagnies aériennes ont ce nom en tête.

Florine Galéron

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