Aéroport de Toulouse : "les masques vont tomber dans les sept prochains mois"

Florine Galéron

Florine Galéron
Révélée ce jeudi par La Tribune, l'annonce du remplacement surprise de Jean-Michel Vernhes de la présidence du directoire de l'aéroport de Toulouse* est hautement symbolique. À la tête de la plateforme aéroportuaire depuis 1999, Jean-Michel Vernhes est une figure du transport aérien. "Il a mené pendant des décennies une gestion saine de l'aéroport jusqu'à l'arrivée de Casil Europe (en avril 2015, cette société chinoise a racheté 49,99 % des parts de la société Aéroport Toulouse-Blagnac (ATB), auparavant détenues par l'État, NDLR). Avant ce rachat, l'aéroport ne reversait que la moitié des bénéfices aux actionnaires et pas l'intégralité comme maintenant", estime Marc Péré, président de Métropole citoyenne, groupe politique d'opposition au conseil communautaire de Toulouse Métropole.
Ce dernier présentera une motion en assemblée le 3 octobre prochain pour dénoncer "une spoliation", mettant en cause "la gestion financière de l'aéroport au service du développement économique de notre territoire, et non au service d'intérêts financiers qui menacent son avenir".
"Les sept prochains mois seront cruciaux pour l'aéroport, afin de savoir si le capital reste dans les mains de la puissance publique", lance Marc Péré. À partir du 18 avril 2018, l'État aura en effet six mois (renouvelable une fois) pour décider s'il met en oeuvre l'option de vente à Casil Europe de ses 10,01% de parts restantes. Avec 60% des parts, l'actionnaire chinois deviendrait majoritaire au sein du capital de l'aéroport.
Les actionnaires locaux qui détiennent les 40 % de capital restant (CCI 25 %, Département 5 %, Région 5 % et Métropole 5 %) veulent tout faire pour empêcher cette prise de contrôle de Casil Europe. "Nous serons prêts à examiner le rachat d'une partie ou de l'intégralité des 10,01%", explique par exemple Bernard Keller, vice-président de Toulouse Métropole en charge de l'aéronautique. "On pourrait même imaginer une participation citoyenne", complète Pascal Boureau, représentant du Conseil départemental de Haute-Garonne au sein du conseil de surveillance de la société ATB.
Mais pour les opposants à la privatisation, le mal est déjà fait. Marc Péré dénonce notamment les 7,85 millions d'euros de dividendes versés aux actionnaires fin juin dont 1,5 million issu des réserves financières de l'aéroport.
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Christophe Lèguevaques, l'avocat du collectif contre la privatisation d'ATB pointe de son côté "un double discours" :
De leur côté, les actionnaires locaux estiment que cette stratégie répond à une logique économique.
Même raisonnement pour Philippe Robardey, président de la CCI de Toulouse qui estime qu'"il fallait une grande naïveté pour penser que Casil Europe allait investir sans retour sur investissement".
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Deux ans après la cession des parts de l'État, le feuilleton judiciaire n'est pas terminé. Le collectif opposé à la privatisation a déposé un recours devant le tribunal administratif contre l'opération, la décision en appel est attendue pour le premier trimestre 2018.
*Contactée par la rédaction, la direction de l'aéroport de Toulouse n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet.
Florine Galéron