"10 milliards d'euros en plus sur 10 ans pour l'enseignement supérieur et la recherche"

Propos recueillis par Sophie Arutunian
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Vous avez remis le 31 janvier aux ministres concernés un rapport qui établit la stratégie de la France en matière de recherche et d'enseignement supérieur. Il stipule que l'État doit augmenter son budget de 10 milliards d'euros sur 10 ans. Dans quel but ?
L'objectif à 10 ans est d'atteindre 3 % du PIB pour les dépenses dans la recherche (contre 2,24 % aujourd'hui), et d'atteindre 2 % du PIB pour l'enseignement supérieur (contre 1,5 % aujourd'hui). Les pays les plus performants en Europe (qui sont les pays du nord de l'Europe) sont à 1,7 voire 1,8 % du PIB investis dans l'enseignement supérieur mais, étant donnée la trajectoire dans laquelle nous sommes aujourd'hui, ils seront à 2 % dans 10 ans. Ce sont deux objectifs ambitieux mais nécessaires. Cela suppose d'augmenter chaque année le budget d'un milliard d'euros.
Sans cet investissement, la France n'est pas compétitive en matière de recherche et d'innovation ?
Notre objectif n'est pas d'être dans la moyenne de l'OCDE mais d'être parmi les pays les mieux placés. La France n'ambitionne pas d'avoir des performances justes moyennes. Or, il faut regarder comment les autres pays ont évolué en matière de recherche et d'enseignement supérieur : certains émergent de manière extrêmement frappante. On ne peut plus rester sur l'idée que le même petit groupe de pays continuera à dominer le monde académique. Par exemple, je me souviens que lorsque j'ai commencé mes études, la Chine était en retard scientifiquement. Aujourd'hui, elle nous rattrape en termes de dépenses de R&D et beaucoup de professeurs invités y vont régulièrement, et dans de très bonnes conditions, et les étudiants chinois choisissent souvent un poste en Chine, même quand ils ont des offres aux États-Unis. Autre exemple : en Iran par exemple, où je me suis rendu avec Thierry Mandon en décembre, il y a plus d'étudiants qu'en France, comparé au nombre d'habitants.
Et en Europe ?
Le Danemark et la Suède sont en forte croissance en termes de nombre de diplômés du supérieur. Quand j'ai rencontré leurs ministres respectifs en charge de la recherche, c'était frappant. Je leur ai demandé si la crise avait eu un impact sur les dépenses dans l'enseignement supérieur et ils m'ont répondu : "au contraire, s'il y a moins d'emplois à un moment donné, profitons-en pour former les gens".
Propos recueillis par Sophie Arutunian