Les cinq mécaniciens d'un accord « impossible »

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Jeudi, le Conseil européen extraordinaire devra décider de l'avenir de la Grèce et de l'Europe. Si les discussions promettent d'être délicates, ce n'est pas seulement parce que la Grèce est financièrement aux abois et que le danger de contagion menace. C'est aussi parce que les personnalités qui devront construire les nouveaux contours de la zone euro sont aux antipodes et que leurs intérêts sont des plus divergents. Revue de détail de ceux qui, jeudi, malgré tout, auront à trouver des compromis.

Angela Merkel, une « patronne » très instable
Angela Merkel sera incontestablement la « patronne » de ce sommet extraordinaire. L'Allemagne, par sa croissance économique retrouvée et par son crédit sur les marchés financiers, a les moyens d'imposer ses choix au reste du continent. Sauf que la chancelière ne sait que faire de cette puissance. Depuis dix-huit mois, elle commence par refuser ce qu'elle finit par accepter, se mettant ainsi à dos non seulement ses partenaires européens mais aussi son opinion publique. Angela Merkel a bien du mal à concilier son souci de popularité nationale, qui l'entraîne parfois dans des discours à la limite de l'euroscepticisme, et ses responsabilités européennes qui la contraignent aux concessions. Elle s'en sort souvent par une solution de facilité, consistant à gérer l'urgence. En cela est-elle sans doute une des premières responsables de l'aggravation de la crise. En sera-t-il de même jeudi ? R. G.

Jean Claude Trichet livre son dernier combat
Président de la seule véritable institution fédérale européenne, Jean-Claude Trichet livre, à quatre mois de son départ de Francfort, un dernier combat. Lui qui, en acceptant le rachat d'obligations d'État des pays en difficulté, avait brisé, au nom des circonstances, un dogme, veut désormais éviter que la crise n'emporte finalement la BCE et l'euro. Aussi doit-il absolument éviter un défaut grec qui mettrait à mal le bilan de la Banque centrale européenne, ce qui, par ricochet, mettrait en cause sa politique de rachat de la dette hellénique, mais surtout démontrerait l'échec des institutions issues du traité de Maastricht, dont la BCE est l'enfant. Face aux moulins à vent des intérêts nationaux, et notamment allemands, il est le Don Quichotte de l'idée européenne, proposant plus d'Europe et un ministère des Finances européen. Mais au nom du réalisme, il saura aussi accepter des compromis. R. G.

Christine Lagarde veut prendre ses marques
Pour la nouvelle directrice générale du FMI, la gestion de la crise de la zone euro a valeur de test personnel. Fervente avocate d'une aide à la Grèce lorsqu'elle était ministre des Finances en France, Christine Lagarde a à coeur de prouver sa compétence et d'éviter tout soupçon de conflit d'intérêt. Dans un rapport du FMI publié mercredi dernier sur la Grèce, le premier depuis sa prise de fonction, Christine Lagarde a conditionné la participation du FMI au deuxième plan d'aide à la Grèce à de nouveaux engagements de l'Europe, à des sacrifices des créanciers privés, et à de nouveaux efforts d'Athènes pour réduire son déficit budgétaire. « Il ne faut rien considérer comme acquis », a-t-elle déclaré. « Le montant du soutien officiel dépendra de la réussite de l'initiative de participation du secteur privé ». Les Européens sont prévenus. Sy. R

Van Rompuy, le diplomate qui cherche à exister
Si cela n'avait tenu qu'à lui, le sommet des chefs d'État et de gouvernement de la zone euro se serait réuni ce mercredi ou vendredi, mais pas jeudi, jour de la fête nationale belge. Mais le président du Conseil et ancien Premier ministre belge n'en a pas fait une affaire de principe. Une décision à l'image du personnage. Herman van Rompuy est un monstre de... pragmatisme. Un temps il a essayé d'exister face à Angela Merkel ou Nicolas Sarkozy, comme en novembre dernier, lorsqu'il a dit : « La première année du traité de Lisbonne a été marquée par la crise de la zone euro, c'était une période de survie et ce n'est pas encore terminé. » Il prend depuis, de moins en moins la parole, préférant ne pas ajouter à la cacophonie ambiante. La politique belge est une école de diplomatie qui prépare assez bien au rôle dans lequel les chefs d'État européens ont installé leur « président ». F. A. à Bruxelles

Georges Papandréou, l'homme en colère
Depuis qu'il a pris ses fonctions en octobre 2009, le Premier ministre grec, le socialiste Georges Papandréou, aura eu ses nerfs mis à rude épreuve. S'il a obtenu en juin le vote du dernier plan d'austérité en juin pour percevoir le versement de l'aide financière vitale de l'Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI), le prix en est élevé. Honni par les manifestants de plus en plus nombreux qui refusent l'austérité, il a dû procéder à un remaniement ministériel qui a fait la part belle aux poids lourds du Pasok (parti socialiste grec), avec l'arrivé aux Finances de l'ex-ministre de la Défense, Evangelos Venizelos, le rival de Papandréou au sein du Pasok. Le chef du gouvernement grec, qui considère avoir rempli sa mission, ne se gêne pas pour critiquer les responsables européens sur leurs atermoiements pour fixer les modalités d'une nouvelle aide à son pays. R. Ju.

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