Le sommet européen accouche dans la douleur d'un accord sur la crise de la dette

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On savait que les pays membres auraient du mal à se mettre d'accord. Ce fût le cas : les négociations auront duré dix heures. Mais, plus que les Etats, ce sont les banques créancières de la Grèce qui ont failli faire tout capoter. Le détail des mesures qui vont être adoptées et le récit d'une soirée qui sera marquée d'une pierre blanche dans l'histoire de la crise de la dette.

Le sommet de la zone euro qui s'est achevé dans la nuit de mercredi à jeudi a finalement débouché, vers 5 heures du matin, sur un ensemble de mesures pour résoudre la crise, dont l'effacement de 50% de la dette grecque envers ses créanciers privés et le renforcement du Fonds de stabilité de la zone euro.

Ce nouveau plan pour la Grèce adopté jeudi représente un succès certain pour Nicolas Sarkozy même si la France a dû céder sur certains points importants à son grand partenaire allemand pour présenter un front commun à leurs partenaires. "Je crois que le résultat sera accueilli avec soulagement par le monde entier, qui attendait des décisions fortes", a-t-il précisé.

La soirée a été mouvementée car, si les membres se sont mis d'accord assez rapidement (vers minuit), les banques ont âprement négocié avec le couple franco-allemand, rebaptisé pour l'occasion dans les couloirs "Merkozy". A 1 heure du matin, l'Institut de la finance internationale annonçait qu'il n'y "aurait pas d'accord sur quoi que ce soit" et en particulier sur la décote. Un diplomate avait confirmé à l'AFP à cette heure là qu'il «n'y avait pas eu de résultat immédiat mais les négociations continuent avec le secteur bancaire». Selon le correspondant de LCI qui twitté, l'Allemagne était suspectée de vouloir provoquer un défaut grec. Tandis qu'Angela Merkel aurait dû s'excuser auprès de Sivlio Berlusconi sur ses propos tenus un peu plus tôt dans la journée.

Les principaux points de l'accord :

1 - AIDE A LA GRECE

Les banques et fonds d'investissements privés qui détiennent de la dette grecque ont accepté de renoncer volontairement à 50% de leurs créances sur la dette du pays d'ici 2020: concrètement, à partir de janvier 2012, ils échangeront leurs obligations de dette grecques contre d'autres dont la valeur sera diminuée de moitié. Cela représente un effacement de 100 milliards d'euros de la dette grecque, actuellement de 350 milliards d'euros.

Le Fonds de stabilité de la zone euro (FESF) apportera à ces créanciers privés 30 milliards d'euros de garanties sur ces nouvelles créances.
Le plan de 109 milliards d'euros d'aide publique (UE et Fonds monétaire international) pour la Grèce décidé le 21 juillet est remplacé par un autre, d'un montant de 100 milliards d'euros, jusqu'en 2014, qui s'accompagnera d'une étroite surveillance par les créanciers de la mise en oeuvre des réformes réclamées au pays.

Athènes devra trouver 15 milliards d'euros pour réduire sa dette en procédant à des privatisations.

2 - RECAPITALISATION DES BANQUES

Les fonds propres durs des banques (capital social et bénéfices mis en réserve) devront atteindre 9% "au 30 juin 2012".
Pour y parvenir, "les banques devront faire appel en priorité à des sources de capital privées". En attendant que cet objectif soit atteint, "les banques devraient être sujettes à certaines contraintes concernant la distribution de dividendes et le paiement de primes".
L'Autorité européenne des banques (EBA) a évalué mercredi à 106 milliards d'euros les besoins de recapitalisation, qui concerneront 70 établissements. Les banques grecques sont les principales concernées (30 milliards) devant les banques espagnoles (26,16 milliards) et italiennes (14,77 milliards).

3 - RENFORCEMENT DU FONDS DE SAUVETAGE DE L'EURO

Le FESF, doté actuellement d'une capacité de prêt de 440 milliards d'euros, atteindra une force de frappe d'environ 1.000 milliards d'euros. Le levier de démultiplication serait d'au moins 4.
Deux mécanismes devraient se compléter à cet effet.
Le premier consistera à garantir une partie des pertes éventuelles des investisseurs privés lorsqu'ils achèteront des obligations souveraines sur le marché primaire.
L'autre consistera à créer un ou plusieurs fonds spéciaux (special purpose vehicles) destinés à attirer les investisseurs extérieurs privés ou publics, comme les pays émergents. Le texte évoque, sans plus de précision, "une coopération encore plus étroite avec le Fonds monétaire international".

4 - RENFORCEMENT DE LA DISCIPLINE BUDGETAIRE

Les règles d'or sur l'équilibre budgétaire seront généralisées. Parmi les mesures prévues pour renforcer la discipline budgétaire commune de l'Union monétaire figure "l'adoption par chaque Etat membre de règles sur un budget équilibré transmettant le Pacte de stabilité et de croissance dans la législation, de préférence au niveau constitutionnel ou équivalent, d'ici fin 2012", indique le texte.

5 - RENFORCEMENT DE LA GOUVERNANCE ECONOMIQUE DE LA ZONE EURO

Des sommets de la zone euro auront lieu deux fois par an. Ils seront présidés, au moins dans un premier temps, par le président de l'UE, le Belge Herman Van Rompuy. Un changement du traité de l'UE est envisagé.

6 - ROLE DE LA BCE

Les gouvernements de la zone euro risquent de devoir toujours compter sur le rôle de pompier de la BCE pour soutenir les pays fragiles comme l'Italie et l'Espagne. Son futur président, Mario Draghi, a promis de continuer dans cette voie si nécessaire.

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