Les défis de la nation arc-en-ciel

L'Afrique du Sud qui accueille la Coupe du monde de football a vaincu ses démons racistes il y a dix-neuf ans mais n'a pas pour autant guéri tous ses maux.

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« Ayoba ! » - « cool ! » en argot des townships -, l'apparente décontraction de cette expression choisie comme slogan de la Coupe du monde est censée symboliser la réconciliation des communautés au sein d'un pays « uni dans sa diversité » ainsi que le proclame sa devise officielle. Seize ans après les premières élections démocratiques en 1994, qui ont porté l'ANC de Nelson Mandela au pouvoir, le chemin semble encore long pour la nation arc-en-ciel que celui-ci appelait de ses voeux.

Fini le temps où une infime minorité de Blancs (à peine 10 % de la population) régnait sans partage, ayant inscrit dans la loi l'exclusion du reste de la population. Si le système de l'apartheid a bien été aboli, les inégalités sociales pourtant demeurent. En effet, la première puissance économique du continent compte 25 % de chômeurs. Parmi les 49 millions de citoyens que compte l'Afrique du Sud, 20 millions vivent sous le seuil de pauvreté. La population noire, qui représente 80 % de la population, contrôle à peine 5 % des richesses. Alors pour inverser la tendance et augmenter la prévalence des citoyens noirs dans l'économie, le gouvernement a mis en place un système de quotas, en vigueur depuis 2007. Cette mesure, le Black Economic Empowerment, a pour objectif non seulement de veiller à ce que les sociétés comptent assez d'employés de couleur, et ce jusque dans les conseils d'administration, mais aussi à ce que le transfert de capital soit effectif. Dans l'industrie minière, la principale manne financière du pays, 26 % du capital des entreprises devra changer de mains d'ici à 2012. Mais, pour le moment, les actionnaires noirs des mines ne sont que 5,6 % à la Bourse de Johannesburg. « La nationalisation des mines est au programme de l'ANC », a affirmé Julius Malema, le leader de la Ligue des jeunes de l'ANC, au mois d'octobre, propos aussitôt démentis par les instances du parti. En véritable trublion de la vie politique sud-africaine, ce jeune homme de 29 ans multiplie les provocations, appelle à la confiscation des terres des Blancs, ressuscite les vieux hymnes, désormais interdits, appelant à tuer le Boer (le paysan afrikaner), ce qui lui a valu de passer en conseil de discipline de l'ANC au début du mois de mai. De la bouche d'un membre de la première formation politique du pays (65 % de sièges au Parlement), qui plus est un protégé du président Jacob Zuma, ces propos ont de quoi inquiéter. D'autant qu'ils sont enclins à séduire la base de l'électorat. Pour autant son mentor et lui risquent de perdre leurs soutiens au sein de l'ANC d'ici les prochaines élections, en 2012. Les frasques du président, polygame décomplexé et jugé pour viol, ont déjà fait couler beaucoup d'encre.

 

Tandis que le sida fait des ravages en Afrique du Sud - un habitant sur dix en est atteint - et que les campagnes de prévention mettent en garde contre la multiplication des partenaires et les relations non protégées. Le président, lui, invoque « des raisons culturelles » pour ignorer ces risques publiquement. La violence sexuelle est un fléau en Afrique du Sud. Chaque année, un million de femmes sont violées. Le chiffre de 50 meurtres par jour, qui date de 2008, fait lui aussi frémir. Il n'est pas un dîner en ville où chacun ne fasse part de son anecdote ou de son expérience de « car jacking » (vol de voiture avec violence) et de cambriolage (240.000 cas cette année). De quoi alimenter la paranoïa ambiante, et justifier les murs hérissés de clôtures électrifiées, les barreaux aux fenêtres et les portails commandés à distance des maisons dans les quartiers résidentiels des grandes villes, tel Zoo Lake à Johannesburg. Mais le risque est infime pour le supporter en goguette lors du Mondial. La police, forte de 44.000 agents, rappelle les consignes de sécurité?: ne pas sortir seul, la nuit dans les quartiers les plus déshérités. Découvrez dans nos pages ce que l'on peut faire à la place.

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