La coopération, un concept encore loin des réalités

La réduction des budgets militaires devrait contraindre les États et les industriels à se lancer tous azimuts dans la coopération. Ce qui n'est jamais une sinécure...

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Coopérer. C'est aujourd'hui le maître mot très en vogue de l'ensemble des responsables politiques et, à un degré moindre - pour des raisons de business -, des industriels de l'armement européen... Y compris des Britanniques, qui se veulent « pragmatiques plutôt qu'idéalistes à l'image des Français », comme ironise un sujet de Sa Majesté, spécialiste de l'armement. En clair, comment faire aussi bien avec beaucoup moins de crédits pour la défense. C'est l'équation du moment et les États ont une seule et même réponse : la coopération dans les programmes. Car coopérer signifie avant tout économiser pour tous les Bercy européens avec la fin de certaines duplications et l'assurance d'une meilleure rationalisation industrielle et opérationnelle.

Pour autant, la coopération, dans les faits, est aujourd'hui loin d'être aussi à la mode que dans les discours et les déclarations d'intention. Car ces dernières années, les États n'ont pas lancé énormément de nouveaux programmes de coopération. « Sur les 50 milliards d'euros d'investissements annuels des pays européens en matière d'armement, le montant des programmes réalisés en coopération s'élève à 9 milliards d'euros. Soit moins de 20 % », observe le directeur de l'Organisation conjointe de coopération en matière d'armement (Occar), Patrick Bellouard. Le patron de l'Occar, qui gère environ 3 milliards d'euros par an, estime, lui aussi, que cette part « devrait augmenter avec la contraction des budgets de défense ». L'Italie et la France ont d'ailleurs récemment confié à l'Occar le programme satellitaire Musis. Il y a aussi et surtout l'axe franco-britannique dans la défense et l'armement, un mariage de raison entre Londres et Paris afin de maintenir leurs ambitions internationales... Mais qui trouve déjà ses limites en Libye, où les tensions en hommes et en matériels des deux côtés de la Manche deviennent chaque jour que dure ce conflit de moyenne intensité de plus en plus criantes.

Coopérer, cela veut également dire payer des surcoûts en termes d'organisation industrielle.

« Clauses contraignantes »

La Cour des comptes des militaires, le CPRA, rappelle que les programmes en coopération « ne devraient être lancés qu'après que tous les risques auront été pesés, y compris celui du retrait de certains partenaires, ce qui implique que les accords préalablement conclus par les États participant à un programme comportent des clauses contraignantes ». L'exemple de l'avion de transport militaire A400M est encore dans tous les esprits. En outre, les états-majors des pays européens doivent harmoniser leurs spécifications et leurs calendriers de lancement de programme, ce qu'ils n'ont jamais trop fait jusqu'ici. Enfin, les États doivent également arbitrer sur des abandons de souveraineté dans certaines de leurs filières industrielles. Et là aussi, en général, ça coince !

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