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"Chez Total, la sécurité est un enjeu"

Propos recueilli par Elodie Burie

Publié le 28 juin 2011 à 10:51 - Mis à jour le 28 juin 2011 à 11:01

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Entretien de Jean-Marc Jaubert, directeur sécurité industrielle de Total.

La Tribune. Total rappelle que la sécurité est sa priorité. Pourtant, le groupe a eu à déplorer dans un passé plus ou moins récent quelques accidents dramatiques. Alors que signifie cet impératif de sécurité ?

Jean-Marc Jaubert. Notre groupe affirme que la sécurité est sa priorité. Mais le poids industriel de Total, en France notamment, lui confère une très forte responsabilité. Cette exigence de sécurité a deux raisons de fond. D'abord, elle est liée à notre droit d'opérer, à notre acceptabilité sur le territoire national. Vis-à-vis des parties prenantes externes, les riverains de nos sites par exemple, mais aussi à l'égard de nos salariés qui doivent pouvoir repartir chez eux en bonne santé après leur journée de travail. Ce devoir-là, je le précise, s'exerce autant vis-à-vis des salariés du groupe que de ceux des entreprises extérieures. Les accidents de ces entreprises sont nos accidents et ils sont pris en compte et analysés de la même façon que ceux de nos équipes. La deuxième raison de cette exigence, c'est un enjeu d'excellence. On ne peut pas bien opérer des sites si on ne les opère pas en sécurité. Dans la majorité des métiers de Total, on manipule des produits qui ne sont pas anodins, et la fiabilité de nos installations est donc un impératif de sécurité.

Mais comment traduire cette intention dans les faits ?

C'est d'abord un acte managérial. La direction du groupe est complètement porteuse de ce message et, sur le terrain, chaque manager est là pour relayer cet impératif : par ses actes, par ses décisions, par son comportement, etc. Il faut que tout soit cohérent. Juste après la catastrophe d'AZF, nous avons estimé que, sans attendre les résultats de l'enquête, il fallait travailler encore plus dans tous les domaines de la sécurité. Ce qui a été fait, à partir de plans quadriennaux. Nos résultats se sont bien améliorés et ils ont fait passer le groupe ? tout jeune il y a dix ans puisque Elf, Total et PetroFina venaient de fusionner ? du rang d'entreprise nationale qui se situait dans la moyenne en matière de sécurité à un statut proche des meilleurs groupes mondiaux dans le domaine.

Quel est votre modèle dans ce domaine ?

On peut citer DuPont de Nemours. C'est un groupe centenaire qui fait référence parce qu'il a réussi à inscrire sa culture de sécurité sur le long terme. C'est aussi l'ambition de Total avec deux axes directeurs forts : la sécurité au poste de travail et la prévention des risques majeurs. Ce sont des sillons que nous creusons année après année.

Pourtant, en 2009, le groupe a connu une année noire...

C'est vrai. Nous avons été confrontés en 2009 à une série d'accidents mortels, dans deux raffineries, puis à Carling et enfin à Grand-Quevilly, dans une usine de fertilisants. Lorsque nous avons constaté cette succession d'accidents, nous avons décidé de réagir en lançant une inspection générale de sécurité. Nous avons constitué une équipe de douze personnes, des experts de chacun de nos métiers, que nous avons dépêchés sur les treize sites industriels les plus représentatifs de nos activités en France, pour tenter de comprendre l'origine des écarts constatés entre nos principes de sécurité et la manière dont ils étaient appliqués. Nous avons rédigé un rapport par site, puis un rapport général qui a été largement diffusé et qui sert de référence à nos 400 sites à risque dans le monde. Ce travail nous a aussi permis d'établir 12 règles d'or dont le non-respect est à la base de plus de 95 % des accidents graves du travail. Ces règles, nous faisons en sorte que chacun se les approprie. Notre but est d'éviter le phénomène de routine, d'entretenir la vigilance de chacun sur le terrain.

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Quelles sont les grandes causes d'accidents du travail ?

Il existe rarement des causes simples. Mais ce que l'on constate pour tous les accidents industriels, c'est qu'il y a des barrières de sécurité qui n'ont pas fonctionné. Ces barrières sont de trois types : techniques (une alarme en panne, une barrière anti-chutes oubliée...), organisationnelles (par exemple un défaut de communication entre un opérateur et différents intervenants, ce qui a été l'une des causes de l'accident de Makondo dans le Golfe du Mexique) ou bien humaines. L'homme est faillible, certes, mais il est essentiel pour maintenir la sécurité. C'est grâce aux connaissances et au professionnalisme des équipes qu'il y a des boucles de rattrapage.

Quels sont les indicateurs pertinents à utiliser en matière de sécurité ?

Il est essentiel de disposer d'indicateurs car on ne manage bien que ce qu'on mesure. Mais si on se concentre sur quelques données seulement, on risque d'en oublier le caractère partiel. Pour les accidents au poste de travail, à gravité généralement faible et à probabilité forte, les indicateurs habituels (fréquence et taux de gravité) sont adaptés. Mais pour la prévention des risques majeurs, dont la probabilité est très faible mais les effets potentiellement très importants, le manager doit avoir à sa disposition d'autres outils que les simples statistiques d'accidents. Dans ce domaine, les indicateurs à suivre sont par exemple le nombre de petites fuites de gaz ou de produits, le nombre de feux qui se sont déclarés, le nombre d'inspections réalisées sur le site, etc.

Propos recueilli par Elodie Burie

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