Femmes, les politiques vous aiment !

 |   |  1742  mots
En 2012, les Françaises vont jouer un rôle majeur pour déterminer qui sera notre futur président de la République. Pourquoi ? Tout simplement parce que, selon l'Insee, les Françaises de plus de 20 ans représenteront 52,5 % du corps électoral.

 

Fait marquant et déterminant, les femmes seront les maîtresses du scrutin présidentiel 2012. Elles seront près de 24,8 millions contre 22,5 millions d?hommes à déposer leur bulletin de vote dans l?urne. Et taratata? non elles ne resteront pas à la maison. La politique, ça les intéresse. Interrogées en mars dernier par Mediaprism, elles se sont déclarées à 87?% concernées par l?élection présidentielle et pour 90?% prêtes à aller voter.
Autant dire que les candidats à l?élection présidentielle ont d?ores et déjà bien entendu le message. Comme l?explique Janine Mossuz-Lavau, directrice de recherche au CNRS, depuis 1986, les femmes sont totalement libérées de l?influence maritale dans l?isoloir. Leur vote les porte majoritairement à gauche mais aussi vers l?écologie. En 2007, celles qui ont massivement soutenu Nicolas Sarkozy appartenaient aux classes les plus modestes et figuraient parmi les plus âgées. Véritable rempart jusqu?à présent au Front national (en 2007, elles étaient 9?% à avoir voté pour l?extrême droite contre 12?% des hommes), vont-elles continuer en ce sens, alors qu?elles sont les premières victimes de la crise??
À fin octobre, le chômage des femmes a augmenté de 6,9?% sur un an, contre 3?% chez les hommes (source : Pôle emploi). Et, on le sait, les femmes représentent 80?% du sous-emploi ou temps partiel subi.
L?égalité salariale est au c?ur de leurs revendications : 84?% d?entre elles la réclament. Selon le sondage Ifop réalisé pour Paroles de femmes, 53?% des Françaises interrogées considèrent que la France est un pays sexiste où la parole des femmes ne vaut pas celle des hommes. Et dans leur grande majorité (92?%) elles approuvent l?application immédiate de sanctions à l?égard des entreprises qui ne respecteraient pas la loi.

Un parti, un programme
Think tank, réseaux, associations, coordinations? Toutes les forces féminines en place se mobilisent pour profiter de cette opportunité de temps médiatique et faire entendre leurs voix. Et autant dire que les politiques tendent l?oreille.
À l?UMP, depuis l?adoption de la loi Zimmermann-Copé, le gouvernement est mobilisé. Après la remise, en juin, de l?étude sur la parentalité de Brigitte Grésy (voir page?V), le ministère des Solidarités et de la Cohésion sociale est à pieds d??uvre. Lutte contre les violences conjugales, prévention contre l?hyper-sexualisation? Roselyne Bachelot a remis le 21 novembre dernier le premier label « égalité » à treize organismes dits « modèles » en matière de parité, dont l?Ordre des avocats à la cour d?appel de Paris, le conseil régional de Bretagne, alors que la secrétaire d?État chargée de la famille, Claude Greff, et l?Observatoire de la parentalité ont attribué les premiers trophées de la parentalité. À SFR notamment.
De son côté, au lendemain de la publication du Gender Index 2011 du World Economic Forum, Chantal Brunel, députée (UMP) de Seine-et-Marne, a déposé à l?Assemblée nationale un texte pour une proposition de loi afin que l?égalité salariale entre hommes et femmes soit déclarée « grande cause nationale 2012 ». C?est elle aussi qui, le 26 septembre dernier, avait dénoncé à l?issue des élections sénatoriales le peu de progrès de la parité : « Elle avance à pas de tortue? voire recule. Le Sénat est passé de 21,9?% de femmes en 2008 à 22,1?% en 2011. Si on considère le nombre de sénatrices rentrées en cours de mandat, elles étaient 80 la veille du renouvellement. Or, le Sénat n?en compte que 77 aujourd?hui, soit 3 de moins. » Escarmouche politique au lendemain de la défaite, il n?en demeure pas moins, comme le montre le Gender Index 2011, que la France figure en queue de peloton en matière de parité politique. Et pour ne citer qu?un chiffre, dans l?Hexagone, moins d?un maire sur sept est une femme?
Marine Le Pen sera la seule candidate de droite à l?élection présidentielle, mais le programme de politique familiale du Front national demeure clairement conservateur et prône une politique nataliste : « un pays en bonne santé est un pays qui fait des enfants », d?où un encouragement au maintien des mères au foyer, avec la création d?un revenu parental, assorti du versement du Smic au premier enfant pendant trois ans notamment, avec la mise en place d?un statut juridique pour la mère ou le père concerné. Et dans la continuité de cette politique un dispositif anti-avortement.
À gauche, la mobilisation au nom des femmes a débuté voilà plus d?un an avec la création du Laboratoire de l?égalité. Le pacte a été ratifié en septembre dernier par François Hollande, alors candidat aux primaires socialistes?; Eva Joly a fait de même en novembre pour Europe Écologie Les Verts (voir le détail des propositions page?V).
Le Front de gauche fait bande à part. Jean-Luc Mélenchon préconise l?instauration d?une sécurité sociale professionnelle qui prendrait en charge les périodes de non-emploi, de formation et de retrait d?activité, en particulier pour les femmes qui ont élevé leurs enfants. Et Patrick Braouezec, député de Seine-Saint-Denis, ainsi que quinze autres députés communistes veulent faire adopter une proposition de loi pour réviser la Constitution afin d?y inscrire le principe d?égalité salariale entre les hommes et les femmes.
Comme quoi il existe autant de féminismes que de politiques, comme le souligne Clémentine Autain. « On fait semblant de découvrir que le féminisme est pluriel alors qu?il l?a toujours été. Le corpus commun, c?est la visée pour l?égalité, mais évidemment tout le monde n?envisage pas le chemin pour y accéder de la même façon. »
Les candidats pourraient déjà trouver un terrain d?entente. Et, comme l?a demandé Maryvonne Blondin, sénatrice PS du Finistère, en juillet dernier, signer l?abrogation de l?ordonnance de 1799, toujours en vigueur, qui interdit le port du pantalon aux femmes à Paris. Rappelons que les parlementaires femmes n?ont eu le droit de siéger en pantalon que depuis 1980. Femmes d?entreprise qui aujourd?hui lisent notre journal, combien d?entre vous sont-elles hors la loi?? Allons mesdames, à vos jupes?! Non, pardon, à vos bulletins de vote.

________

Une femme à la tête du Siècle

Signe que l?élite politique et économique française commence à s?intéresser ?aux femmes. Nicole Notat, présidente de Vigeo, a été nommée le 1er janvier ?dernier à la présidence du Siècle, ce cercle où se côtoie, tous les derniers mercredis ?du mois, la fine fleur des milieux d?influence pour un dîner exceptionnel à l?Automobile Club. Créé en 1944, il ne s?est ouvert aux représentantes du sexe « faible » qu?en 1983?; mais encore aujourd?hui, elles ne représentent en ?moyenne que 15?% des 300 invités. Après dix ans de syndicalisme à la tête ?de la CFDT, Nicole Notat assure que le changement de mentalité du cercle ?reflète ce qui se passe en réalité dans les entreprises. À suivre, donc.

________

Bref rappel historique des avancées politiques et économiques des Françaises

1724 ?Création de la Bourse de Paris. Les femmes y seront interdites jusqu?en 1967.
1838 ?Création de la première École normale d?institutrices.
1861 ?Julie-Victoire Baubié devient la première bachelière française
1880 ?Ouverture des universités au sexe dit faible, la Sorbonne accueille ses premières étudiantes.
1881 ?L?école devient obligatoire pour toutes et tous. Blanche Edwards est reçue au concours de l?externat de médecine?; des étudiants brûlent son effigie boulevard Saint-Michel. L?École normale supérieure de jeunes filles (Sèvres) voit le jour.
1898 ?Les femmes peuvent devenir des électrices au tribunal de commerce.
1900 ?Elles obtiennent le droit de plaider en qualité d?avocate.
1903 ?Marie Curie est la première femme à recevoir un prix Nobel (physique).
1907 ?Les femmes peuvent élire et être éligibles aux tribunaux ?des prud?hommes. ?Elles obtiennent le droit de disposer librement de leur salaire.
1909 ?Création du congé de maternité non rémunéré. ?Les institutrices et les instituteurs bénéficient du même niveau de rémunération.
1910 ?Les institutrices sont rémunérées pendant leur congé de maternité.
1918 ?L?École centrale accueille ses premières étudiantes.
1919 ?Les jeunes filles accèdent à l?École supérieure de chimie de Paris et l?École supérieure d?électricité.
1920 ?Les femmes peuvent adhérer à un syndicat sans l?autorisation de leur mari.
1925 ?Création de l?École polytechnique féminine.
1928 ?Le congé de maternité de huit semaines est étendu à toute la fonction publique.
1936 ?Léon Blum nomme trois femmes dans son gouvernement.
1944 ?De Gaulle signe l?ordonnance donnant le droit de vote et l?éligibilité aux femmes.
1945 ?La notion de salaire féminin est supprimée. La mention ?« À travail égal, salaire égal » est inscrite dans la législation.
1948 ?La Déclaration universelle des droits de l?homme reconnaît à l?Onu l?égalité entre hommes et femmes.
1959 ?Ouverture aux femmes de l?École des ponts et chaussées
1963 ?La mixité des élèves est instituée dans les classes.
1965 ?Une femme peut avoir un emploi sans l?autorisation de son mari et dispose désormais librement de ses biens propres.
1966 ?La loi interdit de licencier une femme enceinte et pendant les 12 semaines qui suivent l?accouchement.
1971 ?Les filles deviennent aussi nombreuses que les garçons ?à suivre un enseignement supérieur.
1972 ?Ouverture de l?École polytechnique aux femmes.
1974 ?HEC s?ouvre aux étudiantes, HEC Jeunes Filles disparaît.
1975 ?La loi sanctionne les entreprises qui feraient de la discrimination de genre à l?embauche.
1977 ?Création du congé parental d?éducation pour les femmes dans les entreprises de plus de 200 salariés.
1980 ?Le congé maternité est porté à 16 semaines avec versement complet du salaire. À partir du troisième enfant, le congé est de 24 semaines.
1983 ?Loi Roudy sur l?égalité professionnelle hommes/femmes.
1984 ?Le congé parental est ouvert aux pères.
1985 ?Les femmes sont autorisées à intégrer le corps des agents de change.
1992 ?Loi Neiertz contre le harcèlement sexuel au travail.
1992 ?Au nom de la parité, la France dénonce la convention qui interdit le travail de nuit des femmes.
2000 ?Le Conseil constitutionnel valide le texte sur la parité qui prévoit 50?% de candidates pour les scrutins de liste.
2010 ?Naissance du Laboratoire ?de l?égalité.
27 janvier 2011 Loi Zimmermann-Copé.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :