"Inciter les femmes à devenir visibles"

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Laurence Peyraut Bertier, directrice de la marque Barclays dans le monde, s'engage au service des femmes. Depuis mars dernier, elle copréside également le réseau Financi'Elles du secteur de la banque, de la finance et de l'assurance. Verbatim.

En 2003, j'ai rejoint Barclays à la direction marketing et communication France, j'avais 35 ans, je siégeais pour la première fois au comité exécutif, je n'avais jamais été exposée à ce type de poste. Jusqu'alors chez Axa, tout coulait de source. Dans la banque, on m'a dit : « On sera plus exigeant avec toi. » Sur l'instant je n'ai pas compris, mais dans la réalité, je figurais dans l'agenda vers la mixité fixé par la banque. Dans les premières semaines, j'ai reçu des mails et des courriers de salariées qui me remerciaient : « Grâce à vous, on sait que c'est possible. » J'ai pris conscience de la nécessité d'agir. Nous avons lancé avec les équipes de DRH et la direction une réflexion, puis défini un plan, et nous sommes passés à l'action. En interne, nous avons constitué des groupes pour comprendre les dysfonctionnements. Les femmes disaient : « Nous sommes découragées, nous sommes sérieuses, nous travaillons, nous ne tirons pas la couverture à nous... » Et les hommes de répondre : « Mais c'est pour toutes ces qualités que nous aimons bien travailler avec vous... » Notre première ambition a donc été d'inciter les femmes à devenir visibles. Nous avons mis en place dès 2005 un programme de mentoring. Nous avons aussi organisé des déjeuners pour sensibiliser les dirigeants : chaque membre du comité exécutif s'y retrouvait à son tour seul face à dix femmes. Sa feuille de route : écouter ce que les femmes avaient à dire, ressentir ce qu'il éprouvait dans cette position et à l'issue du rendez-vous prendre un engagement. Les hommes n'avaient aucune mauvaise intention à l'égard des femmes, mais de fait, dans les banques et la finance, très souvent, alors que la mixité est pratiquée à 50/50 en début de carrière, plus on monte dans la
hiérarchie plus la situation se dégrade ; aux postes de managers le déséquilibre s'établit à 70/30, il grimpe à 80 % aux leadership et culmine à 90 % au comité exécutif. Ce secteur n'a aucun problème pour recruter des talents, mais bel et bien pour les faire évoluer.

Un engagement mondial
Dès 2005, avec Pascal Roché, qui était alors P.-D.G., nous avons décidé de participer au Women's Forum. Si on voulait accélérer l'agenda en interne, il nous fallait nous engager à l'externe pour qu'il soit impossible de revenir en arrière. En 2007, le partenariat est devenu européen, et cette année, depuis que j'ai pris la direction de la marque à l'international et ma nomination en tant que « Women of the year », nous sommes engagés à l'échelle mondiale.
Aujourd'hui, le board de Barclays compte deux femmes. Aux postes exécutifs, elles sont quatre à diriger la banque au niveau du retail dont l'une, Diane Oppenheimer, dirige l'Europe et l'Angleterre, Valerie Soranno Keating dirigeant,
elle, l'activité carte, Barclaycard.
L'été 2010, à l'initiative de représentantes des réseaux internes de la Société générale et de BNP Paribas, nous avons lancé Financi'Elles ; ce réseau compte aujourd'hui 1 500 femmes de la finance, de la banque et de l'assurance. Potentiellement elles sont 100 000 dans le métier en France. Christine Lagarde, qui était alors encore à Bercy, a joué de tout son poids, en nous parrainant. Les présidents des huit entreprises partenaires (BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, BPCE, Barclays, HSBC, la Caisse des dépôts et Axa) nous ont apporté leur soutien immédiat. Lors du lancement le 24 mars dernier, la ministre, qui ne pouvait être présente - elle était au G20 - nous a adressé un message vidéo pour nous encourager à l'aider dans le futur à faire évoluer les modes de gouvernance, grâce à la diversité. L'élan donné par Christine Lagarde « Working together » est totalement inspirant. Nous avons lancé un sondage avec l'institut CSA auprès des cadres, pour établir une première consultation Financi'Elles auprès de 86 000 cadres de la finance en France : 33 % de participation, soit 28 000 répondants avec un regard croisé des femmes et des hommes cadres. La feuille de route est claire, nous voulons étendre Financi'Elles en Europe et à l'international. C'est une question de temps... »

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