Truffe en Provence : l’art fragile de la trufficulture (et comment la recherche peut aider)
Maëva Gardet-Pizzo
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Longtemps, on a cueilli la truffe dans la nature. Au gré d'une balade. Sur un coup de chance.
Puis un jour un Vauclusien dénommé Joseph Talon, passionné de truffe, a l'idée de planter quelques glands de chêne à Saint Saturnin les Apt. Les chênes poussent, doucement. Dix ans plus tard, il déterre plusieurs kilos de truffes à leur pied. Le mystère est percé. La truffe a besoin d'un arbre pour se développer.
L'astuce essaime. La trufficulture voit le jour.
« C'est une production difficile », assure Nicolas Monnier, trufficulteur depuis trente ans dans le Lubéron. « La truffe naît de la symbiose entre un arbre et un mycélium. La culture est facile en laboratoire. Mais en milieu naturel, c'est beaucoup plus compliqué. Des millions d'espèces entrent en concurrence avec le mycélium de la truffe. Il est difficile de savoir lequel va s'attacher et être privilégié par l'arbre ».
Et la même compétition se produit pour chaque nouvelle racine issue de l'arbre tout au long de sa croissance. Un équilibre fragile qui dépend autant de la qualité du sol que du niveau d'ensoleillement - la truffe a horreur de l'ombre - et de la pluviométrie. « On dit qu'il faut de la pluie entre les deux vierges, entre le 15 août [fête de l'Assomption, ndlr] et le 8 septembre [Nativité de Marie, ndlr] ».
Des exigences millimétrées, assez peu en phase avec le dérèglement climatique. « Depuis plusieurs années, les producteurs observent une chute constante de la production », constate Bénédicte Martin, élue à la Région Sud en charge de l'agriculture et du terroir. En cause : « le manque d'eau et la moindre vigueur hivernale ».
De sorte que si les trufficulteurs pouvaient globalement s'en passer il y a quelques années, l'irrigation est devenue incontournable. « La trufficulture exige un grand travail d'attention tout au long de l'année », assure Michel Santinelli, président de la Fédération régionale des trufficulteurs. Et malgré cette attention, l'aléa est fort. « Une année peut être excellente et la suivante, catastrophique ». Si bien qu'il est très rare de vivre exclusivement de la truffe. La trufficulture est ainsi exercée par bon nombre d'amateurs passionnés. Et pour les professionnels, il s'agit souvent « d'un complément à d'autres cultures comme la lavande ou la vigne ». La vigne et truffe s'avérant complémentaires face aux aléas météorologiques puisque les pluies estivales favorisent la truffe tout en nuisant à la vigne, et inversement.
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