« Le ruissellement est un concept qui n'existe pas en économie » (Mathilde Lemoine, chef économiste Edmond de Rothschild)
Rémi Baldy
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(Mathilde Lemoine est également administrative indépendante du groupe CMA-CGM, propriétaire de La Tribune)
LA TRIBUNE - Vous avez participé au débat « transformer la France, est-ce possible ? », le simple fait de poser la question ne montre-t-il pas à quel point c'est compliqué ?
MATHILDE LEMOINE : La France est particulièrement en retard sur sa quantité d'investissements dédiés à compenser l'obsolescence de ses machines, outils de production ou logiciels ainsi que sur la formation. Ensuite, il y a l'enjeu de la transition écologique qui fait que l'on se retrouve face à quelque chose d'irréconciliable : on veut du pouvoir d'achat, de la transition énergétique, de la souveraineté, mais avec une contrainte budgétaire. C'est incompatible, on ne peut pas tout faire. La priorité c'est de définir les priorités, il faut définir les blocages et les faiblesses pour trouver un consensus sur ce qu'il y a à transformer. Alors ce sera possible.
Cela signifie qu'il faut réorienter certains investissements ?
Non, c'est un problème de quantité. Depuis 2010, le volume d'investissements publics et privés n'a augmenté que de 10% alors que la zone euro a subi de nombreuses crises, plus qu'ailleurs. Tout vieillit et tout rattraper d'un bloc coûte extrêmement cher. Nous savons que ce qui augmente les dépenses publiques ce sont les dépenses sociales et des retraites. Du côté du privé, il faudrait un grand plan européen qui ressemble à ce que font les Etats-Unis. Quand il y a une crise, ils distribuent des crédits d'impôt ce qui permet aux entreprises de ne pas voir leurs outils de production vieillir.
N'est-ce pas faire le pari de la croissance, alors qu'elle est très faible depuis de nombreuses années, au détriment de prestations sociales qui maintiennent une certaine cohésion ?
Commencer par réduire la redistribution n'est pas possible parce que l'on marche à l'envers, les prestations sociales compensent le fait qu'on ne se transforme pas. En revanche, on peut s'attaquer au sujet de la tension sociale qui est celui de l'inégalité originelle. Il y avait une promesse d'accès à l'éducation et la formation, aujourd'hui 60% de l'apprentissage concerne des bac+2. En parallèle, la formation n'est pas du tout adaptée à l'évolution des compétences ce qui crée des tensions et revendications légitimes avec des salaires faibles. Sans transformer l'éducation et la formation, vous ne gagnez pas en productivité, il n'y a donc pas de croissance des salaires et il faut faire de la redistribution. C'est le chat qui se mord la queue.
Rémi Baldy