Carlos Moreno : « La ville du quart d’heure construit la proximité heureuse »

Laurence Bottero
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LA TRIBUNE - Vous avez donné naissance au concept de la ville du quart d'heure. Comment est-il né ?
CARLOS MORENO - J'ai débuté ma réflexion à l'approche de la Cop21, dont nous venons de fêter les 5 ans. Ce sont les villes qui génèrent le plus de CO2, de pauvreté mais aussi de richesses. Ma réflexion a été de dire, si on veut faire une ville décarbonnée, plutôt que de travailler autour de l'ingénierie, interrogeons-nous sur pourquoi on se déplace autant ? Je me suis donc intéressé au rythme pendulaire. N'y a t-il pas un autre rythme ? Quel est l'usage de ce que nous faisons dans la ville ? Quel est le rythme de la ville, ce que l'on appelle le chrono-urbanisme. A quoi servent tous ces m2 construits, qui ne servent, chacun, qu'à un seul et unique usage ? Comment donner envie aux habitants de pratiquer plusieurs activités dans un seul lieu, c'est-à-dire favoriser la chronotopie ? Comment avoir plus d'affect avec sa ville, cette topophilie à retrouver ? Il fallait un concept qui fasse la convergence de tout cela, qui permette une ville apaisée, polycentrique, où on peut habiter, travailler, s'approvisionner sainement, avoir accès à ce qui permet une santé physique et mentale, à l'éducation, à la culture, où l'on peut s'épanouir. La ville du quart d'heure c'est la proximité heureuse.
Dans ce contexte, comment la ville du quart d'heure se marie-t-elle avec les grands ensembles business comme le quartier de La Défense à Paris par exemple ?
Avec le confinement déclaré le 17 mars 2020 nous sommes arrivés à la proximité de la minute : celle nécessaire pour aller de sa chambre à son salon ou à sa cuisine. A ce moment-là, le changement de rythme de vie est devenu obligatoire. Au bout d'un an, on se rend compte que le télétravail est devenu presque obligatoire. Nous arrivons à une crise nouvelle de l'immobilier de bureaux, qui enregistre d'ailleurs un -20 % du taux d'utilisation. On voit bien que le monde dans lequel nous vivions n'était pas durable. Avec une crise comme celle-ci, les bureaux sont sous-utilisés - c'est un peu le phénomène ghost tower ou tour fantôme - et on constate que ce monde est dépassé. Nous allons vers l'émergence d'un nouveau monde de travail. Les entreprises vont prendre des espaces en ville pour permettre à leurs salariés de disposer d'un lieu de travail en proximité. Je suis très favorable à ce que l'on appelle le corpo-working. Il y aura tout un renouvellement de ces m2 de bureaux.
Laurence Bottero