Forum de l'industrie : pourquoi il faut ancrer les usines sur le territoire

Alexandre Léoty

Alexandre Léoty
Deux tables rondes et quatre ateliers organisés simultanément sur des thèmes aussi variés que la virtualisation de l'usine, les applications spatiales, la mobilité et l'alimentation, mais aussi un "parcours business" permettant au public de découvrir des PME innovantes du territoire : pour la 4e édition de son Forum de l'industrie, la CCI de Toulouse avait fait les choses en grand. Cette année, le rendez-vous des acteurs de l'industrie et des services à l'industrie du territoire avait un pied dans le futur. Son thème ? "L'avenir de l'industrie, vers une nouvelle révolution industrielle".
Pour Alain Di Crescenzo, président de la CCI de Toulouse, 2014 aura été "une année charnière".
Un optimisme qui n'empêche pas l'élu consulaire d'afficher sa volonté de "mettre les bouchées doubles", notamment en matière de digitalisation de l'industrie. "Nous devons accompagner la transition de notre tissu local vers l'industrie du futur", martèle-t-il. Et à ceux qui douteraient de la pertinence d'investir dans de nouveaux modèles de production faisant la part belle aux outils numériques, Alain Di Crescenzo oppose ses arguments pour "démystifier l'industrie du futur" :
Et d'avancer cinq grandes priorités : "Nous devons à la fois déployer les technologies innovantes, valoriser les savoir-faire régionaux, croiser la demande des industriels et les aspirations des jeunes, accompagner les entreprises dans leur stratégie d'industrie du futur et favoriser le business." Avec, en filigrane, une ambition. Celle de développer des "stratégies d'ancrage territorial".
Un vœu partagé par les acteurs économiques présents ce matin lors de la table ronde inaugurale du forum. Ainsi, pour Vincent Charlet, directeur du cercle de réflexion La Fabrique de l'Industrie, "nous sommes face à un cercle vertueux. Plus les entreprises s'enracinent, plus elles renforcent leur territoire et plus elles en tirent profit. Elles sont en quelque sorte les 'jardinières' de leur territoire".
Selon le professeur en sciences économiques à l'Université Toulouse 1 (Lereps) Gabriel Colletis, "les facteurs d'ancrage territorial sont liés aux stratégies de recentrage des industriels, qui se concentrent désormais sur leurs cœurs de métiers. L'industrie, ce n'est pas une somme d'entreprises, mais une somme de relations entre ces entreprises. C'est un système". Tout l'enjeu consiste alors à trouver les compétences complémentaires dont les industriels ont besoin. Et si possible en proximité.
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Cette notion de confiance est absolument centrale, estime Thierry Casale, directeur des programmes d'ATR. "Aujourd'hui, notre supply chain est impliquée dans une démarche collaborative, assure-t-il. Les notions de donneurs d'ordres et de sous-traitants appartiennent au passé. Nous sommes désormais des partenaires. Passer, comme nous l'avons fait en l'espace de dix ans, de six avions produits chaque année à plus de 90, cela implique de donner confiance aux acteurs de la supply chain !" Une supply chain majoritairement implantée dans la région.
L'équation est plus complexe pour Jean-Pierre Vialaneix, directeur de l'établissement Thales Alenia Space de Toulouse qui, s'il indique injecter quelque 100 millions d'euros dans le territoire chaque année, doit faire face à des contraintes fortes en matière de localisation de ses outils productifs. "Le phénomène de l'offset (les clients conditionnent leurs achats à un engagement contractuel de la part du fournisseur, qui prend souvent la forme d'une implantation industrielle dans le pays des clients, NDLR), qui est relativement nouveau, change la donne, analyse-t-il. Nos clients veulent eux aussi créer des emplois dans leur pays. Cela nous amène à revoir notre supply chain. C'est un obstacle à l'ancrage territorial."
Mais l'industriel insiste : les atouts régionaux restent malgré tout indéniables.
Le chercheur Gabriel Colletis l'assure : "L'ancrage territorial est le corolaire d'une mondialisation réussie".
Alexandre Léoty
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