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ÉconomieFrance

A Biarritz, qui a payé le lifting de 60 millions d'euros du palace accueillant le G7 ?

Benoît Petit, AFP

Publié le 14 août 2019 à 06:16 - Mis à jour le 14 août 2019 à 14:00

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Pour accueillir en grande pompe les sept plus grands leaders mondiaux à Biarritz, le bâtiment iconique de la ville, l'hôtel du Palais, a subi un onéreux lifting d'une soixantaine de millions d'euros.

Seul palace de toute la côte ouest française, avec sa forme en E et sa haute stature, se dresse en surplomb de la Grande Plage, face à l'océan et au coeur de la cité balnéaire. Construit au début du XXe siècle sur l'ancien domaine impérial, il a permis de cultiver l'image distinguée de Biarritz en faisant renaître - en plus grand et plus luxueux - la "villa Eugénie", bâtie par Napoléon III pour son épouse espagnole Eugénie de Montijo.

L'établissement de luxe qui a accueilli maintes têtes couronnées et célébrités, a longtemps été géré par la mairie de Biarritz elle-même mais fait maintenant partie du portefeuille du groupe hôtelier Hyatt.

Hyatt en a reçu la gestion par contrat avec la société d'économie mixte (SEM Socomix, ndlr) - dans laquelle la ville est majoritaire (55%) - qui a elle-même reçu la propriété des murs et du fonds de commerce via un bail emphytéotique de 75 ans avec la mairie.

"C'est la Socomix qui a pris en charge les 60 millions d'euros de réfection de l'hôtel", explique Alain Puyau, historien et conseiller municipal depuis plus de dix ans."Il y a un intérêt commun: avoir Biarritz dans son portefeuille, ça en impose pour Hyatt. En retour, Hyatt fournit à la ville des congressistes de haut niveau", clientèle très convoitée, remarque l'historien qui estime à un million d'euros par an le loyer que le groupe verse à la société d'économie mixte.

Selon Hyatt, l'hôtel offre 92 chambres et 50 suites et appartements, tous estampillés "Napoléon III" où "un mobilier unique, des tableaux rares et des tapisseries raffinées (lui) donnent (un) cachet à la fois intemporel et chargé d'histoire".

Le groupe hôtelier, qui vient de nommer à la tête de son nouveau palace l'ex-patron du fameux Martinez, à Cannes, a rénové 46 chambres avant le G7. Cela faisait environ 60 ans que l'hôtel n'avait plus subi de rénovation de cette ampleur.

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L'établissement, défiguré par des bâches et des échafaudages pendant six mois, a partiellement rouvert début juillet. Quelques semaines après le passage de Donald Trump, Angela Merkel et consorts, il fermera ses portes pour terminer sa rénovation et renaître pour de bon à l'été 2020.

Biarritz, prisée autrefois par les têtes couronnées

En 1854, quand l'impératrice Eugénie - épouse de Napoléon III (1808-1873) - s'éprend de Biarritz, quelques aristocrates britanniques, au départ venus visiter les tombes de soldats tombés dans la région face à Napoléon, ont commencé à s'adonner aux bains de mer et à profiter de l'agréable climat. On se loge dans des "chalets" et on se baigne à la "plage des fous" où dans les années 1820-1830, raconte Alain Puyau, des médecins de la ville voisine de Bayonne "amènent des malades, notamment mentaux, pour les mettre dans les vagues et créer un choc selon eux bénéfique".

  • Avec Eugénie, c'est toute une histoire

D'origine espagnole, la jeune impératrice affectionne les bains de mer et choisit aussi Biarritz pour sa proximité avec Saint-Sébastien où une partie de sa famille passe ses vacances.

"Eugénie veut quelque chose de privé, une petite bâtisse, avec 8 chambres à l'étage, en retrait de la falaise au-dessus de la plage, face à l'océan."

Napoléon III fait araser des dunes, canaliser des rivières, éliminer des lacs pour faire naître un grand domaine impérial.

Hôtels et grands magasins poussent autour, une gare est construite. Les séjours impériaux vont durer jusqu'en 1868 et les têtes couronnées défilent : rois de Belgique et du Portugal, grands d'Espagne, princes russes et polonais... Plus tard, le prince de Galles, futur Édouard VII, élira résidence à l'Hôtel du Palais.

Après guerre, le gotha continue de venir, avec les vedettes du cinéma français ou de Hollywood qui jouent aux casinos et forgent l'aura glamour qui nimbe toujours la ville.

"Même les maires républicains du début du XXe siècle ont entretenu cette image" impériale, souligne M. Puyau. Pour garder "la clientèle espagnole qui fait la richesse de Biarritz, ils vont construire le mythe d'Eugénie et en faire la bienfaitrice de la ville."
  • Si Bismarck s'était noyé...
"A Biarritz, Eugénie imposait ses habitudes à ses invités: je me baigne, tout le monde se baigne", raconte M. Puyau. Lors d'un séjour en 1865, Bismarck n'y coupe pas. Pris par un courant, celui qui deviendra chancelier d'Allemagne manque de se noyer. Il est sauvé par un de ces anciens pêcheurs reconvertis en maîtres-nageurs. "Imaginez un peu ! Sans lui, il n'y aurait peut-être pas eu la guerre de 1870, et donc la catastrophe de 1914..."

L'émergence de Biarritz est vécue "comme une agression" par les Basques de l'intérieur des terres, globalement ruraux et conservateurs. "Apparaissent en effet des comportements et des façons de vivre contraires aux moeurs basques, encore très diligentées par le clergé catholique", notamment dans les années 20, décrit Alain Puyau.

Les femmes se dénudent, dansent, fument et se mêlent aux hommes... On n'y parle pas ou peu le basque. En réaction, selon l'historien, le clergé "va créer le folklore basque" et ses danses.

La "ville satanique" dénoncée par les évêques aspire les forces vives basques en drainant sa main d'oeuvre dans la construction et l'hôtellerie: autant de brebis perdues pour le clergé. Avant-guerre, sa modernité, son architecture, son luxe, ses automobiles font de Biarritz un "ovni cosmopolite".

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Pourtant, l'aura de Biarritz a nourri le tourisme local. Aujourd'hui, "Biarritz Pays Basque" fait partie des marques reconnues par le ministère des Affaires étrangères pour la promotion de la France.

Benoît Petit, AFP

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