Budget en hausse pour l'enseignement scolaire avec suppressions de postes

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(Crédits : Gonzalo Fuentes)
L'Assemblée nationale a voté dans la nuit de mardi à mercredi en première lecture le budget de la mission "enseignement scolaire" en légère augmentation mais dénoncé par la gauche pour des suppressions de postes dans le secondaire. Elle a également donné son feu vert en première lecture au budget de "la mission de la Recherche et de l'Enseignement supérieur" (MIRES).

La mission "enseignement scolaire" qui rassemble l'ensemble des crédits dédiés à l'enseignement public et privé, y compris ceux de l'enseignement agricole relevant du ministère de l'Agriculture, bénéficie d'un budget de 52,3 milliards d'euros (+ 800 millions). La part du ministère de l'Éducation sur cette mission s'élève à 51,1 milliards (+ 1,6%), selon le chiffre du ministère.

"L'objectif de ce budget est clair : l'élévation générale du niveau scolaire dans notre pays et la justice sociale", a expliqué le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer.

Avec ce budget "nous pouvons continuer la transformation profonde du système éducatif avec la priorité à l'école primaire, c'est-à-dire la maîtrise des savoirs fondamentaux, lire écrire compter et respecter autrui", a-t-il ajouté soulignant "la création de 2.325 postes dans le primaire."

"Cela signifie que le nombre d'élèves par classe va diminuer dans le primaire (...) que l'école rurale sera consolidée. Cela va permettre (...) le dédoublement des classes de CP et CE1 en REP et en REP+. Ce seront 300.000 élèves qui bénéficieront de cette mesure", a détaillé le ministre.

Pour le secondaire, le ministre a évoqué "un volume d'enseignement maintenu en 2019": "Il y a 2.650 moyens (postes, ndlr) en moins, mais ils seront compensés par une augmentation du volume des heures supplémentaires", a-t-il expliqué.

De très nombreux enseignants se sont mis en grève et ont manifesté lundi partout en France pour protester contre cette baisse d'effectifs, également critiqué par la gauche à l'Assemblée.

"Vous annoncez la suppression de 3.500 postes en 2019, dans le second degré, les postes administratifs et dans l'enseignement privé sous contrat, qui se traduiront par une dégradation des conditions de travail", a dénoncé Régis Juanico (app-PS) pour qui "le second degré paye pour le premier".

Le PS a déposé un amendement réclamant l'annulation de la suppression des 2.650 postes du secondaire qui a été rejeté.

"Vous annoncez des suppressions de postes alors même que les effectifs d'élèves atteignent des taux record", a abondé Elsa Faucillon (PCF), accusant le ministre "d'aggraver la précarité en multipliant les heures supplémentaires". "La charge de travail des enseignants ne pourra pas éternellement augmenter", a-t-elle dit.

"Hier, vous avez réussi à rassembler contre vous sept syndicats de l'Éducation, une première depuis 2011", a lancé au ministre Murielle Ressiguier (LFI) en l'accusant de vouloir "détricoter l'école de la République".

"Vous développez une philosophie de l'Éducation compétitive et libérale avec en ligne de mire l'employabilité pour former non pas des citoyens émancipés, mais des salariés destinés à servir votre startup nation", a-t-elle ajouté.

À l'opposé, Frédéric Reiss (LR), satisfait par la hausse du budget et la priorité au primaire, a regretté que l'accent n'ait pas été mis sur le développement des parcours mixtes et de l'apprentissage. "Développer la voie professionnelle et l'alternance pour créer de vraie filière d'excellence est indispensable", a-t-il dit.

Feu vert de l'Assemblée au budget de la Recherche

L'Assemblée nationale a donné son feu vert en première lecture au budget de "la mission de la Recherche et de l'Enseignement supérieur" (MIRES), en intégrant des fonds supplémentaires pour la recherche contre les cancers des enfants.

"On n'a jamais autant investi dans notre avenir qu'en ce moment", s'est félicité Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'innovation.

"Notre budget a vu ses crédits augmentés de 5,3% en deux ans soit 1,3 milliard d'euros et l'objectif affiché dans la loi de programmation de dépasser les 28 milliards d'euros à l'horizon 2020 est pour l'heure respecté", a-t-elle indiqué.

"L'année prochaine, le budget atteindra près de 25,1 milliards d'euros, soit 549 millions de plus qu'en 2018", a précisé la ministre qui a rappelé les priorités de son action :

"Poursuivre la réforme du premier cycle et l'approfondissement de l'autonomie des universités", "soutenir la recherche fondamentale, la mobilisation des forces scientifiques pour répondre aux grands défis sociétaux et renforcer les partenariats entre universités et organismes de recherche", a-t-elle détaillé.

L'Assemblée a voté après un long débat un amendement du gouvernement octroyant 5 millions d'euros supplémentaires en 2019 pour mobiliser et coordonner les meilleures équipes de chercheurs intervenant dans différents domaines scientifiques autour des cancers pédiatriques.

"Passons un message aux enfants et à leurs familles pour leur dire que nous sommes à pied d'oeuvre et qu'ils peuvent compter sur nous", a plaidé Frédérique Vidal expliquant que cette somme s'ajoutera à 8 millions déjà fléchés sur cette cause et qu'elle sera reconduite chaque année.

D'autres amendements ont été déposés proposant jusqu'à 20 millions d'euros pour la même cause, sans être adoptés.

"C'est un sujet qui nous réunit tous", avait expliqué Eric Woerth, président de la commission des finances qui défendait une enveloppe de 18 millions. "Cela fait trop longtemps que la recherche a marqué le pas et c'est insupportable", avait-il dit.

"On a consacré 20 millions d'euros au plan chorale de M. Blanquer. Je fais le choix des enfants qui souffrent", a défendu Olivier Faure (PS), Pierre Dharréville (PCF) expliquant qu'avec 500 enfants décédés du cancer en France chaque année, on était "face à l'inacceptable".

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Commentaires
a écrit le 15/11/2018 à 4:42 :
Est-il bien nécessaire d'augmenter le budget de l'usine à fabriquer des chômeurs? Quant-à l'approbation du budget par nos "députés", je n'avais aucun doute sur notre armée de godillots.
a écrit le 15/11/2018 à 3:41 :
"Augmenter le niveau" Il semble que cela soit devenu une necessite..
A voir le niveau de l'ortographe des commentaires de la Tribune (entre autre), presentement il s'agit d'adultes. Le niveau des collegiens et universitaires, sans commentaires. Je recois nombre de CV, bourres de fautes, le correcteur ? Connait pas.
a écrit le 14/11/2018 à 20:50 :
Je pense que c'est assez difficile de commenter en réalité ces chiffres. remplacer des postes par des heures sup, ça coute plus cher. Mais si ce sont 2600 mauvais professeurs qui partent et que ce sont des meilleurs qui les remplaces, je suis preneur. surtout si faire des heures sup, ça veut dire passer genre de 18h de cours à 22h par semaine.

Apres ces chiffres (18h, 22h) sont caricaturaux, ou pas. De mêmes quelles seront les matières touchées par ces suppressions ?
a écrit le 14/11/2018 à 14:13 :
Je ne suis pas certain que remplacer des heures de titulaires par des heures sup produise des économies. Ce qu'il faut c'est réduire les options de second ordre peu demandées qui conduisent à trop peu d'élèves dans certaines classes. Il faut se concentrer sur les maths (baisse terrifiante du niveau de la France depuis 30 ans), le français et l'anglais.
a écrit le 14/11/2018 à 13:10 :
Compte tenu des evolutions depuis plusieurs décennies, il est très souhaitable que le niveau scolaire montent trés très très significativement.
a écrit le 14/11/2018 à 11:38 :
les enseignants se plaignent d'une charge de travail trop importante , invoquant des heures de préparation et corrections hors établissement parfois aussi importantes que celles passées en cours .
proposons donc à ces enseignants du premier et second degré un temps de présence effectif de 35 heures semaine en établissement partagé entre 22 heures de cours et TP , 10 heures de travail personnel de préparation /corrections , et 3 heures pour échanges pédagogiques et réunions avec parents d'élèves . cela leur évitera des horaires d'activité supérieurs à 35 heures et une productivité améliorée grâce à la concentration et disponibilité sur site des moyens nécessaires à leur ministère .
et pour leur formation , les plages de vacances scolaires présentent un calendrier suffisamment ouvert pour en assurer une bonne programmation .
qu'en pensent leurs syndicats ?
Réponse de le 14/11/2018 à 12:11 :
Ce que vous proposez implique que chaque professeur dispose dans l'enceinte de l'établissement, d'un bureau personnel avec un ordinateur, ou au minimum un accès internet,
Sans compter l'équipement informatique que chaque prof finit par avoir chez lui (imprimante, scanner, logiciels) et de la bibliothèque de travail (les CDI sont indigents).

Il y a 500 000 professeurs dans le second degré et 380 000 dans le premier.

Les syndicats ne sont pas forcément contre.... mais Bercy refuse de commencer même à contempler l'ombre de l'idée de faire construire 900 000 bureaux et de les équiper de matériel bureautique.

Sans compter que ça ne résoudra pas le problème des classes surchargées (les 2/3 des classes du secondaire ont plus de 30 élèves cad beaucoup de copies à corriger), des heures sups (en moyenne les enseignants font déjà 2h sup apr semaine), des programmes qui changent tout le temps en contraignant les enseignants à refaire leurs cours (ce qui bouffe un temps énorme)...
Réponse de le 14/11/2018 à 14:23 :
Il est plus simple de rémunérer les profs en fonction du nombre d'heures de cours effectif (en intégrant évidemment le coût de la préparation de l'heure de cours). Ca incitera à faire plus d'heures en factorisant davantage la préparation...et ça mettra surtout en évidence que les vraies économies à rechercher sont du côté du nombre d'élèves par classe (s'il est trop important dans les disciplines importantes comme le français ou les maths, il est trop faible dans nombre de disciplines optionnelles secondaires), et aussi du côté de l'éradication du redoublement, là encore en supprimant les disciplines optionnelles pour les remplacer par de l'école inversée dans les disciplines principales où l'élève a des difficultés (selon le cas remplacer la seconde langue par de l'école inversée en français ou la physique par de l'école inversée en maths).
Réponse de le 14/11/2018 à 17:48 :
Rémunérer les profs en fonction du nombre d'heures...
Ben, c'est pas les heures sup?

Ce ne sont pas les enseignants qui choisissent le nombre d'heures travaillées, ce serait trop beau. Ce sont les "35h" qui s'adaptent aux heures de cours réglementaires des élèves et pas l'inverse.

Dans certaines matières déficitaires en prof (la profession n'attire plus les scientifiques, on se demande pourquoi?), les profs doivent prendre des classes en plus et se prennent 4 à 6 heures de cours en plus non-sécables. Chaque classe veut dire des paquets de copies en plus, des conseils de classe, éventuellement des niveaux de cours en plus.

Dans certaines matières comme la musique (peu d'heures) les enseignants ont tout un collège qui leur passe dans la salle.
Réponse de le 15/11/2018 à 8:58 :
A KAKECH.
Avez-vous deja mis les pieds dans une salle des professeurs ?
Les "collegues" qui ne se parlent plus, ou s'evitent soigneusement.
Ceux qui, aigris parce qu'ils ne sont que profs de primaire avec des horaires a rallonge..
Les autres certifies 18/20 heures max, arrogants bien vus du chef d'etablissement a qui , ils lechent les bottes.
Un vrai foutoir,. Dans ces conditions mission impossible de bosser.
a écrit le 14/11/2018 à 11:11 :
Perso, je fais confiance à M.Blanquer et j'espère que le budget lui permettra de réaliser ses objectifs, et je ne fais pas du tout confiance dans nos institutions de recherches publiques. Je crois que les thèmes ici évoqués ne seront pas résolus de façon nationale, je ne crois pas en l'expertise, ni en l'agressivité des équipes. La définition des thèmes m'apparaît dictée par la climat ambiant écolo, finalement basée sur une vue larmoyante, pleine d'empathie certes, des priorités..
a écrit le 14/11/2018 à 10:04 :
Les bricoleurs.

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