« Il faut que tout change pour que rien ne change. » La célèbre réplique du jeune Tancrède au vieux prince Salinas dans le film le Guépard de Visconti, adapté du livre de Lampédusa, aurait largement pu figurer en sous-titre de l'essai de Nicolas Bouzou, L'amour augmenté, nos enfants et nos amours au XXIe siècle (éd. de L'Observatoire) (*). L'idée de ce livre ne lui est pas venue au cours d'un bal sous des lustres en cristal comme celui qui sert de décor au jeune tigre Tancrède, mais au cours d'un dîner de quarantenaires en banlieue parisienne. Une bande d'amis du collège qui sont retrouvés par Facebook. C'est par le biais de cet ancrage hyper contemporain et les témoignages de ses anciens camarades de collège, Thomas, Sophie et Charlotte et les autres, sur leurs vies amoureuses, leurs séparations, leurs désirs et leurs peurs, que l'auteur prend alors conscience qu'il est le seul parmi ces célibataires, remariés, pacsés, sans-enfants, à « encore » former un couple « traditionnel » marié avec enfants depuis quinze ans. Exception, anomalie, hasard, chance ?
C'est en partie pour tenter de lever l'énigme de son statut de survivant anachronique de « l'ancien monde » que l'économiste, maniant avec virtuosité les idées et les données chiffrées, va convoquer la sociologie, la philosophie et la démographie pour nous parler d'amour. Le vrai, l'unique, au temps de Tinder, et du marché de la rencontre en ligne, devenu « un secteur économique à part entière ». Mais aussi du couple, de la fidélité et de la famille à l'épreuve de la PMA, de la GPA.