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ÉconomieLégislatives 2024

Comment la Macronie a redécouvert la gauche avec les législatives

Photo de Caroline Vigoureux

Caroline Vigoureux

Publié le 07 juillet 2024 à 04:30

La secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, jeudi au siège de son parti.

La secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, jeudi au siège de son parti.

© LTD / ELIOT BLONDET POUR LA TRIBUNE DIMANCHE

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En coulisses, la semaine a été intense en échanges entre figures du camp présidentiel, socialistes et écologistes. L’idée d’une coalition pose question.

Dimanche à 18H30, alors que tombent dans les états-majors des partis politiques les premiers sondages sortis des urnes, c'est le nom de Marine Tondelier qui s'affiche sur le portable d'Emmanuel Macron. « Vos responsabilités sont immenses. Il faut prendre des mesures claires de désistements de vos candidats arrivés en troisième position en cas de risque RN », lui écrit la patronne des Écologistes. Réponse du président : « Je serai à la hauteur. Je sais quel rôle vous jouez dans le combat contre le RN. » Le locataire de l'Élysée fait allusion à son poste d'élue locale dans sa ville d'Hénin-Beaumont, dirigée par le RN Steeve Briois, où Marine Le Pen est élue député depuis 2017. Quelques jours plus tard, ils échangent à nouveau au sujet d'une circonscription problématique dans laquelle un candidat macroniste refuse de se désister. « Je m'en charge », lui promet le chef de l'État. Le prétendant macroniste aux législatives renoncera dans les heures qui suivent.

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Ces derniers jours, l'envergure politique de la secrétaire nationale des Écologistes a changé - de ces ascensions éclair en politique, qui font qu'une personnalité sort du lot, que la presse lui consacre des portraits et que, subitement, elle existe et que sa parole compte. Les larmes de celle qui, lundi matin dans le studio de France Inter, s'est dite « atterrée et en colère » après la déclaration quelques secondes plus tôt de Bruno Le Maire appelant à ne voter ni pour le RN ni pour LFI, ont eu un écho inattendu.

Pour répondre au désespoir et à la rancœur des Français, il faudra de la détermination et du dépassement

Dans la nuit de dimanche à lundi, Gabriel Attal et Stéphane Séjourné avaient pris leurs téléphones pour échanger avec elle. Les deux macronistes ont fait le même travail avec le premier secrétaire du PS, Olivier Faure et son numéro deux, Pierre Jouvet. Socialistes et anciens socialistes se connaissent bien. Tous les quatre font le même constat : l'extrême droite ne doit pas gagner, alors pas de « ni-ni », pas de tri dans les désistements face à des candidats du Nouveau Front populaire. Ce sont des discussions d'appareils avec ces questions : « Pourquoi vous ne faites pas le nécessaire dans cette circonscription ? » « Comment convaincre le candidat de se retirer dans celle-ci ? » Ensemble, ils établissent une liste de 75 cas où un désistement du camp macroniste ou socialiste doit s'opérer pour empêcher un RN de gagner. En Dordogne ou dans le Finistère, certains rechignent à renoncer. À Aix-en-Provence aussi, la candidate macroniste Anne-Laurence Petel, députée sortante arrivée en troisième position derrière le RN et la gauche, refuse de sortir de la course. Personne n'arrivera à la convaincre.

Les discussions sont fructueuses

Lundi, Olivier Faure échange également par téléphone avec François Bayrou. Le ministre de l'Agriculture, Marc Fesneau, règle avec les socialistes les cas les plus complexes. Entre le MoDem et les Écologistes, le lien est plus fluide encore. Le délégué général du parti de Marine Tondelier, Augustin Augier, fils de Marielle de Sarnez, l'ancienne alter ego de François Bayrou, décédée en 2021, facilite les échanges. Pour Horizons, c'est Édouard Philippe qui parle directement avec les responsables de gauche. Les discussions sont fructueuses. En quarante-huit heures, 137 candidats du Nouveau Front populaire et 81 de la majorité présidentielle se désistent. Cette nouvelle donne permet d'éloigner la possibilité d'une majorité absolue pour le RN. Ce qui était possible à l'issue du premier tour devient très hypothétique pour le second. « Le barrage aura fonctionné, je ne vois pas aujourd'hui comment le RN peut remporter 289 sièges », applaudit l'un des protagonistes.

Jamais Gabriel Attal et Stéphane Séjourné n'ont échangé avec les Insoumis. Contrairement à ses alliés, le bras droit de Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard, n'a reçu aucun coup de fil. C'est vers la gauche plus modérée que les regards d'une partie de la Macronie se tournent désormais, avec cette question : y aura-t-il une majorité absolue hors députés RN et LFI qui ouvrirait la possibilité de former une large coalition ? « Pour répondre au désespoir, à la colère et à la rancœur des Français, il faudra de la détermination et du dépassement », fait valoir la présidente PS de la région Occitanie, Carole Delga. « Si on entre dans une coalition, on sera minoritaires par rapport aux députés Ensemble et LR. Donc on sera otage d'une majorité qui n'est pas la nôtre », considère au contraire un cadre du PS. Un écologiste : « Les macronistes rêvent ! Ils pensent qu'ils peuvent continuer à faire comme avant, mais ce qu'ils n'ont pas compris, c'est qu'ils ont perdu les élections. »

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Un accord texte par texte

Une telle alliance donnerait aussi du carburant à Marine Le Pen, qui a structuré son discours des années durant autour de l'« UMPS ». La Macronie peut espérer un accord texte par texte, mais une coalition plus globale semble à ce stade utopiste tant les différences programmatiques sont énormes. Le Nouveau Front populaire réclame le retour de la retraite à 60 ans, la suspension de la loi immigration, la hausse du smic... « Ils n'iront pas dans une coalition qui n'a pas de gros marqueurs de gauche, estime le politologue Rémi Lefebvre. Même si, dans le fond, le programme du NFP est un programme social-démocrate radical et non un programme d'extrême gauche. » La manière dont Gabriel Attal s'est empressé vendredi de démentir l'information du Journal du Dimanche selon laquelle il s'apprêtait à suspendre le projet de loi immigration a fait dire à une partie du Nouveau Front populaire que le gouvernement n'était prêt en rien à revenir sur ce texte vivement rejeté par l'ensemble de la gauche.

Mais il n'a pas échappé à la Macronie qu'il y avait un début de fêlure, ou au moins une très nette différence d'appréciation, entre les Insoumis et leurs nouveaux alliés. Les premiers ferment la porte à toute entente quand les autres ne disent pas non. Dans Libération mercredi, Marine Tondelier promet de l'inédit et se dit « prête à gouverner ». Le lendemain sur France 2, le chef du parti communiste, Fabien Roussel, ne refuse pas l'idée et fixe des lignes rouges. Alors cela a jeté un froid entre eux, qui s'est exprimé lors de la réunion que tiennent tous les matins en visioconférence Manuel Bompard, Marine Tondelier, Olivier Faure et Fabien Roussel. « Vous connaissez notre position là-dessus », a froidement lâché l'Insoumis, refermant la porte que les autres avaient commencé à ouvrir.

Dimanche soir, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, posera ses conditions pour la suite lors d'un discours prononcé à la Bellevilloise. Socialistes et écologistes se sont fixé une règle d'ici là : ne plus parler de Matignon, alors que les noms de certains sont cités pour occuper ce poste en cas de majorité relative du RN. Celui de Carole Delga, de l'ancienne rapporteure générale du budget Valérie Rabault (en difficulté dans sa circonscription du Tarn-et-Garonne), du président du groupe socialiste Boris Vallaud, de l'ancien leader de la CFDT Laurent Berger... Puisque la situation est inédite pour tout le monde, toutes les hypothèses sont permises. « Mais on ne se fera pas acheter à la découpe, c'est la gauche qui discutera en bloc », veut croire un socialiste.

Il faut profiter du bordel pour créer une opportunité

Un autre événement est venu donner cette semaine l'espoir à la gauche sociale-démocrate que son heure était peut-être venue. Jeudi, au Royaume-Uni, le parti travailliste est arrivé en tête des élections législatives, après quatorze ans de pouvoir conservateur. « Cela montre que, quand un pays est en crise, ce n'est pas en se radicalisant qu'on obtient la majorité. C'est en étant sérieux et crédible, analyse l'ancien premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis. À ce titre, le score de Raphaël Glucksmann aux élections européennes et maintenant celui des travaillistes en Angleterre donnent une bonne indication. »

Il y a aussi cette aile gauche de la Macronie, très silencieuse à ce stade, incarnée jusqu'alors par le président de la commission des lois, Sacha Houlié. Que fera-t-elle après le 7 juillet ? « La poutre travaille un peu partout, y compris dans l'ancienne majorité. Je vois mal Sacha Houlié et Aurore Bergé cohabiter longtemps dans le même groupe », considère l'ancien ministre Clément Beaune, lui aussi tenant de l'aile gauche, battu à Paris par le premier adjoint d'Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire. Lui pense que la résurgence de la gauche sociale-démocrate ne se fera pas forcément au Parlement, mais à travers un nouveau mouvement politique.

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C'est l'idée même de Raphaël Glucksmann que de lancer une nouvelle formation pour faire fructifier ses 13,8 % aux élections européennes et préparer la suite. Les deux hommes ont échangé après le scrutin du 9 juin. « Il faut profiter du bordel pour créer une opportunité », assume Clément Beaune. Mais ces ambitions font sourire côté socialiste : « C'est le problème de la gauche. Chaque heure quelqu'un veut créer une nouvelle formation politique. Le sujet n'est pas d'en faire une de plus mais qu'il y en ait quelques-unes de moins. La gauche divisée n'a aucune chance. » Du chaos institutionnel pourrait naître une nouvelle donne politique.

Caroline Vigoureux

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