Commerce extérieur : la France a-t-elle raté le coche ?

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En 2014, en 2015 et probablement en 2016, le commerce extérieur devrait peser sur la croissance tricolore
En 2014, en 2015 et probablement en 2016, le commerce extérieur devrait peser sur la croissance tricolore (Crédits : Flickr/Ben Sutherland. CC License by.)
En 2015, les services des Douanes ont recensé 125.000 exportateurs. Leur nombre n'a augmenté que de 3,1%, en dépit des gains de compétitivité-prix offerts par la chute des cours du pétrole et de la dépréciation de l'euro face au dollar.

On aurait pu espérer mieux. Grâce à la chute des prix des matières premières, et notamment des cours du brut, et du repli de l'euro face aux dollar qui abaisse le coût des exportations et renchérit celui des importations, les exportateurs français ont capté près de 19 milliards d'euros supplémentaires sur les marchés extérieurs en 2015. " A l'heure des bilans, celui du commerce extérieur est donc particulièrement bon avec des exportations en hausse de plus de 4% en valeur, pour un total de 455 milliards d'euros. L'ancien record de 2012 (442 milliards d'euros) est effacé ", explique Alexandre Mirlicourtois, le directeur de la conjoncture te de la prévision chez Xerfi qui souligne également le regain de dynamisme des grands partenaires commerciaux de la zone euro de la France.

" Une fois n'est pas coutume, les exportateurs français ont fait jeux égal avec leurs principaux concurrents et n'ont pas à rougir de leurs performances. Seuls les Allemands ont fait mieux l'année dernière avec des exportations en hausse de 5,7%, les Italiens (+3,3 %), les Espagnols (+3 %) font en revanche moins bien. Il y a bien longtemps que cela n'était pas arrivé, la France a gagné des parts de marché à l'export en 2015 ", poursuit l'économiste.

L'équilibre de la balance commerciale, un objectif lointain

Le bilan est donc positif. Très positif même ? Même si l'on peut se réjouir de la diminution du déficit commercial, il serait délicat de crier victoire. La route jusqu'à l'équilibre de la balance commerciale semble encore longue. Si, comme l'estiment certains experts, la balance commerciale est à la compétitivité d'un pays ce que les yeux sont à l'âme, les motifs de satisfaction sont rares.

En cause, la structure même du commerce extérieur. En dépit des gains de compétitivité offerts par la conjoncture, le nombre d'entreprises exportatrices n'a pas véritablement décollé entre 2014 et 2015. Selon les services des Douanes, qui ont présenté leur bilan annuel ce vendredi, 125.000 entreprises ont exporté en 2015. Certes, ce nombre progresse de 3,1 %. C'est mieux qu'en 2014, année au cours de laquelle il n'avait augmenté que de 0,2 %.

Davantage de petits exportateurs

" En 2015, la hausse du nombre total d'exportateurs tient uniquement à celle du nombre d'exportateurs de moins de 20 salariés (+4,5 %). En revanche, les opérateurs de plus de 20 salariés voient leur nombre stabilisé. En moyenne, les petits opérateurs exportent autant qu'en 2014 mais sont plus nombreux, ce qui contribue pour 37 % à la croissance des exportations totales. Les 63 % restants sont le fait d'une meilleure performance des « gros » exportateurs, légèrement moins nombreux, mais qui exportent plus en 2015 ", détaillent les Douanes qui précisent par ailleurs que les filiales de groupes étrangers représentent 8 % des entreprises exportatrices et concentrent 41 % des exportations.

Une comparaison cruelle

Néanmoins, le tissu d'entreprises exportatrices reste trop faible pour permettre à la France de rivaliser avec ses concurrents, notamment européens. En Italie, ce sont 300.000 entreprises environ qui exportent chaque année. En Allemagne, ce nombre grimpe à plus de 400.000...

Un autre défaut structurel majeur a été relevé par les Douanes. Sur les 125.000 entreprises ayant développé des courants d'affaires à l'international l'année dernière, 30.700 n'avaient pas exporté en 2014 et 27.000 ayant exporté en 2014 n'ont pas prolongé leur effort l'année suivante. Donc, on peut en déduire que près de la moitié des 125.000 entreprises exportatrices n'ont pas de véritable stratégie de développement à l'international...

Compte tenu de ces faiblesses structurelles, peut-on envisager que la tendance à la réduction du déficit commercial se poursuive ? Peut-on espérer que le commerce extérieur contribue positivement à la croissance ? Ce ne fut pas le cas en 2014 et en 2015, années au cours desquelles il a respectivement retiré 0,5 et 0,1 point de PIB selon l'Insee. En 2016, c'est 0,3 point de PIB qu'il devrait « coûter » à la croissance française selon les prévisions de l'Institut.

Un environnement moins favorable

A moins que le nombre d'entreprises exportatrices s'envole cette année et retrouve au moins les niveaux observés au début des années 2000, le rééquilibrage très progressif de la balance commerciale ne peut dépendre que d'éléments exogènes. Or, rien n'indique que l'environnement conjoncturel sera le même en 2016. Pour l'instant, le prix du pétrole reste orienté à la baisse. C'est déjà ça, même si la faiblesse actuelle des cours n'est pas une si bonne nouvelle puisqu'elle plonge certaines économies dans la tourmente, fragilisant le commerce mondial. " On constate une réduction du nombre d'exportateurs vers la Russie en même temps qu'une chute des exportations vers ce pays, en lien avec l'embargo mis en place en août 2014 et la récession de l'économie russe ", observent les Douanes.

En revanche, le repli récent du dollar provoquée par les incertitudes pesant sur la croissance de l'économie américaine vient grignoter les gains de compétitivité-prix dont profitaient ces derniers mois les entreprises françaises sur les marchés situés hors de la zone euro.

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Commentaires
a écrit le 17/02/2016 à 19:13 :
Ceci est une très bonne nouvelle pour nous qui n'aimons pas les riches Quel bonheur que la baisse de la "vilaine richesse.Mais qu'attend donc le gouvernement pour créer des postes de fonctionnaires pour enfin faire baisser le chômage.Qu'attend-il pour nous montrer à quel point le Conseil des ministres aime les pauvres.
a écrit le 08/02/2016 à 19:35 :
@ BONJOUR / Combine nous a couté la débilité de HOLLANDE avec son embargo sur les bateaux russes ????? Grâce à al bêtise de HOLLANDE nos agriculteurs sont dans la misère !!! combien de suicide MERCI FRANCOIS et tout cela pour faire plaisir au Maître de la MAISON BLANCHE
a écrit le 08/02/2016 à 13:45 :
la france a perdu environ la moitie de son industrie depuis 2002
voila ce que c'est quand on met dehors les capitalistes negriers en exigeant sans rire le developpement de l'industrie ' intense en capital' par definition
les gros groupes partent et ne reviendront pas, question de confiance; autant produire directement ailleurs que de se faire insulter a longueur d'annee et se faire visiter les comptes par des specialistes fiscaux de prix de transferts
entreprises du mittelstand francais?
y a pas, faut etre idiot pour developper sa boite en france en sacrifiant sa vie de famille et se la faire vendanger au bout de 40 ans par un politicard ministre de la reproduction ou autre
reste les tpe......... ah ca c'est sur, elles n'ont pas assez de pbs avec le fisc ou l'urssaf, alors pour rigoler elles vont manipuler des incoterms, des credocs, des devises, et du piggy back........ d'autant que leur genereuse rentabilite et leurs fonds propres colossaux les autorisent a ouvrir des lignes de credits clients a l'autre bout de la terre!!
c'est sur!
Réponse de le 08/02/2016 à 17:44 :
Si depuis 2002 c'est la catastropghe, c'est bien que de 2002 à 2012 la France a été gérée n'importe comment.
Déficit public France 2001 = 1.6 % du PIB
Déficit public Allemagne 2001 = 2.4 % du PIB
Déficit public France 2011 = 5.2 % du PIB
Déficit public Allemagne 20111 = 1 % du PIB

Quant aux cours salariaux, ils ont explosé en France par à l'Allemagne entre 2003 et 2011, à cause de la politique menée par SCHRODER.

Néanmoins, si les entreprises françaises sont trop biens en France et ne se résolvent pas à exporter, n'est la faute d'aucun gouvernement, mais de l'incompétence de nos "entrepreneurs", beaucoup plus obnubilés par leur feuille d'impôt que sur la manière de gagner plus.

je ferai remarquer que les entreprises françaises n'existent quasiment pas aux USA, en Chine, au Japon, en Corée du Sud...Soit les plus gros marché mondiaux...
a écrit le 08/02/2016 à 13:11 :
Quelqu'un pour expliquer à notre analyste que les exportations françaises se font essentiellement en Europe, et pour 60% dans la zone euro, et que donc la baisse de l'euro n'y joue pas, que la baisse du prix du pétrole condamne l'espèce humaine à la catastrophe écologique à moyen terme, qu'à court terme elle joue pour tout le monde pareil, que tout le monde a adopté le système de réduction des couts de production, des salaires directs et indirects, pour lorgner sur les classes moyennes des voisins qui font la même chose, et que pour augmenter ses exportations, il faut trouver quelqu'un qui augmente ses importations.
Réponse de le 08/02/2016 à 14:53 :
j'allais l'écrire.

La France a sérieusement redressé son commerce extérieur grâce à une amélioration de sa compétitivité y compris en zone euro. Le reste c'est un détail qui s'explique par des spécificités du capitalisme à la Française dans lequel il n'y a que peu de grosses PME.
a écrit le 08/02/2016 à 10:40 :
Comme vous dites, le rééquilibrage ne peut être que progressif... et vous n'avez pas de solution miracle (d'ailleurs, vous n'avez pas le temps...). 80% de la baisse du déficit est dû à des facteurs exogènes, ce qui laisse 20% de performance "pure". Je vous conseille de mieux vous informer. Par ailleurs, vaut mieux avoir quelques milliers ETI qui exportent beaucoup qu'une poussière d'entreprises qui exportent peu. Bref, vos raisonnements partent de mauvaises prémisses.

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