En pleine crise, les retards de paiement des PME explosent

FOCUS DATA. Les PME règlent en moyenne leurs factures avec 18,6 jours de retard en 2020, contre 10,9 jours l'an dernier. Ce fléau, accentué par la crise, ampute les PME de 19 milliards d'euros de trésorerie, selon l'Observatoire des délais de paiement. Les grands groupes, quant à eux, ont réussi à diminuer leurs délais de paiement de 4 jours depuis 2015, poussés par les dispositifs comme le "name and shame".

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(Crédits : LT)

Nouveau coup de massue pour les entreprises, le deuxième confinement annoncé le 28 octobre risque d'aggraver le choc et de causer «des dégâts économiques et humains considérables» selon les mots du président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux. Les effets de la crise sur la trésorerie des entreprises risquent de se prolonger alors que les délais de paiement, éléments essentiels de la structure de finance des entreprises, ont déjà explosé pour les PME.

Dans une enquête publiée le 20 octobre par le cabinet de juristes ARC, plus d'un tiers des 500 entreprises interrogées estiment que «les délais de paiement (Ndlr : fixés en principe au 30ème jour mais pouvant aller jusqu'à 60 jours en fonction du contrat) se sont détériorés par rapport à l'avant-crise Covid-19, contre 16% en 2019». Le retard de règlement est passé - toutes entreprises confondues - à 13 jours en 2020 en moyenne contre 10 jours l'an dernier.

Véritable fléau, les retards de paiement entrainent un manque de liquidités estimé à 19 milliards d'euros pour les PME et 7 milliards pour les ETI, selon l'Observatoire des délais de paiement de la Banque de France publié le 8 octobre. Une pratique des entreprises françaises qui pourrait être l'élément dévastateur en pleine crise du Covid-19.

Les PME amputées de 19 milliards d'euros

Premier constat, les PME, à la trésorerie plus fragile que les grands groupes, ont toujours eu plus de mal à respecter les délais de paiement. L'écart s'est, depuis 2012, toujours situé entre 1,5 et 6 jours entre les deux structures d'entreprises. Néanmoins, face au déficit de fonds propres qui explose en 2020 pour les PME et qui atteint 30 milliards d'euros selon Euler Hermes, l'écart s'est largement creusé. Les PME ont en moyenne réglé leurs factures avec 18,6 jours de retard contre 8,1 jours pour les grands groupes.

L'impossibilité d'accéder aux factures imprimées, chéquiers et autres moyens de paiement, notamment pour les TPE et PME a amplifié les retards de paiement pendant le confinement. «La difficulté à régler les factures lorsque les services dédiés sont en télétravail a été l'un des principal argument utilisé dès la mi-mars par les entreprises, et cela a duré plusieurs mois», selon Denis Le Bossé. La loi prévoit d'ailleurs une obligation progressive de la facturation électronique entre entreprises (B2B) qui se généralisera au plus tard en 2025. Le manque de visibilité en début de crise, plus notoire pour les PME que pour les grands groupes, peut être un autre facteur explicatif selon Denis Le Bossé, président du cabinet ARC à La Tribune : «les plus petites entreprises ne savaient pas par exemple si elles étaient éligibles au prêt garanti par l'Etat, elles ont donc cherché à conserver leur trésorerie en retardant les paiements». Un principe de précaution qui pourrait coûter encore plus cher à une réalité déjà difficile : «Il y a 25% des faillites qui sont liées à des retards de paiement», affirme Pierre Pelouzet, le médiateur national des relations inter-entreprises, le 11 octobre 2020 sur BFM Business.

Le "name and shame" est-il efficace ?

Autre constat, les grands groupes ont franchi un peu moins loin la ligne rouge du retard en 2020 qu'en 2019 (8,1 jours de retard en moyenne contre 8,9 l'an dernier), et ce, malgré la crise. Le Comité de crise, mis en place au mois de mars par le ministère de l'Economie et la Banque de France, sur les délais de paiement a «certainement contribué à limiter les retards de paiement des grandes entreprises», note Denis Le Bossé. Mais le principal élément déclencheur pour les grands groupes a été le "name and shame" mis en place en novembre 2015. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes ( DGCCRF) a commencé à cette époque à mettre en ligne la liste des entreprises épinglées pour des retards de paiement. Le résultat est flagrant puisque les grands groupes ont réduit leur retard de paiement à 10,4 jours en 2016 contre 12,1 jours en 2015. Le retard de règlement des PME a également diminué de deux jours entre 2015 et 2016.

Les entreprises croient à l'effet du "name and shame" puisque plus de six entreprises sur dix déclarent qu'il est possible de réduire les délais de paiement grâce à la publication des amendes sur les bases d'informations légales, selon l'enquête du cabinet ARC. Toutefois, au vu des résultats, cette pratique n'est pas encore suffisante. «Pour l'instant nous sommes plutôt sur le name, le moment n'est pas loin où il faudra faire du shame, en se gardant néanmoins d'en faire une généralité», estime Patrick Martin, le Président délégué du Medef, le 28 octobre lors des assises des délais de paiement.

Les retards de paiement risquent-t-ils de s'empirer avec la deuxième vague ? Si la crise perdure, «on ne pourra pas dépasser ces 18 jours pour les PME puisque les 20 milliards de prêts participatifs annoncés par l'Etat le 19 octobre permettront en partie de renforcer les fonds propres des entreprises», selon Denis Le Bossé. Néanmoins, une solidarité des entreprises envers leurs sous-traitants sera indispensable pour éviter des défaillances en cascade. Les entreprises en ont conscience puisque près de la moitié déclarent avoir mis en place des échéanciers ou des facilités de paiement depuis
le début de la crise pour accompagner les clients/fournisseurs en difficulté, selon le baromètre du cabinet ARC.

Lire aussi : Covid-19 : la catastrophe des délais de paiement s'amplifie

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Commentaires 4
à écrit le 02/11/2020 à 18:37
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Les retards de paiement sont une bénédiction pour les Banques qui financent ces retards à taux d'usure par des autorisations de découvert, des prêts..

à écrit le 02/11/2020 à 18:37
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Les retards de paiement sont une bénédiction pour les Banques qui financent ces retards à taux d'usure par des autorisations de découvert, des prêts..

à écrit le 02/11/2020 à 14:50
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les retards de paiement des PME explosent ... en partie parce que les banques bidouillent il faut faire une enquête et demander aux banques d'expliquer leurs mauvaises pratiques : *** exemple La Banque Postale *** Vendredi 30 octobre les compt...

à écrit le 02/11/2020 à 10:38
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"Qu'avons nous fait de la sagesse que nous avons remplacé par du savoir ? Qu’avons nous fait du savoir que nous avons remplacé par de l'information ?" Pratique pour la classe dirigeante puisque nous permettant d'effacer une information aussitôt v...

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