Covid-19 : les retards de paiement des grands groupes dans le viseur de Bercy

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(Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Face aux risques de faillites, Bercy et la Banque de France ont officialisé la création d'une nouvelle cellule de crise. En jeu, ce sont "13 milliards d'euros" bloqués qui ne remplissent pas la trésorerie des entreprises tandis que celles-ci jouent leur survie.

La lutte contre le fléau des délais de paiement se concrétise. La propagation du coronavirus pourrait provoquer des faillites et des dépôts de bilan en cascade dans les prochaines semaines. Pour éviter une hécatombe, le ministère de l'Economie et la Banque de France ont officialisé le lancement d'une cellule de crise ce mercredi premier avril. "Les délais de paiement représentent une source de financement d'environ 700 milliards d'euros. Avec des retards qui sont stables en moyenne depuis 4 ans, ce sont déjà 13 milliards d'euros dont le blocage pèse sur la trésorerie de nombre d'entreprises" précise un communiqué de Bercy et de la Banque centrale.

Les membres du comité redoutent un effet domino si notamment les grands comptes ne respectent pas les délais de paiement. A plusieurs reprises, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a tapé du poing sur la table pour mettre fin à ces mauvaises pratiques et mis la pression sur les grands groupes. Lors d'un point presse téléphonique la semaine dernière, le ministre des Finances a déclaré :

"Pour les entreprises, nous voulons protéger la trésorerie avec le report des charges fiscales et sociales, les prêts garantis par l'Etat via la BPI avec la mise en place d'une garantie exceptionnelle de l'Etat de 300 milliards d'euros. [...] Nous allons lier le respect des délais de paiement à ces garanties. Il s'agit de contribuer à la survie de PME et sous-traitants. On ne peut pas faire de la trésorerie sur le dos des PME et demander ces garanties."

Lire aussi : Le fléau des délais de paiement s'accentue, les PME en danger

Un boom des signalements

La fermeture administrative de nombreux établissements, les mesures de confinement et l'urgence sanitaire et sociale ont paralysé une bonne partie de l'économie. Beaucoup de petites et moyennes entreprises, d'indépendants, de commerçants se retrouvent en détresse. Face à ces situations très délicates, les services du médiateur des entreprises indiquent qu'ils ont enregistré une hausse spectaculaire des signalements. D'après le communiqué du ministère de l'Economie, l'administration a reçu en deux semaines, l'équivalent de trois mois de saisine. "Parmi ces signalements, les retards de paiement font l'objet d'un suivi particulier. En effet, si ces pratiques se généralisaient, une réaction en chaîne pourrait s'activer et provoquer la disparition prématurée de nombreuses entreprises", explique le document.

Les grandes entreprises dans le viseur

Les grands groupes figurent dans la ligne de mire de cette cellule de crise. Cette organisation a vocation "à traiter prioritairement les signalements impliquant entreprises ayant à titre indicatif un chiffre d'affaires supérieur à 1,5 milliard d'euros ; les cas concernant les entreprises de plus petite taille seront traités selon les procédures habituelles par la médiation des entreprises". La cellule de crise a prévu d'instruire les dossiers avec deux principaux objectifs :

  • identifier et de valoriser des acteurs mettant en œuvre des pratiques vertueuses;
  • parvenir à mettre un terme aux situations caractérisées par des comportements anormaux.

Un accord avec les organisations professionnelles

Cette lutte contre les délais des paiements serait inefficace sans la coopération et l'appui des fédérations professionnelles. Les médiateurs Pierre Pélouzet et Frédéric Visnovsky ont fait appel à plusieurs fédérations professionnelles (AFEP, CPME, MEDEF et U2P) et plusieurs réseaux consulaires pour mener cette bataille. Toutes ces organisations ont conclu un accord récemment et devraient se réunir avec la DGCCRF régulièrement pour faire le point.

Des craintes dans les milieux dirigeants

S'il est encore trop tôt pour mesurer l'ampleur du choc sur l'économie française, les craintes se multiplient dans les milieux patronaux. Interrogé par La Tribune mardi 31 mars, le président des chambres de commerce et d'industrie, Pierre Goguet a fait part d'une remontée inquiétante de dirigeants en détresse. Même si de nombreuses mesures ont été adoptées pour soutenir les entreprises dans cette période troublée, beaucoup de secteurs sont à l'arrêt ou tournent au ralenti. L'allongement du confinement pourrait alourdir le dégâts économiques et sociaux. Selon des récentes estimations de l'observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), l'impact d'un mois de blocage est estimé à environ 60 milliards d'euros, soit une perte de 2,6 points de produit intérieur brut (PIB) annuel.

> Lire aussi : Coronavirus : des pertes faramineuses pour l'économie française

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Commentaires
a écrit le 01/04/2020 à 18:14 :
Mais pour "le plus grand groupe" et le plus mauvais payeur (L'Etat) quand Bruno Lemaire tapera-t-il "bien sur la table pour mettre fin à ces mauvaise pratiques" comme ne le précise pas votre article ?
Réponse de le 01/04/2020 à 21:38 :
Faut pas bousculer les lourdes et tentaculaires et couteuses, chaines administratives,
afférant à chaque ministère.

L'ETAT NE BALAIE JAMAIS DEVANT SA PORTE
( " faites ce que je dis, pas ce que je fait " )
a écrit le 01/04/2020 à 16:21 :
L' économie est en roue libre oui mais, pourquoi un tel cafouillage dans la prise en charge ? François Asselineau demande à Emmanuel Macron, Édouard Philippe, Olivier Véran et au Haut conseil de la santé publique de répondre précisément aux trois questions suivantes :

1) pourquoi recommandent-ils l’usage des antirétroviraux lopinavir et ritonavir pour lutter contre le covid-19 alors qu’une première étude scientifique chinoise a conclu à l’inutilité de ces traitements – par ailleurs extrêmement coûteux – pour lutter contre l’actuelle pandémie ?

2) pourquoi l’hydroxychloroquine qui, elle, a montré son efficacité à de nombreuses reprises pour traiter le covid-19, non seulement en France mais aussi à l’étranger, voit son usage restreint à des cas sévères alors que les spécialistes demandent qu’elle soit tout au contraire administrée le plus tôt possible dans le développement de la maladie et même de façon préventive pour le personnel médical au contact des personnes infectées ?

3) pourquoi ne parlent-ils absolument pas des effets secondaires potentiellement dévastateurs des antirétroviraux lopinavir et ritonavir, tout en focalisant l’attention du public, avec le concours des médias, exclusivement sur ceux de l’hydroxychloroquine, qui sont très faibles, connus et documentés depuis plus de 70 ans ?
Réponse de le 01/04/2020 à 17:03 :
Pour votre information, l’hydroxychloroquine a des effets secondaires importants sur le système cardio-vasculaire. Voir les décès ces derniers jours en France et US notamment. Perso, je ne crois absolument le Dr Raoult sinon les chinois auraient traité toute la population avec ce médicament
a écrit le 01/04/2020 à 14:25 :
On remarque une nouvelle fois que les grands groupes ne jouent pas le jeu de la solidarité. Même remarque pour les banques françaises (il faut bien le préciser) qui souhaitent toujours verser des dividendes à leurs actionnaires et qui rechignent dès à présent d’accompagner certaines entreprises déjà en difficulté . Il faut que le gouvernement interviennent rapidement pour faire rentrer ces égoïstes dans les rangs de la solidarité nationale. La situation est très grave, les états d’âme et les tergiversations de tous ordres n’ont plus lieu d’être. Nous ne sommes qu’au tout début de cette crise. Les difficultés dont devenir exponentielles. Le confinement actuel est difficile, dans quelques semaines la sortie du confinement sera encore plus délicate et complexe, et pour finir, à l’automne la longue crise économique qui va suivre peut rapidement devenir socialement explosive. Restons unis et solidaires.
Réponse de le 01/04/2020 à 17:13 :
solidarite, c'est pas un mot economique, ca a plutot trait a la morale
et quand ca va pas, personne ne veut aller au tas pour les pbs des autres........
les delais de paiement ca a toujours existe, les non paiements aussi....
le premier s'appelle credit client fournisseurs, le deuxieme, euh ' malhonnetete'
on peut eventuellement regler le premier avec une escompte au comptant....
pour le reste chacun regarde sa paroisse, et si votre voisin n'arrive pas a payer les traite de sa maison, meme si vous l'appreciez, vous ne paierez pas a sa place et ne lui preterez pas les sommes pour pas tomber avec.........
si les boites francaises etaient moins sous capitalisees, le pb serait un peu moins important, vu qu'une partie serait financee sur fonds propres
mais bon, la france met dehors les grands capitalistes ultra actionnaires ultra negriers, alors forcement, y a pas de fonds propres, juste de la fragilite financiere... rien de nouveau donc... c'est juste plus visible quand ca va mal que quand ca va bien

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