Face au « cas » Cayeux, les « progressistes » de la majorité dans tous leurs états

POLITISCOPE. Par-delà l'affaire Cayeux et sa défense maladroite, la question des droits LGBT traverse la macronie de part en part entre les progressistes et ceux qui laissent sortir leur ethos de droite. Le « en même temps » en prend un coup dans l'aile et les clivages se forment en vue de 2027. L'après-Macron a déjà commencé dans les esprits de la majorité (relative) !
Marc Endeweld
(Crédits : BENOIT TESSIER)

Emmanuel Macron n'est pas content : le chef de l'État n'a pas apprécié que certains de ses proches aient signé le week-end dernier une tribune dans le JDD dénonçant le fait que la ministre chargée des Collectivités territoriales, Caroline Cayeux, ait récemment maintenu ses propos contre le mariage pour tous qu'elle considère comme « contre nature ». Cette ancienne proche de François Fillon, soutien de la « Manif pour tous », a suscité un tollé dans les rangs de la macronie historique : à tel point que la fameuse tribune a été signée par plusieurs « amis » du couple présidentiel, notamment Jean-Marc Borello, pilier d'En Marche! et patron du groupe SOS, leader de l'entrepreneuriat social, et l'écrivain Philippe Besson, conseiller du soir à ses heures (et qui avait failli devenir consul de Los Angeles si les diplomates du Quai d'Orsay ne s'y étaient pas opposés).

Depuis, le gouvernement a suivi les consignes de l'Elysée sur le mode, « il n'y a pas d'affaire Cayeux », et n'a donc pas pris ses distances à l'égard de la ministre. Résultat, lors des questions au gouvernement à l'Assemblée Nationale, Isabelle Rome, la ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la diversité, a dû prendre péniblement la défense de sa collègue, tout en rappelant : « S'agissant de la lutte contre les LGBTphobies, nous n'avons pas à rougir. Qui a ouvert la PMA à toutes les femmes, qui a interdit les thérapies de conversion, qui a fait évoluer le don du sang (...), c'est la majorité parlementaire ! »

En dehors du  Cayeux, d'autres ministres choisis par Borne et Macron sont d'anciens soutiens à la Manif pour Tous. C'est ainsi qu'en 2013, au moment des discussions sur la loi sur le mariage pour tous, Christophe Béchu, aujourd'hui ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, avait signé une tribune dans l'hebdomadaire conservateur Valeurs Actuelles contre le mariage pour tous, quand Gérald Darmanin avait déclaré qu'il ne marierait pas de couples de même sexe en sa mairie de Tourcoing. Béchu avait également fait interdire en 2016 des affiches de prévention contre le VIH « situées aux abords des écoles » dans sa ville d'Angers. Devenu désormais ministre par la grâce d'Emmanuel Macron, Béchu dit sur les antennes de RTL avoir « évolué » sur le mariage pour tous, et raconte avoir vécu « des moments de grâce » en mariant des couples de même sexe.

Quand « ces gens-là » portent plainte pour injure

Cette tentative de com' de crise ne semble pas avoir convaincu les associations LGBT. Certaines d'entre elles ont boycotté cette semaine le « dîner des fiertés » organisé par la ministre Rome. Six autres associations ont carrément porté plainte contre Caroline Cayeux, qui avait également tenu dire qu'elle avait « beaucoup d'amis parmi ces gens-là », pour « injure publique envers un groupe de personnes à raison de l'orientation sexuelle ».

L'après-Macron a commencé

Au sein de la majorité, le malaise est palpable. Car tout le monde se souvient qu'en mai dernier, Emmanuel Macron avait dû rétropédaler sur son choix de Premier ministre, quand celle qui avait ses préférences, Catherine Vautrin, patronne de l'agglomération de Reims, avait subi toute une campagne contre elle sur ses positions passées au sujet du mariage pour tous. À l'époque, le secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler, particulièrement opposé au choix de Catherine Vautrin pour Matignon, avait largement profité de cette bronca au sein des rangs de la macronie pour imposer au finish Elisabeth Borne. C'est dire si les macronistes de la première heure, ceux qui ont porté au pouvoir Emmanuel Macron en 2017, ont du mal à avaler la couleuvre Cayeux. « Quelle cohérence on donne à tout ça ! », s'exclame l'un d'entre-eux en off. On touche bien là les limites du « en même temps » d'Emmanuel Macron. Il ne faut jamais oublier que le président reconnaît lui-même auprès de son entourage avoir un « ethos de droite ».

Au sein de la majorité, ceux qui se définissent encore comme des « progressistes » ont réagi à la polémique Cayeux de différentes manières. Si le ministre des Transports, Clément Beaune, est le seul ministre du gouvernement à avoir pris ses distances à l'égard de sa collègue, en évoquant des « propos extrêmement blessants », et rappelant au passage que « moi aussi, je fais partie de ces gens-là », son camarade Olivier Dussopt, ministre du Travail et patron de « Territoires de Progrès », ce mouvement de la « gauche » de la macronie, a préféré ne pas s'exprimer sur le sujet. C'est qu'au sein même de cette sensibilité « progressiste » dans la majorité, les couteaux sont de sortie. Chaque personnalité se positionne désormais pour l'après Emmanuel Macron. Et Clément Beaune ne cache plus ses ambitions personnelles. Alors qu'il s'était déclaré intéressé par la présidence de Renaissance, l'Elysée lui a clairement signifié que le poste ne lui était pas destiné. Cette semaine, alors que Libération lui a consacré un portrait laudateur, Beaune a suscité l'irritation de ses collègues. Preuve s'il en est qu'il n'y a pas qu'à droite de la macronie que l'après-Macron a commencé. Et dans cet « après », les clivages traditionnels ressurgissent comme par magie...

Marc Endeweld

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Commentaires 5
à écrit le 23/07/2022 à 8:37
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Bonjour, Dans notre pays vous n'avez plus le droit de dire certaine chose, ou est la liberté d'expression... Voir la liberté d'aimer ou pas ... S'est bien triste dans notre pays qui se définit par la liberté individuelle... Honte à tous ses gents ...

le 24/07/2022 à 12:35
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le plus grave c'et le maire de lyon qui veut interdire les voyages de fin de semaine en avion alors que lui voyage en semaine en avion

à écrit le 22/07/2022 à 16:03
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Dans le « en même temps » il y a ceux qui ont soutenu le mariage pour tous et il y a aussi ceux qui sont contre !! Heureusement que l’on a encore le droit de ne pas être soumis à la contrainte de tous penser la même chose…….

à écrit le 22/07/2022 à 13:01
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Les minorités agissantes deviennent d'autant plus envahissantes qu'on les laisse faire...

à écrit le 22/07/2022 à 12:52
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Un soutien sans faille a Mme Cayeux, et gardons bien les noms des pseudos progressistes pour plus tard

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