Le French Fab Tour dans les Hauts-de-France, symbole de la renaissance industrielle

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L'inauguration du village de la fab, le lundi 12 août au Touquet.
L'inauguration du village de la "fab", le lundi 12 août au Touquet. (Crédits : DR)
Le coq bleu termine sa tournée estivale sur la côte d’Opale, où il se pose d’abord au Touquet puis à Dunkerque, pour montrer à la jeunesse le nouveau visage des métiers industriels, en pleine transformation. Cette opération séduction s’achève ainsi sur une terre d’industrie historique. Le secteur reste en effet le premier employeur dans la région. Et certaines filières, comme le textile, connaissent aujourd'hui un véritable renouveau.

Depuis qu'il s'est élancé de Nice, le 15 juillet dernier, le French Fab Tour d'été s'est déjà arrêté dans 17 villes du littoral, pour rencontrer, à chaque étape, un franc succès. Son avant-dernière escale, au Touquet, n'a pas fait exception : 28 000 visiteurs ont afflué, le lundi 12 août, au village de la « fab », dressé sur la plage de la perle de la Côte d'Opale, pour assister aux démonstrations techniques et ludiques d'une industrie en plein boom.

« Nous sommes ravis de boucler cette tournée par la région très dynamique des Hauts-de-France, formidablement bien dirigée par Xavier Bertrand qui était représenté au Touquet par la vice-présidente de la région, Julie Riquier », a déclaré Patrice Bégay, directeur exécutif et directeur de la communication de Bpifrance, après avoir inauguré l'événement dans cette station balnéaire parmi les plus prisées de France.

Le Touquet mise sur l'innovation

Pour renforcer son attractivité, Le Touquet mise aujourd'hui sur le développement du tourisme d'affaires et l'innovation, via notamment le Campus des métiers et des qualifications « Tourisme et innovations », porté par le lycée hôtelier du Touquet et la région. Un Fab Lab permet même aux étudiants de développer des innovations alimentaires... « Ce Campus des métiers et des qualifications 'Tourisme et innovation' forme des professionnels de haut vol pour le tourisme et l'hôtellerie-restauration de demain. Nous en sommes très fiers. Le Touquet a toujours été une station innovante et audacieuse ! », souligne Lilyane Lussignol, la maire du Touquet.

Dans cette ville qui s'est dotée d'une pépinière d'entreprises il y a une dizaine d'années se niche entre autres la TPE florissante Tea Together, dont les confitures bio aux parfums innovants - l'une des plus récentes est à l'abricot et au thé blanc - séduisent dans les hôtels de luxe du monde entier. Fondée dans les années 90 par deux Britanniques, la société, qui réalise 1,5 million d'euros de chiffre d'affaires, exporte ses produits au Royaume-Uni - pays de la marmelade ! - et en Europe continentale, bien sûr, mais aussi aux Etats-Unis, en Chine, au Japon, au Qatar et jusqu'aux Maldives... « Au Touquet, nous sommes au carrefour de l'Europe et très bien positionnés pour l'export, notamment vers l'Angleterre », souligne Eli Gifford, directeur de cette société familiale qui surfe - avec succès - sur le « made in France » et était présente au village de la « fab » avec un stand.

L'économie locale abrite également quelques belles usines, comme celle de Valéo, premier employeur du territoire montreuillois. A deux pas du Touquet, son usine d'Etaples est l'un des plus grandes, avec Valéo Shanghaï, des 114 unités de production de l'équipementier automobile. Un site ultra-moderne et robotisé, où les 1 800 salariés produisent, chaque année, quelque neuf millions d'alternateurs, qui vont ensuite équiper quatre voitures sur dix en Europe et une sur dix dans le monde...

Dunkerque : le tissu industriel se renforce

Après Le Touquet, l'étendard de l'industrie française prendra la direction de Dunkerque, sa dernière étape sur ce Tour d'été. Un territoire emblématique du renouveau industriel français puisque, après avoir connu de nombreuses fermetures d'usines, la ville voit désormais se multiplier les implantations. « En quatre ans, pas moins de cinq nouvelles entreprises industrielles se sont installées sur le territoire dunkerquois. Une évolution inédite, puisqu'entre 2004 et 2014, il n'y en avait eu aucune, hors terminal méthanier », souligne Patrice Vergriete, président de la Communauté urbaine de Dunkerque. Le spécialiste belge de la gestion des déchets, Indaver, a ainsi investi 40 millions d'euros dans la construction d'un site à Dunkerque. Ecocem France a, lui, inauguré l'an dernier une usine spécialisée dans la production de ciment écologique à partir de laitier granulé, ces scories formées en cours de fusion et issues des hauts fourneaux d'ArcelorMittal. Quant au spécialiste français de la chimie de l'eau, SNF Floerger, il s'apprête à construire un complexe de polyacrylamides à Gravelines, au sein du port de Dunkerque. Un investissement qui devrait atteindre 160 millions d'euros et représenter ainsi l'engagement le plus élevé de l'industrie chimique en France depuis des années.

Autre entreprise industrielle qui investit à Dunkerque, DMT (Dunkerque Multibulk Terminal). La société prévoit d'ouvrir une unité de production de matériaux de construction pour 40 millions d'euros, assortie de la création de 70 emplois. Enfin, le groupe belge Ecophos produira à Dunkerque des phosphates pour l'alimentation animale : à la clé, 75 millions d'euros d'investissement et une centaine d'emplois, dont 50 directs. Autant de projets prometteurs dans un secteur industriel qui, avec les activités logistiques portuaires, représente 25 000 emplois et reste le premier employeur de Dunkerque. La Communauté urbaine ne peut que s'en réjouir - et poursuivre sa bataille pour l'industrie sur son territoire. « Nous travaillons en étroite collaboration avec le Grand Port Maritime de Dunkerque (GPMD) pour faciliter et inciter les implantations, nous œuvrons pour faire en sorte que les acteurs économiques du territoire se connaissent mieux et nouent des relations qui peuvent avoir ensuite des retombées économiques », indique Patrice Vergriete. La Communauté est par ailleurs finaliste dans l'appel à projet national « Territoire d'innovation ». Elle a également œuvré à l'implantation d'un projet éolien au large de ses côtes. La transition écologique est en effet en marche dans la région : plusieurs industriels ont signé, le 10 juillet à Dunkerque, le manifeste « CO2, Industries et Territoires » avec les partenaires publics.

L'industrie des Hauts-de-France recrute

Autant dire que le dynamisme ne manque pas dans la région. Une région exportatrice - la 5è de France - où l'embellie sur le front de l'emploi se confirme. Selon le dernier rapport « Qui recrute en Hauts-de-France », publié par la CCI Hauts-de-France, plus de 5 300 projets de recrutement, tous secteurs confondus, ont été annoncés au premier trimestre de cette année et la tendance est en progression constante depuis quatre ans. L'industrie n'est pas en reste dans les intentions d'embauches, puisqu'elle compte pour un quart des projets, avec plus de 1 100 emplois à la clé, notamment dans l'agro-alimentaire, le ferroviaire et la chimie. Ainsi, Alstom Transport, à Petite-Forêt, prévoit de recruter 250 personnes d'ici 2022. Fourneo, le fabricant de pain et de pâtisserie industrielle, devrait s'installer à Leulinghem avec, à terme, la création d'une centaine d'emplois. Et le fabricant de sous-vêtements H. Lemahieu, partenaire du Slip français, embauche des couturières à Saint-André-lez-Lille... Une bonne nouvelle de plus pour un textile 100 % français qui continue de séduire les consommateurs et participe ainsi à la renaissance de ce secteur emblématique des Hauts-de-France.

La French Fab terminera sa grande tournée d'été le mercredi 14 août à Dunkerque, après 18 étapes qui ont célébré l'excellence d'une industrie française et réuni près d'un demi-million de personnes sur les plages du littoral.

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Trois questions à Angelo Gopée, directeur général de Live Nation France

« L'industrie est aussi culturelle »

Angelo Gopee

Angelo Gopee

Cheville ouvrière des concerts qui sont comme un bouquet final à chaque étape du French Fab Tour d'été, le directeur général de Live Nation France revient sur son parcours - peu commun - et nous livre son ambition : celle de propulser davantage de jeunes talents sur le devant de la scène mondiale

Comment avez-vous commencé ?

Angelo Gopée : Je suis d'origine mauricienne et j'ai grandi en banlieue parisienne, à Saint-Ouen. C'était les années 80, et j'ai découvert le hip hop. Avec mon frère et des cousins, j'ai commencé à organiser des après-midi, puis des soirées de rap et de hip hop. Nous avions 16 ans et nous avons dû créer une association, IZB, pour pouvoir louer des salles. C'est comme cela que tout a commencé, il y a plus de 30 ans, pour se transformer progressivement en business. Nous avons ainsi organisé des tournées pour des groupes et des artistes comme IAM, NTM, Public Enemy... Un jour, mon parcours a pris un nouveau tournant. C'était le 4 novembre 2009. J'avais rendez-vous à Londres, avec Jay-Z. C'est lui qui a conseillé à Live Nation de faire appel à moi. Et j'ai commencé le 30 novembre 2009 ! La première année, en 2010, nous étions quatre personnes et Live Nation France a réalisé un chiffre d'affaires de 10 millions d'euros. L'an dernier, notre chiffre d'affaires était de 500 millions d'euros avec une équipe de plus de 300 collaborateurs. Et j'ai toujours la même passion. J'ai l'impression de faire des choses différentes tous les jours.

Quelle est votre vision de l'activité artistique en France ?

Aujourd'hui, le terrain de jeu pour les artistes n'est plus local ni hexagonal, mais mondial. Notre but est donc de faire émerger des talents français - et nous en avons beaucoup chez nous ! - pour les propulser à la fois sur les scènes françaises et à l'international - en Europe du Nord, en Amérique du Nord et du Sud, en Asie, en Australie... Mais cela ne veut pas dire que nous allons standardiser quoi que ce soit. La filiale de Live Nation s'appuie avant tout sur la diversité culturelle française. Elle est énorme, en particulier dans nos quartiers, qui regorgent de jeunes exceptionnels, avec un talent fou. Il faut leur donner la parole ! Ce qui est important pour moi, c'est de montrer, avec la French Fab, que l'industrie est aussi culturelle et que les jeunes peuvent trouver un emploi et s'épanouir partout, dans l'industrie comme dans la musique. Les artistes que nous présentons tous les soirs sur le littoral incarnent un espoir pour beaucoup d'autres. En ce sens, le Tour d'été est un signal fort. Nous disons qu'ensemble, nous pouvons y arriver, ensemble, nous y arrivons, ensemble, nous y arriverons.

Est-ce pour cela que vous lancez un Mastère spécialisé en management de la filière musicale avec Audencia à la rentrée ?

Oui ! Il nous faut davantage de professionnels qui ont les compétences pour accompagner les artistes, que ce soit en termes de droit, de fiscalité, de management, d'organisation de concerts, de production, de digital... Former ces professionnels permettra à la culture française de rayonner encore plus à l'international. Actuellement, la musique anglaise génère plus de 4 milliards d'euros à l'export. Le chiffre pour la France n'est que de 250 millions d'euros. Je pense que nous pouvons avoir beaucoup plus de retombées économiques à moyen et à long terme si nous créons de meilleures conditions pour l'émergence de nouveaux talents. J'ai tout appris sur le terrain, mais je pense réellement qu'un tel Mastère fera la différence. Et nous avons un programme de bourses, pour nous assurer que tout le monde ait sa chance, d'où qu'il ou elle vienne. Enfin, notre autre actualité, c'est le Bastille Sounds Festival, les 19, 20 et 21 septembre. Un festival gratuit, qui permet à une quarantaine de jeunes groupes et d'artistes de se produire et d'entamer, je l'espère, une belle carrière !

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