Inégalités : les imprécisions de Bruno le Maire

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Bruno Le Maire a indiqué qu'il était prêt d'ici deux ans à faire une évaluation des choix fiscaux' du gouvernement.
Bruno Le Maire a indiqué qu'il était "prêt d'ici deux ans à faire une évaluation des choix fiscaux' du gouvernement." (Crédits : COSTAS BALTAS)
[Factchecking] Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a déclaré que la France s'en tire mieux que ses voisins européens au classement des pays les plus inégalitaires. Pourtant les chiffres de l'OCDE et de la Commission européenne nuancent les propos de l'ancien ministre de l'Agriculture.

Invité de la matinale de France Inter ce lundi 9 octobre, le ministre de l'Economie et des finances est revenu sur la politique fiscale du gouvernement qui cherche à supprimer l'impôt sur la fortune (ISF). Il a également été interrogé sur les possibles conséquences d'une telle réforme en termes de redistribution et d'accroissement d'inégalités.

Ce qu'il a dit à partir de 6'15 :

"En termes d'inégalités, la France fait mieux que la plupart de ses voisins européens et que les grands pays de l'OCDE contrairement à ce que j'entends dire ici ou là. Vous avez un indicateur de référence qui est le coefficient de Gini. Il est de 0,295 en France et il est 0,318 dans la moyenne des pays de l'OCDE. Prenons les chiffres tels qu'ils sont et ne laissons pas ruisseler de fausses idées sur la situation française. Nous faisons mieux que nos partenaires européens et mieux que la plupart de nos partenaires de l'OCDE."

La mesure des inégalités

La question des inégalités fait régulièrement débat en France au moment de la présentation des politiques fiscales gouvernementales. Pour mesurer le niveau et l'évolution des inégalités, les économistes utilisent régulièrement le coefficient de Gini(*) qui est égal à 0 dans une situation d'égalité parfaite et à 1 dans une situation d'inégalité extrême. D'après les données publiées par l'OCDE, le coefficient de Gini est passé de 0,295 à 0,308 entre 2007 et 2012, pour redescendre à 0,294, soit un niveau légèrement plus faible qu'avant crise. Les chiffres évoqués par le locataire de Bercy pour la France sont donc justes. En revanche, son constat sur la place de la France au sein de l'Europe et des pays de l'OCDE doit être nuancé.

La place de la France au sein des pays de l'OCDE

Depuis la publication d'une étude de l'OCDE en novembre 2016, les données concernant cet indicateur ont été légèrement mises à jour au mois de juillet dernier. Mais cela ne change pas fondamentalement le classement. D'après les statistiques de l'organisation internationale, la France se classait en 2014 à la 19e position en matière d'inégalités sur 33 pays développés. Ce qui signifie que la France peut encore faire des progrès, contrairement à ce que peuvent laisser penser les propos de Bruno Le Maire. Ce dernier évoque également le coefficient moyen des pays développés (0,318) mais cette moyenne masque des disparités. Ce n'est pas parce que la France présente un meilleur indice que la moyenne des pays développés, qu'elle se situe dans les pays les plus égalitaires. Sa place en milieu de tableau (voir graphique ci-dessous) tend à relativiser les propos du ministre.

Par ailleurs, si l'exemple de l'Allemagne est parfois utilisé à tort et à travers pour faire des comparaisons avec la France, le gouvernement de Merkel obtient de meilleurs résultats que la France sur le sujet des inégalités si l'on s'appuie sur les données de l'OCDE.

 Les données concernant le Japon et le Chili ne sont pas disponibles.

La place de la France en Europe

Au sein de l'Union européenne, la France est loin de faire mieux que "ses voisins européens" comme l'affirme Bruno Le Maire. D'après les dernières données d'Eurostat, la France se classait en 2015 à la seizième position sur 28 au classement des pays les plus inégalitaires. Et là encore, nombre de ses partenaires européens font mieux à commencer par le Luxembourg, la Hongrie ou le Danemark par exemple. En revanche, l'Allemagne repasse devant la France selon les chiffres de la Commission européenne. En moyenne, l'indice de Gini s'élève à 0,31 dans l'Union européenne et 0,308 dans la zone euro.

Une stabilité des inégalités

Durant ces cinq dernières années, les inégalités de revenus en France ont eu tendance à se stabiliser voire à diminuer après avoir connu un pic en 2012 et en 2010 (où l'indice de Gini était au-dessus de 0,300). Les légères variations à la hausse et la baisse ces deux dernières années n'ont pas forcément de grande signification, d'un point de vue statistique comme le rappelle les économistes de l'Insee.

"La hausse de l'indice de Gini en 2015 n'est du reste pas significative d'un point de vue statistique, c'est-à-dire si l'on prend en compte l'incertitude inhérente à l'utilisation d'une enquête par sondage."

Cette relative stabilité peut s'expliquer en partie par des mesures socio-fiscales intervenues en 2015 comme "des revalorisations exceptionnelles de certaines prestations perçues par les plus modestes, de baisses d'impôt sur le revenu bénéficiant aux ménages au niveau de vie médian et de la modulation des allocations familiales touchant les plus aisés".

S'il est encore trop tôt pour évaluer les conséquences de la future politique fiscale sur l'évolution des inégalités en France, des voix s'élèvent avec prudence pour avertir de possibles risques. D'après une note publiée par l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) le 12 juillet dernier, les mesures engagées par le gouvernement Philippe pour baisser la dépense publique "pourrait accentuer de façon significative la hausse des inégalités."

> Lire aussi le point de vue de Adrien Fabre, École Normale Supérieure & École d'Économie de Paris : Macron : un projet économique au service des plus riches

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 (*) Selon l'Insee, l'indice (ou coefficient) de Gini est un indicateur synthétique d'inégalités de salaires (de revenus, de niveaux de vie...). Il varie entre 0 et 1. Il est égal à 0 dans une situation d'égalité parfaite où tous les salaires, les revenus, les niveaux de vie... seraient égaux. A l'autre extrême, il est égal à 1 dans une situation la plus inégalitaire possible, celle où tous les salaires (les revenus, les niveaux de vie...) sauf un seraient nuls. Entre 0 et 1, l'inégalité est d'autant plus forte que l'indice de Gini est élevé.

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Commentaires
a écrit le 11/10/2017 à 21:31 :
Le terme « inégalité » a bonne presse.
Comment font il ( les gouvernements européens ) pour calculer les inégalités hors terme «  bonne presse « et hors leur coefficient bizarre?
qui ne reflète sûrement pas le réel des populations .
a écrit le 11/10/2017 à 9:24 :
Merci beaucoup, dans un pays dans lequel les banques décident de tout on voit mal comment les inégalités pourraient reculer.

Mais n'oublier pas que ces gens là possédants tous les outils de productions essayent de changer la définition même des mots et l'égalité pour eux c'est quand les riches ont tout et que l'on méprise tous les autres, c'est le fonctionnement normal c'est l'égalité.
a écrit le 11/10/2017 à 5:26 :
Le Maire ne se TROMPE. Pas : il
M
E
N
T. !.... Comme tous les politiques. !!!
a écrit le 10/10/2017 à 22:36 :
Le FMI (Christine Lagarde en tête) prône désormais une position contraire à celle qu'adoptent Macron, Lemaire et ses équipes. Le FMI soutient (enfin) que trop d'inégalités sont néfastes à la croissance et l'économie. Il préconise donc de davantage taxer les plus riches. Et la France est ainsi ciblée comme un pays qui ne taxe pas assez les plus riches en supprimant l'ISF etc. Une position à contrario de ce qui est souhaité par nos désopilants politiques. La suite au prochain numéro...
Réponse de le 11/10/2017 à 5:28 :
...désol......lants. plutôt que deso......pilants !
a écrit le 10/10/2017 à 21:24 :
il pensait peut-être aussi à l'info suivante :
http://www.latribune.fr/economie/international/le-pays-developpe-ou-les-inegalites-de-revenus-ont-le-plus-augmente-est-525655.html
Réponse de le 11/10/2017 à 6:54 :
Très juste : après avoir culminé au milieu des années 80 à 70% du PIB, la dette publique suédoise est revenue à 30%. Le chômage y a considérablement décru et la croissance est à 3,2%. Il est vrai que la Suède a depuis adhéré à l'UE, mais c'est bien la preuve par l'exemple que l'égalitarisme forcené est très néfaste à l'efficacité économique, et que la France serait bien inspirée à s'engager sur une montée raisonnable des inégalités par une libéralisation résolue de son économie et une limitation de la redistribution.
a écrit le 10/10/2017 à 20:23 :
Bruno Lemaire a laissé le souvenir du fossoyeur de l'agriculture lorsqu'il était ministre collaborateur du Sarkozy dans le gouvernement Fillon ;

Bruno Lemaire a laissé le souvenir de sa médiocrité, et dans le gouvernement Philippe_Macron l'on a déjà comprit qu'il n'a pas progressé, son intelligence est au ras du parquet.

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