Législatives : une France immobile face aux urgences à venir

POLITISCOPE. Au-delà de la question du remplaçant de Jean Castex, l'actualité politique est saturée de commentaires sur le futur choc au sommet aux législatives entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Tous les vrais sujets des semaines et mois à venir sont aujourd'hui minorés ou renvoyés à plus tard.

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(Crédits : Reuters)

Étrange ambiance : cela fait bientôt trois semaines qu'Emmanuel Macron a été réélu à l'Elysée, mais le petit Paris attend encore (pour quelques heures...) le nom du prochain(e) qui occupera Matignon. Ironie du sort : ces derniers jours, Matignon devient l'enjeu public numéro 1 du monde politique et médiatique français alors que depuis cinq ans, chacun sait que le pouvoir est bel est bien à l'Elysée, tant il a été concentré dans les mains d'Emmanuel Macron et de son tout-puissant secrétaire général Alexis Kohler.

Au final, cette dramatisation médiatique sur Matignon n'est pas pour déplaire au chef de l'Union populaire, qui se retrouve finalement au centre du jeu. De fait, au-delà de la question du remplaçant de Jean Castex, l'actualité politique française est aujourd'hui saturée de commentaires sur le futur choc au sommet aux législatives entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon (que ce dernier, avec grande habileté, a réussi à instaurer).

L'occasion d'évoquer et de confronter les projets politiques de chacune des forces politiques ? Pas plus qu'à la présidentielle... L'espace médiatique est saturé des pronostics sur le remplaçant de Castex, et on l'on retrouve le même petit jeu concernant les projections, particulièrement hasardeuses, des experts ès sondages de la composition de la future Assemblée. On apprend toutefois que le président Macron souhaite prendre des mesures fortes concernant le « pouvoir d'achat ». Pour mieux amadouer les électeurs ?

C'est comme si la France vivait ces derniers jours dans une réalité parallèle. Tous les vrais sujets des semaines et mois à venir sont aujourd'hui minorés ou renvoyés à plus tard (inflation, prix de l'énergie, indépendance industrielle et énergétique, difficultés de la filière nucléaire, armement, politique internationale, souveraineté numérique...).

Quelle vie voulons-nous ?

Pendant ce temps là pourtant, la terre continue de tourner, et la France apparaît, plus que jamais, comme immobile. Les bruits de bottes montent un peu partout, la Chine réprime dans une folie de contrôle les sursauts de la pandémie de Covid 19, la planète devient de plus en plus agressive envers des humains toujours en retard d'une guerre sur le front climatique... Dans nos pays développés, la jeunesse commence à s'impatienter. Il n'y a qu'à voir ces étudiants d'AgroParis Tech lors de leur remise de diplômes qui tirent à boulets rouges tant contre l'agro industrie que contre le système économique actuel : « Quelle vie voulons-nous ? Un emprunt sur 30 ans pour un pavillon ? Un SUV électrique et une carte de fidélité à la Biocoop ? Et puis un burn-out à 40 ans ? ».

Ce genre de questions, les décideurs du monde entier ont préféré les remettre à plus tard après avoir commencé à évoquer certains sujets en pleine crise de la pandémie en 2020. À l'acmé de cette catastrophe sanitaire, quand deux tiers de l'humanité se retrouvaient simultanément en confinement, certains osaient poser la question d'un changement de cap radical. Depuis, le Titanic a repris sa route vers les Icebergs...

Ce n'est pas la guerre climatique qui préoccupe aujourd'hui les grands de ce monde. C'est la guerre tout court. Une guerre qui fait son grand retour sur le sol européen. Là aussi étrange ironie : personne ne le rappelle, mais l'année 2022 s'est ouverte en France par une polémique concernant le remplacement temporaire du drapeau tricolore par le drapeau européen à l'arc de Triomphe. Immédiatement, les partisans d'Emmanuel Macron entonnaient la défense de l'Union Européenne comme ayant été un rempart magique depuis 1945 au retour à la guerre en Europe... oubliant au passage le conflit meurtrier et sauvage en ex-Yougoslavie.

Hier, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui multiplie les prises de position diplomatiques au nom de l'UE, a déclaré lors de son déplacement à Tokyo (avec le président du conseil européen Charles Michel) que la Russie « est aujourd'hui la menace la plus directe pour l'ordre mondial avec la guerre barbare contre l'Ukraine, et son pacte inquiétant avec la Chine ». Quatre jours plus tôt pourtant, Emmanuel Macron, « président de l'Europe » pour encore deux mois, rappelait pourtant devant les députés du Parlement européen que « la paix ne se construira pas dans l'humiliation de la Russie » alors que l'administration Biden semble désormais décidé à achever Poutine... bien que ce dernier multiplie les menaces quant à l'utilisation du feu nucléaire.

Le retour de l'Europe à la carte

Pour tenter de reprendre la main après des jours et de jours de silence sur le sujet ukrainien, Emmanuel Macron a donc évoqué l'idée d'une Europe à la carte proposant la création d'une « communauté politique européenne » permettant à l'Ukraine de s'y intégrer, une espèce de sas de décompression entre la Russie et l'UE. Cette proposition ne fait que reprendre une bonne vieille idée française d'Europe à la carte depuis que les multiples élargissements européens ont dilué le projet originel de l'Europe des six. Ces paroles cachent mal la cacophonie européenne entre la France et l'Allemagne qui tentent (bien mollement) de limiter les dégâts de la guerre en Ukraine pour leurs économies, et des institutions de Bruxelles totalement alignée sur l'agenda de l'Otan, de la Pologne et des pays baltes, ainsi que des États-Unis.

La situation de l'industrie européenne est pourtant dramatique. Il y a quelques jours, l'Allemagne s'opposait d'ailleurs à un boycott généralisé sur le gaz russe. C'est que le pays dispose d'une rare industrie en leadership mondial, celle de la Chimie, qui nécessite de grands moyens énergétiques. Ce n'est pas la seule inquiétude du patronat allemand : derrière la haute vertigineuse des prix de l'énergie, les difficultés à s'approvisionner sont multiples sur tout un tas de matériaux stratégiques. Dans le plus grand silence, la guerre en Ukraine fait flamber le prix du palladium sur les marchés, ou empêche la fourniture de titane pour notre industrie aéronautique. C'est que l'Ukraine renferme de nombreuses richesses : le pays est le premier producteur d'uranium d'Europe, la deuxième réserve européenne de titane, mais aussi de manganèse, de fer, et de mercure...

Matthieu Gallet règle ses comptes... avec Manuel Valls

À Paris pourtant, on continue de se focaliser sur les investitures pour les prochaines législatives. On apprend qu'en plus de l'Elysée, Richard Ferrand, actuellement patron de l'Assemblée Nationale, fait la pluie et le beau temps au sein de la macronie à ce sujet. On assiste à un éventuel choc des titans sur la neuvième circonscription des Français de l'étranger (celle du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest), entre la candidature officielle d'Elisabeth Moreno, jusqu'alors ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, et Ahmed Eddarraz, bien décidé à maintenir sa candidature. Cet ancien militant du PS de l'Aveyron est en effet un très proche de Brigitte Macron. Ce véritable homme à tout faire s'est occupé de sa logistique lors de la précédente campagne présidentielle. Il est décidément plus difficile de se défaire de certaines attaches...

Et comme si la France était décidément immobile, l'ancien patron de Radio France, Mathieu Gallet, profite de cette après présidentielle pour régler ses comptes. Dans son nouveau livre (Jeux de pouvoir, Éditions Bouquins, 21,50 euros), il flingue ces petits jeux parisiens qui occupent pourtant nombre d'esprit au sein des pouvoirs de la capitale. Dans ce témoignage, il revient sur la fausse rumeur occupant la présidentielle de 2017 faisant de lui l'amant caché d'Emmanuel Macron. Et il en profite pour rappeler un fait : ce sont bien les éléphants du vieux PS qui ont lancé en premier cette histoire censée barrer la route de l'ambitieux monsieur Macron (et elle sera reprise ensuite par la Sarkozie). Ces éléphants, qui aujourd'hui multiplient les leçons à la gauche qui s'est unie autour de Jean Luc Mélenchon, et qui étaient alors incapables de porter un projet pour la France. « L'entourage du Premier ministre Manuel Valls ne s'était d'ailleurs pas privé de relayer la première rumeur concernant l'homosexualité d'Emmanuel Macron », écrit Mathieu Gallet. Valls qui s'est retrouvé pour cette raison exclu de la macronie en 2017 (malgré ses offres de service), et qui est aujourd'hui investi aux Législatives pour la majorité présidentielle... La France, un pays immobile ?

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Commentaires 15
à écrit le 17/05/2022 à 15:26
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Seul le candidat PCF Fabien Roussel a apporté les réponses sérieuses aux problèmes de la France et aux urgences à venir (Réchauffement climatique, Energie, Services publics, égalité, lutte contre tous les intégrismes religieux, etc...)

à écrit le 16/05/2022 à 13:53
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On semble l'avoir oublié mais nous sommes une association, et toute association se doit d'équilibrer ses comptes. Nos prétendants ont basé leurs programmes sur des promesses de générosité dont nous savons tous qu'ils ne les tiendront pas. Quelle est ...

à écrit le 14/05/2022 à 11:25
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Mais que fait notre roi ? Ne macronerait-il pas comme le prétendent les Ukrainiens ? Il a pourtant écrit REVOLUTION avant de devenir président.

le 16/05/2022 à 7:51
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quand les votes ne sont pas pris en consideration voir detourne par les elites ou quand bruxelles a plus d'importance que les citoyens d'un pays la negation des peuples voila bruxelles qui se croit superieur c'est aussi comme cela que louis 16 ...

à écrit le 14/05/2022 à 10:44
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Les problèmes futurs ne seront pas monétaire mais climatique! Mais on ne veut surtout pas qu'une "monnaie locale" apparaisse dans le paysage, ce qui ferait tomber la "monnaie globale" offshore!

à écrit le 14/05/2022 à 8:36
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LOL ! Non tous les médias de masse nous disent que mélenchon c'est staline et que l'extrême droite est mieux que la FI après nous avoir dit entre les deux tours que l'extrême droite c'était ce qu'il y avait de pire.

à écrit le 13/05/2022 à 20:36
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Pour le papier +1... Petit rappel de mémoire, il y a 5 ans c'était déjà ça... macron avait fait de merluche " son " opposant.. jusqu'à organiser une pathétique fausse vraie rencontre " impromptue " à Marseille, en soirée, fin d'été.. un " événement "...

à écrit le 13/05/2022 à 19:12
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Une France immobile face aux urgences à venir qui sont: La sècheresse et la canicule, arrêt des centrale nucléaire faute de refroidissement, du manque de lit et de personnel hospitalier pour nos anciens, coupure gaz, électricité, essence pour le comm...

à écrit le 13/05/2022 à 18:17
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Marrant, le seul "vrai" sujet c'est la transformation de notre société pour l'adapter à l'effondrement en cours et à venir. Vouloir considérer les symptômes de cet effondrement comme des sujets à part entière est ridicule, surtout quand il faudrait s...

à écrit le 13/05/2022 à 17:17
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Pendant ce temps : Des sénateurs ( Marc-Philippe Daubresse, Arnaud de Belenet et Jérôme Durain ), ont remis un rapport sur la reconnaissance faciale. Ils assurent s’opposer à une société de surveillance, en annonçant diverses lignes rouges. Mais i...

le 13/05/2022 à 20:24
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La reconnaissance faciale est déjà en oeuvre et depuis un bout de temps. C'est juste de l'hypocrisie. L'attentat de Strasbourg, la presse avait le nom et pédigrée du mec 30 minutes après son passage à l'acte ( balancer sur bfm ) et la police de le co...

à écrit le 13/05/2022 à 16:09
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depuis la parution du livre de mr Laurent Toubiana (l autre façon de gérer la pandémie. ! ) peut on encore croire nos politiques après cette lecture eh non ? utilisé a fin politique probable.

le 13/05/2022 à 16:58
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Une autre façon de gérer ? Lol depuis quand un pays décide seul ? Ça fait 30 ans qu on fonctionne e. Groupe il est temps de s adapter « lu et relu »…. À moins de s’isloler comme la Corée du Nord du reste du monde il y a belle lurette que les c pays ...

à écrit le 13/05/2022 à 15:44
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Nous avons des politiques qui ne sont pas au niveau, il faudrait chasser cette nomenclature de fonctionnaires n'ayant jamais travaillé dans le monde concurrentiel des entreprises. Rien ne va , hôpital,écoles , universités . Une fiscalité démente et d...

à écrit le 13/05/2022 à 14:50
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On peut le regretter mais les sujets importants necessitent un tour de vis et un serrage de ceinture. ce qui est incompatible avec une campagne electorale ou c est "on rase gratis". Comment macron pourrait gagner en annoncant qu il allait augmenter l...

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