Dans l'attente d'un nouveau Premier ministre, les impasses du parti unique

POLITISCOPE. Emmanuel Macron prend son temps, engagé depuis sa réélection dans une phase de "décantation". Le temps de transformer La République en Marche en Renaissance et de superviser les investitures pour les Législatives. Et de chercher son "Edith Cresson" pour Matignon. Sans grand succès, pour l'heure. A droite, on multiplie les offres de service, tandis que Mélenchon absorbe presque toute la gauche pour viser la cohabitation en juin.

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(Crédits : CHRISTIAN HARTMANN)

Le soir de sa victoire, Emmanuel Macron l'avait promis : vous allez voir ce que vous allez voir, durant mon second quinquennat, ma méthode politique ne sera plus la même. Fini la présidence « verticale », fini l'hyper concentration des pouvoirs à l'Elysée. Le président allait se ressourcer auprès des forces sociales du pays, syndicats compris. Au cours de la bataille du second tour, il avait emprunté certaines expressions à ses adversaires écolos et de la gauche pour convaincre. À droite, Nicolas Sarkozy lui avait soufflé qu'il serait nécessaire de procéder à une grande « coalition » à l'allemande.

Une fois revenu de son escapade à la Lanterne, le président Macron a pourtant retrouvé ses bonnes vieilles habitudes. L'homme déteste plus que tout devoir se presser. Il adore faire attendre ses obligés. C'est le cas pour les investitures de chacun des députés LREM, qu'il vise personnellement une à une. C'est le cas aussi pour la nomination d'un nouveau Premier ministre. Emmanuel Macron et Alexis Kohler prennent un malin plaisir à jouer avec les nerfs de tous leurs supporters et courtisans. « Ce n'est pas un changement de méthode, c'est la première méthode en pire. Ce n'est pas "avec vous", c'est avec moi et pour moi », fulmine notre Jacques Sisteron, cet ancien de l'aventure Macron de 2017 qui a décidé de nous dévoiler anonymement les travers de la macronie.

Résultat, alors que les signaux d'alerte se multiplient pour l'économie mondiale et la situation internationale, la foire au nom occupe les journalistes politiques à Paris. On a vu jour après jour différents patronymes être égrenés dans la presse. Au château, Brigitte Macron pousse pour que le job de Matignon revienne à une femme (on rappelle que la seule femme ayant occupé le poste fut Edith Cresson sous François Mitterrand). Et puis les noms de « gauche » furent évoqués, manière de contrer la poussée Mélenchon aux législatives. L'ancienne directrice de cabinet de Manuel Valls, Valérie Bédague, actuellement directrice générale du groupe Nexity fut ainsi reçue par Alexis Kohler. Pourtant, ce dernier dit auprès de son entourage qu'il ne s'agissait pas d'un démarchage en bonne et due forme.

Macron, un allumeur qui ne conclut jamais

Et voilà le retour de l'ambiguïté dans la gouvernance macronienne : laisser croire à tous, promettre beaucoup, et finalement en laisser un certain nombre sur le bord de la route. Car ils sont nombreux à taper à la porte de l'Elysée depuis quelques jours. « Ils se taisent tous, venant de la droite ou de la gauche, car ils espèrent tous décrocher un poste au gouvernement », estime une figure de LR, qui ajoute : « Mais comme dit la journaliste Catherine Nay, c'est un allumeur, mais il ne conclut jamais ! C'est comme s'il draguait sur Grindr, mais qu'il fermait d'un coup l'application laissant tous ses prétendants en plan ».

À droite, Jean-François Copé essaye par tous les moyens de plaire au chef de l'État. Pas un jour ne passe sans que l'ancien patron de l'UMP ne fasse une « offre de service » auprès de la macronie. Pas un jour non plus sans que le maire de Meaux balance une critique contre son parti. Mais Copé sait qu'il ne peut prétendre à Matignon. Pour le poste tant convoité, une source de droite se risque à sortir le nom de Laurent Wauquiez, le patron de la région Auvergne-Rhône-Alpes, décidément bien silencieux ces derniers jours et qui aurait « dealé » avec le président de la République depuis plusieurs mois déjà...

Mais d'autres noms bénéficient de chances plus sérieuses. C'est le cas de Thierry Breton, l'actuel commissaire européen au marché intérieur, qui connaît Emmanuel Macron depuis son passage chez Rothschild (le jeune banquier avait travaillé pour lui quand il était patron d'Atos). Aujourd'hui, ce dernier « rêve de revenir à Paris », croit savoir un poids lourd de la droite, quand un autre dit au contraire « qu'il n'est pas intéressé par le poste ». En 2020 pourtant, quand l'Elysée avait dû trouver un remplaçant à Edouard Philippe, Breton avait espéré être appelé. Aujourd'hui, c'est son protecteur Bernard Arnault, patron de LVMH et ami du couple présidentiel, qui pousse depuis plusieurs jours sa candidature auprès du château. De son côté, Jean-Pierre Raffarin, qui a connu Breton dans le Poitou et sur le projet du Futuroscope, milite également dans ce sens.

58 circonscription pour Horizons

Voilà pour Matignon. Mais pour pérenniser le poste après juin, il est tout de même nécessaire de gagner les législatives. Sur ce front, la dynamique unitaire de Mélenchon à gauche se fait de plus en plus menaçante. Alors, en apparence, la macronie sert les rangs. Bayrou, Ferrand et Philippe inventent d'un coup une « confédération » entre les marcheurs, le Modem et Horizons. Et les marcheurs changent de nom : fini LREM, place à la « Renaissance ». Pourtant derrière ce marketing politique, les couteaux sont tirés entre les différentes composantes de la majorité. Tous les coups sont permis parmi les différents impétrants au sein du parti unique de « l'extrême centre », expression utilisée par Emmanuel Macron lui-même au micro de France Inter deux jours avant le second tour. Car entre le président et ses troupes, il n'y a en réalité aucune « coalition » à l'Allemande qui tienne. Le chef de l'État souhaite continuer à gouverner sans partage, dans la plus pure tradition bonapartiste. Entre lui et ses soutiens, aucune chapelle ne peut interférer, même pour donner l'image d'un président qui sait écouter et partager son pouvoir dans un « rassemblement ».

À l'Elysée, l'objectif numéro un est d'ailleurs d'affaiblir Édouard Philippe devenu l'une des personnalités préférées des Français. Comme je l'ai expliqué très tôt dans La Tribune, les relations entre les deux hommes sont devenues de plus en plus exécrables depuis 2018. Déjà en 2020, je racontais les tensions grandissantes entre eux durant le conflit des retraites puis au moment du remaniement après covid. À la rentrée 2021, je me demandais si Macron avait encore besoin de Philippe, puis j'expliquais début 2022 les ambitions du maire du Havre pour le prochain quinquennat et la présidentielle de 2027« Quelque part le gagnant politique du précédent quinquennat est Edouard Philippe, et c'est insupportable pour Emmanuel Macron, qui en a fait l'homme à abattre », constate un observateur.

On apprend ainsi grâce à Europe 1 qu'Emmanuel Macron aurait déclaré lors d'une réunion à l'Elysée : « Aucune circonscription pour Horizons, ce sont des cons ! ». Au final, le maire du Havre a tout de même réussi à décrocher 58 circonscriptions. De fait, malgré ses nombreux ennemis dans la majorité (Bruno Le Maire, Christian Estrosi...) Édouard Philippe a réussi son premier round : « Edouard est un boxeur et vu son allonge, si toutefois il te loupe sur un premier crochet, rien que le vent t'enrhume », s'amuse Jacques Sisteron.

Mais ce « sauve qui peut général » de la classe politique la plus institutionnelle, issue de la droite comme de la gauche, pourrait faire oublier à tous de convaincre les électeurs pour les prochaines législatives. Car ce rassemblement d'élus professionnels au sein de « l'extrême centre » pourrait jouer de mauvais tours en pleine tripartition de la vie politique française. L'opération destruction du LR et du PS, poussée par Emmanuel Macron jusqu'au bout de sa logique, pourrait bientôt apporter plus d'inconvénients que d'avantages.

Tout le monde l'a oublié, mais si Jacques Chirac avait refusé nommer un gouvernement d'union nationale en 2002 après sa large victoire contre Jean-Marie Le Pen (car bénéficiant du vote des électeurs de gauche du fait du « front républicain »), c'est qu'il craignait les effets pervers d'un tel rassemblement à l'égard de l'opinion : « Il y a vingt ans, Chirac avait bien compris la logique de la Vème République qui fait qu'une union de ce type ne peut se faire qu'autour d'un homme et pas autour d'un programme comme en Allemagne. Et que dans ce contexte, l'idée d'une union de la gauche et de la droite institutionnelle était en fait la porte ouverte à laisser le champ libre aux extrêmes, ce qui se passe exactement avec l'extrême centre de Macron en affaiblissant tous les contre-pouvoirs habituels », me confie un ancien chiraquien de coeur. En cas de victoire en juin, assisterait on au retour massif des Gilets jaunes et autres jacqueries visant la figure du Roi, cet « absent » de la démocratie française selon Emmanuel Macron ?

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Commentaires 5
à écrit le 06/05/2022 à 19:24
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comme déjà vue par le passé la France n'est pas un Pays de Cohabitation , sous pratiquement tout les gouvernements passer tel ( Mitterrant , Chirac , et Même Sarkozy ) avec tous il y eut a un moment ou un autre des dissentions , et voilà qu'aujourd'h...

à écrit le 06/05/2022 à 15:27
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déjà le rebadgage du parti présidentiel, ça sent le sapin. A comparer avec les relookings successifs du RPR en UMP et finalement en LR, pour tenter de faire oublier la faillie morale, politique, financière et judiciaire du sarko -- chiraquisme. On p...

à écrit le 06/05/2022 à 12:46
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Après les législatives notre groupe FI devrait reconnaître la valeur des laerders des gilets jaunes des choix seront fait pour leurs présence au sein du gouvernement de notre chef de file

à écrit le 06/05/2022 à 11:35
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un nouveau parti renaissance depuis l horizon ! hélas seul un olivier renaît de ses cendres

le 06/05/2022 à 13:22
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il faut dire que en marche ne marche pas vraiment c'est plutôt du sur place et que dire de renaissance au vu du 1er mandat pas grand chose le nouveau non aurais du s'appeler illusioniste plus correct au vu des changement journalier de la macronie

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