Présidentielle : une victoire déjà éclipsée par les législatives

POLITISCOPE. Que de symboles pour cette première réélection d'un président sortant sans passer par la case cohabitation : ode à l'Europe, ode à la jeunesse, images du second quinquennat mise en scène au Champ de Mars dimanche soir. Avec 38,52% des inscrits, la bataille des Législatives s'annonce pleine de surprises. Le Pen veut s'imposer comme la principale opposante à Emmanuel Macron et Mélenchon rêve de faire un Congrès d'Epinay de rassemblement de la gauche et des écolos sous sa bannière. En attendant les 12 et 19 juin, l'étape du 1er mai sera scrutée de près.
(Crédits : BENOIT TESSIER)

Quand Emmanuel Macron arrive sur le champ de Mars, ses équipes enclenchent la musique de la 9e symphonie de Beethoven, hymne européen par excellence. Le président réélu veut envoyer un signal clair aux partenaires de la France à l'international. Cette musique, il l'avait déjà utilisée lorsqu'il était arrivé dans la cour du Louvre lors de sa victoire d'il y a cinq ans. Cette fois-ci, il n'était pas seul, mais accompagné de sa femme Brigitte, et de plusieurs enfants figurants. Un autre signal donc : mon prochain quinquennat sera placé sous le signe de la jeunesse.

Il y a urgence. Emmanuel Macron en est bien conscient. Dans son discours, il essaye ainsi de faire profil bas : « Ce vote m'oblige pour les années à venir », lance-t-il presque timidement en évoquant les électeurs (de gauche) qui ont voté pour lui d'abord pour faire barrage à l'extrême droite. Ajoutant : « Je sais ce que je vous dois ». Autour de lui, malgré quelques sourires de satisfaction, on aperçoit aucune liesse, la fête est d'ailleurs vite terminée. Surtout, ne pas montrer aux Français une trop grande satisfaction.

Car si Emmanuel Macron a réussi à se faire réélire après avoir gouverné la France durant cinq ans, le pays est divisé plus que jamais.  S'il devance lors de ce second tour plus largement Marine Le Pen que ce qu'annonçaient les sondages ces derniers jours, l'abstention, les votes blancs et nuls représentent près de 17 millions de Français. De fait, avec 37,9 % des inscrits, Emmanuel Macron est le président le plus mal élu de la Vème République juste après Georges Pompidou un an après le mouvement de mai 1968. Comme le rappelle le commentateur Luc Ferry sur TF1, « moins de dix millions de Français ont voté pour lui lors du premier tour ». Deux Français sur trois n'ont pas voté pour lui.

Résultat, chose étonnante pour un soir d'élection présidentielle, il n'aura fallu que quelques minutes après 20 heures pour que les responsables d'opposition et les commentateurs politiques évoquent avec force la perspective des législatives. Pas de répit pour Emmanuel Macron : sitôt élu, sitôt contesté. Dès 20h15, Marine Le Pen salue « une victoire éclatante » pour ses idées, et d'expliquer : « Je mènerai cette bataille » des législatives avec « tous ceux qui ont la nation chevillée au corps ». Comme lors du premier tour, la candidate d'extrême droite évoque en priorité les sujets sociaux : pouvoir d'achat, service public, retraites... Marine Le Pen sait que les Français attendent des réponses urgentes sur tous ces dossiers.

"Les années à venir ne vont pas être tranquilles"

L'autre surprise de la soirée, c'est que juste après Marine Le Pen, c'est Jean-Luc Mélenchon qui prend la parole. À 20h25, le troisième homme de la présidentielle assure que « Monsieur Macron est le plus mal élu des présidents de la Vème République », et en profite pour parler des législatives, lui aussi : « Le troisième tour commence ce soir », annonce-t-il. Et d'ajouter : « Vous pouvez battre Monsieur Macron et choisir un autre chemin », à travers « l'Union populaire qui doit s'élargir ». Pour cet admirateur de Mitterrand, les prochains jours seront cruciaux : arrivera-t-il à unir la gauche dans toutes ses composantes ? Réussira-t-il son congrès d'Epinay autour de l'Union populaire ? Cette démarche de rassemblement a reçu le soir même le soutien de Ségolène Royal, l'ancienne candidate à la présidentielle de 2007 pour le parti socialiste qui en a appelé à une « union des gauches et des humanistes ». De leur côté, les écologistes Julien Bayou et Sandrine Rousseau ont acquiescé en appelant de leurs voeux à la constitution d'une « coalition ».

De l'autre côté de l'arc politique, à droite et à l'extrême droite, l'ambiance était plus fraiche et laissait transparaître une plus grande division. Chez LR, Rachida Dati s'est ainsi adressée sur TF1 à Gabriel Attal, le représentant d'Emmanuel Macron, en souhaitant une forme de rapprochement avec la macronie : « Nous sommes un parti de gouvernement. La droite est un parti de gouvernement, ce n'est pas un parti d'opposition ou d'affrontement (...) J'en appelle à la responsabilité des Français. Aujourd'hui, il y a une possibilité d'avoir un vote enfin d'adhésion, pas par défaut. Ce qu'il s'annonce aujourd'hui, c'est de lancer ces législatives ». Autre son de cloche pour Éric Zemmour qui a appelé à l'union du « bloc national » après avoir tenu des propos très dur à l'encontre de la candidate du RN, en soulignant notamment que cela fait la huitième fois que la famille Le Pen échoue à une présidentielle...

Au fond, pour beaucoup d'opposants à Emmanuel Macron, les législatives, comme un « troisième tour », sont déjà dans le viseur. C'est d'ailleurs la principale leçon de cette soirée électorale : si le président a été élu, l'orientation politique du prochain quinquennat ne semble pas avoir encore été tranchée par les Français. Ces derniers souhaitent d'ailleurs la mise en place d'une cohabitation en juin prochain. C'est en tout cas ce que laisse entendre un récent sondage Ipsos : ils seraient ainsi 56 % à attendre qu'un opposant à Emmanuel Macron atterrisse à Matignon.

En attendant, le troisième tour social a déjà commencé dans les rues de la capitale ou de plusieurs grandes villes : place de la République, comme à Nantes, Strasbourg, Lyon, Toulouse, les manifestations sauvages se sont multipliées dès l'annonce des résultats. Dans une semaine, tous les regards seront rivés sur les mobilisations sociales du 1er mai. Les syndicats, chauffés à blanc, prévoient déjà une forte affluence. C'est Emmanuel Macron qui l'affirmait lui-même dans son discours d'hier soir : « Les années à venir ne vont pas être tranquilles ».

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Commentaires 20
à écrit le 27/04/2022 à 9:56
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En réalité, il s'interroge! Affronter un 1er ministre ou affronter "la rue"? That is the question,sir!

à écrit le 25/04/2022 à 18:58
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Soit les gauches et le RN vont finalement se retrouvent car en fait ils ne sont pas si éloignés dans leur revendications, n'en déplaise aux puristes de la politique, soient ils se combattent pas et seulement en façade, et dans ce cas il faudra cherch...

le 26/04/2022 à 12:54
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"et cela ne semble pas insurmontable.." L’Allemagne est aussi un pays où près de 20% des retraités sont menacés par la pauvreté, le double du chiffre en France. Même ceux qui ont pu investir dans des fonds privés se plaignent de leurs piètres perf...

à écrit le 25/04/2022 à 17:44
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Ce n'est pas compliqué, pourtant : il y a plus de gens contents que de gens mécontents. Ce qui ne veut pas dire que les gens mécontents n'ont pas de bonnes raisons de l'être ou que les gens contents sont des nantis qui sucent le sang du peuple. Mai...

le 25/04/2022 à 18:21
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Ils veulent changer un pays gouverné par Mac Kinsey qui leur a collé 650 milliards de dettes et 85 de déficit européen, voilà le paradigme du vrai changement et pas l' inverse !

à écrit le 25/04/2022 à 16:35
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F Asselineau, " LA PRESSE ARGENTINE SOULIGNE LE RÔLE DÉTERMINANT DE MÉLENCHON DANS LA RÉÉLECTION DE MACRON Ce n'est qu'un exemple de la presse mondiale, souvent sidérée du rôle de la gauche française dans cette réélection de l'éborgneur. Cela res...

le 26/04/2022 à 12:25
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Mon cher Gédéon La pérennité du système s'appuie sur une pseudo opposition comme celle décrite dans 1984. Ces pseudos oppositions sont autorisées à prospérer et surtout sont autorisées aux médias pour donner une illusion de pluralité mais tous parta...

à écrit le 25/04/2022 à 15:51
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Il faut voter pour les candidats qui s’engagent sur la baisse de la dépense publique et des déficits, sur la réorganisation de la sphère publique, mais sur ce sujet capital personne

à écrit le 25/04/2022 à 15:23
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Je voterai pour Macron si il nous débarrasse dès maintenant de Marlène Schiappa et de l'autre à la culture...

le 26/04/2022 à 11:36
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S'il se débarrasse de beaucoup de ses clowns, s'il se débarrasse lui même en fait.

à écrit le 25/04/2022 à 15:09
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Une grande partie des électeurs ont voté Lepen en rejet de Macron. Une grande partie des électeurs de Macron ont voté pour lui en rejet de Lepen... Ils se retrouveront à gauche quand celle-ci sera capable de présenter un candidat honnête, compétent i...

le 25/04/2022 à 16:49
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Où voyez-vous un projet de la vraie gauche ? La gauche est néolibérale, mondialiste et se goinfre au râtelier du "schwabisme davosien". Où sont passées les valeurs de partage et de redistribution de la gauche? Dans la mess...

à écrit le 25/04/2022 à 15:00
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Sans la proportionnelle , la moitié des français , comme en 2017 , ne sera pas représenté.

à écrit le 25/04/2022 à 14:14
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La fameuse ode à la jeunesse alors que les actifs 20-40 ans sont perpétuellement sacrifiés par l'ensemble des partis français, qui ne cherchent qu'à plaire aux rentiers et retraités pour sécuriser une réserve de voix pléthorique. On ne viendra pas vo...

le 25/04/2022 à 14:43
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Pensez vous que les retraités ont été privilégiés sous ce quinquennat ? Soyons objectifs car on ne change pas les règles pendant la partie.....

le 25/04/2022 à 17:11
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C'est factuellement faux. Les jeunes méritants n'ont besoin que de moins d'impôts et d'une ecole de meilleur niveau

le 25/04/2022 à 18:10
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@Missendco "Pensez vous que les retraités ont été privilégiés sous ce quinquennat ?" Apparemment oui ,du moins une grosse partie : Le candidat La République en Marche a largement été plébiscité par les personnes 70 ans et plus (+ de 70% de c...

à écrit le 25/04/2022 à 11:21
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En fait dans le monde judéo-chrétien: c'est dix plaies.

à écrit le 25/04/2022 à 11:17
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ça y est ! c'est déjà reparti. Maintenant c'est les législatives, avec toujours l'injonction de voter pour le "bien" sinon vous aurez les 7 plaies d'Egypte !

à écrit le 25/04/2022 à 9:37
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Législatives sabotées par le principe de la majorité présidentielle parfaitement adapté aux présidents dont l'élection est peu légitime, impliquant peu de votants. Alors on comprend qu'ensuite la cohabitation ça gène nos politiciens obligés d'exposer...

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