Les Napoleons lancent à Arles une "Villa Médicis" de l'innovation sociale

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Olivier Moulierac et Mondher Abdennadher, créateurs des Napoleons.
Olivier Moulierac et Mondher Abdennadher, créateurs des Napoleons. (Crédits : Cyril Bailleul)
Mondher Abdennadher et Olivier Moulierac ont créé les Napoleons en 2014, un réseau social et une communauté pour accompagner les transformations du monde. Cinq ans plus tard, ils organisent leur dixième événement du 17 au 20 juillet à Arles sur le thème de la transmission. Portrait d'une success story.

Le 2 décembre 2017, Barack Obama est interviewé par Stéphane Richard, Pdg d'Orange, devant 800 personnes réunies dans le grand amphithéâtre de la Maison de la radio. Cette première visite en France depuis la fin de son second mandat est organisée par les Napoleons, une communauté réunissant des personnalités de la communication et de l'innovation. Un coup de maître pour Mondher Abdennadher et Olivier Moulierac, les fondateurs de ce réseau social à la fois numérique et physique qui organise deux événements annuels, l'un en janvier à Val-d'Isère et l'autre en juillet à Arles. « Nous avions une liste de personnalités que nous rêvions d'inviter dont Obama. Nous l'avons contacté plusieurs fois alors qu'il était encore en poste. À force de persévérance, il a accepté notre invitation. Le fait que nous défendions les mêmes combats que ceux de sa fondation a certainement influé sur son choix, alors qu'il était sollicité par des gens bien plus connus ou plus puissants que nous » raconte Mondher Abdennadher en évoquant avec émotion cette rencontre exceptionnelle.

Une opération coûteuse mais une formidable reconnaissance pour la start-up de dix personnes : « aujourd'hui, quand on invite des personnalités à nos événements, plus personne ne se demande s'il faut venir ou pas. Il y a eu pour nous un avant et un après Obama » explique le cofondateur des Napoleons. Les deux compères se rencontrent à l'agence de publicité Euro RSCG (devenue Havas Worldwide) au milieu des années 90. Jacques Séguéla, le S de RSCG, a d'ailleurs participé à leur levée de fonds. Olivier Moulierac est resté plus de 20 ans dans cette agence comme vice-président chargé de la création d'Euro RSCG C&O, filiale de communication corporate et d'influence. Il participe durant cette période à la seconde campagne présidentielle de François Mitterrand puis à celle de Lionel Jospin.

Le créatif et l'entrepreneur

Mondher Abdennadher lui ne reste que quatre ans dans l'agence comme spécialiste de l'international avant de fonder Prestige, une entreprise de cosmétiques. Puis le serial entrepreneur crée la Web agency Voove qu'il revend en 2000 avant de rejoindre Aegis Media. Parallèlement à ses activités professionnelles, il s'implique dans le monde associatif en créant en 2002 le fonds de dotation Tolède (Tolérance et Éducation) en référence à la cité d'Al-Andalus, royaume musulman en Europe composé de diverses populations aux origines et croyances multiples. Il accompagne en ce moment la naissance de la Fondation Méditerranée, qui a vocation à remettre le citoyen au cœur des enjeux environnementaux et qui va ouvrir à Marseille un lieu dédié au développement durable du bassin méditerranéen.

En 2013, Olivier Moulierac ne supporte plus un monde de la publicité trop cloisonné : « j'ai passé des années enthousiasmantes chez Euro RSCG mais j'avais fait le tour de la question. Et l'envie d'entreprendre me titillait depuis un moment. » De son côté, Mondher Abdennadher, qui enseigne l'intégration marketing à Sciences Po, veut se consacrer aux sujets de diversité, d'ouverture au monde et de dialogue interculturel. « Nous avions cette volonté de faire bouger les lignes. En France, quand on se mobilise, c'est pour critiquer, dénoncer, revendiquer. Nous voulons au contraire parler des belles initiatives car ce sont elles qui peuvent donner envie de faire, d'entreprendre et d'innover » analyse le cofondateur des Napoleons. L'idée d'une « innovation des Lumières » à la saveur très française reposant sur un réseau social d'innovateurs engagés naît fin 2013 : « nous avons été surpris par la rapidité de la cristallisation autour de ce concept ».

Une innovation des usages

C'est Olivier Moulierac qui trouve le nom inspiré de l'Empereur corse, à la fois admiré et détesté. Le débat et la controverse étant des éléments constitutifs du projet, le nom est adopté par les deux associés. C'est aussi l'ancien publicitaire qui se charge de l'esthétique du site Web et des publications papier.  « Ça ne coûte pas plus cher de faire du beau », estime le créatif. Le réseau social réunit une Académie de 3200 faiseurs : chefs d'entreprises, communicants, personnalités engagées. « Nous voulons passer d'une innovation principalement technologique à une innovation des usages qui concerne notre quotidien dans une approche d'ouverture, de générosité, de partage et aussi de culture. C'est notre singularité française par rapport à d'autres écosystèmes étrangers », estime Mondher Abdennadher, qui veut prouver qu'on peut « créer de la valeur en étant fidèles à nos valeurs ».

Le business model de Momentum, la société derrière les Napoleons, c'est la monétisation des contenus auprès des entreprises (de 1500 à 6000 € annuels) et les accréditations pour les événements (2650 € pour Arles 2019). Activistes, artistes et militants associatifs sont invités. Profitable, Momentum va ouvrir son capital pour se développer. Dans les tuyaux, une internationalisation des Napoleons en Afrique et en Asie et l'ouverture en 2021 d'un premier tiers-lieu avec la Caisse des Dépôts, une ancienne école communale située près des arènes d'Arles qui va devenir la "Villa Napoleon", ouverte aux associations et aux citoyens pour créer du lien avec les entreprises et les institutions.

Accompagner la transformation, former, éduquer, accueillir des initiatives en résidence, c'est le programme de cette sorte de Villa Médicis de l'innovation sociale. Pour ce dixième « moment » des Napoleons à Arles, la rabbin Delphine Horvilleur, Ludovic-Mohamed Zahed, premier imam français homosexuel, l'ancienne Garde des Sceaux Christine Taubira ou encore le gourou du logiciel libre Richard Stallman viendront, parmi d'autres intervenants, transmettre leur vision du monde aux 500 académiciens présents dans la cité antique.

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