Macron aurait choisi Eric Lombard pour diriger la CDC

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(Crédits : DR)
Selon nos informations, et sous réserve de derniers réglages sur sa feuille de route, le financier Eric Lombard, ancien patron de l'assureur italien Generali France, serait le choix final d'Emmanuel Macron pour prendre la direction générale de la Caisse des dépôts et consignations et remplacer Pierre-René Lemas. Sa feuille de route est de transformer la « vieille dame » de la rue de Lille, qu'il s'agisse de son rôle pour le logement social, de la gestion d'actifs et... du périmètre de ses activités « concurrentielles ».

C'était autrefois l'un des postes les plus prestigieux de la République, celui qui non seulement ne se refuse pas mais aussi pour qui les « longs couteaux » de la haute administration sortent pour l'obtenir. Et pourtant, la liste de celles et ceux qui ont décliné la proposition qui leur a été faite de devenir le prochain directeur général de la Caisse des dépôts et consignations est presque aussi longue que celle de ceux qui ont soumis leur candidature.

Pour succéder à Pierre-René Lemas, l'actuel « DG en intérim » de la CDC (ancien secrétaire général de l'Elysée de François Hollande), dont les relations avec l'ex-secrétaire général adjoint Emmanuel Macron n'ont jamais été marquées du sceau de la plus grande amitié, plusieurs noms ont circulé : Odile Renaud-Basso, ancienne numéro 2 de la CDC et actuelle directrice du Trésor, Ramon Fernandez (directeur général délégué d'Orange et ancien directeur du Trésor), Véronique Bédague-Hamilius (secrétaire générale de Nexity) et tous ont dit « non merci ».

Dans la short-list des derniers jours étaient encore cités Nicolas Dufourcq, le patron de Bpifrance (mais il vise plutôt une grande entreprise privée, par exemple dans les télécoms...), Frédéric Lavenir, le président d'une des filiales, CNP Assurances, Jean-Pierre Ménanteau, ancien directeur général du groupe d'assurance paritaire Humanis (et ancien candidat malheureux à la tête de CNP), et deux femmes, Agnès Pannier, numéro deux de la Compagnie des Alpes et ex-membre de la commission d'investiture d'En Marche!, ainsi que Marguerite Bérard-Andrieu, directrice des finances et de la stratégie du groupe BPCE, major de la promotion Léopold Sédar Senghor de l'ENA dont est issue Emmanuel Macron...

Un financier membre des Gracques

Selon nos informations, le poste devrait finalement échoir à un autre candidat cité ces derniers temps, Éric Lombard, qui a quitté la présidence de la filiale de l'assureur italien Generali France avant l'été. C'est lui à 99% nous confirme une très bonne source. Eric Lombard a deux particularités : premièrement, ce financier, âgé de 60 ans, n'est pas inspecteur des finances ; il n'a pas fait l'Ena, mais HEC, ce qui serait, s'il est nommé, une sacrée transgression à la tête du bras armé et financier de l'Etat longtemps chasse gardée des pur-sangs de Bercy. Deuxième caractérique, c'est un assureur, un profil particulier qui peut donner quelques indications sur ce qu'Emmanuel Macron veut faire de la Caisse des dépôts et consignation. Ce qui est sûr, c'est qu'Eric Lombard est politiquement Macron-compatible : ancien conseiller au cabinet de Michel Sapin sous la période Rocard-Bérégovoy, il est membre du groupe des Gracques, le think-tank de gauche réformiste présidé par Bernard Spitz, le patron de la fédération des assureurs, auquel a participé Jean-Pierre Jouyet, ancien patron de la CDC devenu ambassadeur au Royaume-Uni.

Connu pour son franc-parler, ce patron « moderne » et « énergique », tel que le décrivent ses proches, devait, d'après une source interne à la CDC, être reçu à l'Elysée pour un dernier « entretien d'embauche » afin de finaliser son arrivée qui serait annoncée officiellement la semaine prochaine si un accord est trouvé sur les conditions de son arrivée.

En jeu, non pas son salaire, car il est fixé à 450.000 euros par an (37.500 euros par mois) comme celui de tout mandataire social d'une entreprise publique ; mais plutôt l'acceptation d'un numéro 2 nommé par Emmanuel Macron qui veut avoir un « homme à lui dans la place » pour surveiller la mise en œuvre de la feuille de route ambitieuse voulue par le chef de l'Etat. Emmanuel Macron veut placer comme directeur général adjoint de la Caisse un de ses fidèles, Thomas Cazenave, l'ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée de François Hollande en charge des dossiers économiques et donc des relations avec Bercy et... la CDC.

Une feuille de route ambitieuse

La feuille de route d'Eric Lombard à la direction générale de la CDC est en effet le cœur du sujet, dans la dernière ligne droite avant la nomination. Que faire de la Caisse des dépôts et consignations, une institution bicentenaire, née en 1816 pour protéger l'épargne et financer l'Etat, au siècle du numérique et de la transition écologique ? Un rapport de la Cour des comptes, dont l'un des auteurs, Marc Schwartz est devenu directeur du cabinet de Françoise Nyssen à la Culture, a vivement critiqué le manque de clarté dans la stratégie de l'institution publique dont les missions originelles se sont, dixit le rapport, un peu perdues dans les méandres d'une multiplication des activités concurrentielles, avec des filiales dont la dimension publique n'apparaît pas évidente.

Pierre-René Lemas, ancien Préfet, avait bien tenté de trouver un fil rouge, en faisant de la Caisse la « banque des territoires », ayant vocation à intervenir dans le financement du développement économique des villes et des villages, des régions, avec des fonctions transverses : logement, infrastructures, transports, réseaux comme le haut débit, etc... Mais sans convaincre et surtout, malgré les bons résultats financiers affichés pour le premier semestre 2017 (essentiellement liés à la bonne santé des filiales), sans parvenir à réformer en profondeur une « vieille dame » qui, selon l'Elysée, a besoin d'être « bousculée » et de retrouver ses fondamentaux.

Le paradis des banquiers d'affaires

Ainsi, les idées pour transformer la CDC ont fleuri ces derniers mois, chacune des parties prenantes y allant de ses propositions. Une question centrale se dégage : faut-il que la Caisse des dépôts conserve ou vende ses filiales concurrentielles qui souvent pâtissent d'une taille trop petite, ne pouvant grandir dans le giron de la Caisse publique ? Dans le logement, Icade, déjà cotée en bourse, est la participation la plus facile à vendre : elle pourrait ainsi fusionner avec une autre foncière. Pourquoi pas aussi céder la SNI, à condition de sanctuariser le logement social, mais aussi la Compagnie des Alpes, gestionnaire de nombreuses stations de sport d'hiver, activité locale certes, et liée au tourisme, mais qui se développerait mieux dans le privé. Le cas le plus complexe est celui de CNP Assurances, qui est un assureur-vie comme les autres, quoi que très gros, mais n'a pas de réseau de distribution, d'où l'idée de l'adosser à la Banque Postale dans une très grande banque publique. Problème pour la CDC, elle se trouverait privée de l'une de ses filiales les plus juteuses et se retrouverait cantonnée à ses activités les moins rentables. C'est pour cela que Pierre-René Lemas s'y est jusqu'ici, tout comme Frédéric Lavenir, fermement opposé. Mais les temps changent.

Se pose aussi, dans le transport et les mobilités, la question de l'avenir de Transdev, dans laquelle la CDC est entrée contre son gré, alors que Veolia veut céder sa participation rapidement, et celle de Egis que beaucoup verraient bien fusionner avec Systra pour en faire un grand groupe d'ingénierie. Bref, la nouvelle CDC recentrée version Macron pourrait bien enrichir les spécialistes des fusions&acquisitions et autres banquiers et avocats d'affaires en 2018 !

Un plan secret qui inquiète les syndicats

Encore peu transparents, les projets du président de la République ont fait l'objet d'un branle-bas de combat à l'état-major de la CDC qui a multiplié les réunions ces dernières semaines pour rédiger un nouveau plan stratégique, sous l'égide des conseillers de Bercy, de Matignon et de l'Elysée. Ce "plan secret" inquiète les salariés de la rue de Lille qui commencent déjà à parler de « démantèlement » dans les tracts syndicaux. Il faut dire que la CDC est en théorie indépendante et placée sous la haute protection du parlement : « on peut bousculer la « vieille dame », mais il faut lui parler poliment », raconte un ancien cadre... La commission de surveillance de la Caisse des dépôts, présidée par le député En Marche ! et ancien journaliste Gilles le Gendre devra donc valider le choix du nouveau DG qui sera auditionné sur sa feuille de route. Une formalité, tant c'est à l'Elysée que les décisions sont prises, mais c'est une étape importante et nul doute que les projets d'Emmanuel Macron seront examinés à la loupe. Dans une lettre ouverte au Parlement, la CGT de l'institution publique a interpelé les membres de la commission de surveillance sur l'avenir de la Caisse des Dépôts : « il revient au législateur dans le cadre de sa mission de garantie et de protection, et non au pouvoir exécutif, de se saisir de ces différentes questions touchant à l'avenir de notre institution républicaine, qu'il s'agisse de sa gouvernance, de sa direction, de ses missions et de son organisation sociale ». Les projets de réforme risquent de susciter des tensions sociales dans une institution publique peu habituée, dans ses organes centraux, aux exigences de productivité auxquels ont dû s'adapter les salariés des filiales.

L'épine du logement social et du Livret A

La question de l'avenir de la CDC ne peut pas non plus être dissociée de la question, particulièrement actuelle, du financement du logement social, alors que le gouvernement et le monde HLM sont en conflit depuis la décision d'Emmanuel Macron de financer la baisse de 5 euros de l'APL par une baisse des loyers. Or, avec la baisse des taux d'intérêt, le secteur du logement social est en crise, la CDC ne parvenant plus à transformer les fonds du livret A, qu'elle centralise, en prêts à des conditions attractives pour les organismes HLM. Une solution serait de réformer le livret A, dont le taux a déjà été gelé à 0,75% pour deux ans, en-deçà de l'inflation, et de rogner la marge d'intermédiation des réseaux distributeurs, dont les banques. Au risque de tuer le livret d'épargne le plus populaire auprès des Français. La section des fonds d'épargne pourrait donc être réformée et confiée directement à la direction du Trésor, plaident certains.

Autre piste à l'étude : refaire de la CDC un « zinzin », un grand investisseur institutionnel sur le modèle des fonds souverains, en lui confiant la gestion des fonds de réserve des retraites. D'autres verraient bien au contraire l'activité retraites de la CDC être transféré à la CNAV, la caisse nationale d'assurance-vieillesse, ce qui serait logique dans le contexte de la mise en place sur dix ans d'un nouveau régime par points. Là aussi, des choix stratégiques sont à faire.

La question de la relation entretenue par la CDC avec sa filiale Bpifrance est aussi sur la table. En jeu, le portefeuille d'actifs détenus par la banque publique d'investissement, sur lequel lorgne le Trésor, pour nourrir son futur fonds de financement de l'innovation de 10 milliards, par la cession de titres ou l'apport de certains de ces actifs. Problème, Bpifrance a besoin de beaucoup de fonds propres pour prêter, étant soumise aux ratios réglementaires internationaux.

Bref, à regarder tous les projets de réforme de la Caisse des dépôts et consignations, on comprend mieux pourquoi tant de refus ont été enregistrés. Même sous la protection de Jupiter, il n'y a que des coups à prendre : à gauche et à droite, chez les élus locaux attachés à une Caisse aux poches profondes et généreuses, chez les acteurs du logement social, et au sein même de l'Etat, entre Bercy, le Logement, Matignon, l'Elysée, Eric Lombard, s'il se confirme que c'est bien lui qui prend les rênes, ne va pas se faire que des amis... Mais c'est une bien belle mission que de redonner un avenir à une bicentenaire !



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Commentaires
a écrit le 23/10/2017 à 12:07 :
"il est membre du groupe des Gracques, le think-tank de gauche réformiste"

Oui un mouvement de droite en sommes, c'est qu'ils nous a fallu du temps pour comprendre la novlangue néolibérale mais ça y est on commence à bien comprendre comment cela fonctionne.
a écrit le 23/10/2017 à 6:37 :
Membte des gracques: Tout est dit.
Pauvres francais vous etes dedans et profond.
a écrit le 22/10/2017 à 11:08 :
Un copain....😂😂la République bananière En Marche😂😂
a écrit le 22/10/2017 à 8:41 :
Peut-être qu'avec ce nouveau DG, l'incompétence et la responsabilité de la CDC dans l'affaire des quotas à la taxe carbone sont enfin expliqués ? La Cour des Comptes avait bien fait des allusions à l'époque, mais ce rapport avait été traité avec le plus grand mépris par la CDC. Et Blue Next ?
a écrit le 22/10/2017 à 8:01 :
L'agence al plus pourrie de notre apys dans laquelle les énarques font pluie et beau temps la caisse des scandales comme Dexia la caisse des copains parfois coquins , l'agence dans laquelle on vient se servir pour monter son "truc" voir le donneur de leçons M. Attali. L'agence un bras de l'état qui 'utiles pour ses dérives. L'agence qui était indépendante est sous tutelle de l'Elysée depuis le triste M. Balladur et M. Macron ne revient pas aux sources de cette agence non car il est un monarque mettant tout sous as tutelle y compris la plus indépendante la commune. Parions que comme pour tous les autres Présidents la CDC va connaître de nouveaux scandales avec l'argent des citoyens dont "la cagnotte" politique du livret A.

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