Macron prépare SON Salon de l'agriculture

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Emmanuel Macron, lors du dernier Salon de l'Agriculture en 2017.
Emmanuel Macron, lors du dernier Salon de l'Agriculture en 2017. (Crédits : Reuters)
Emmanuel Macron a livré jeudi un discours offensif devant la nouvelle génération d'exploitants agricoles, prônant la fin de décennies de "promesses non tenues" et en se posant en garant des intérêts français sur le marché mondial.

Reproduisant la méthode utilisée en novembre avec des maires échaudés par les décisions budgétaires du gouvernement, le chef de l'État a convié à l'Élysée près d'un millier de jeunes agriculteurs âgés de moins de 35 ans, récemment installés et représentatifs de l'ensemble des filières.

L'objectif de cette rencontre de quelques heures : déminer le terrain, rassurer la "génération Y de l'agriculture" sur l'avenir de ce secteur et attirer de "nouveaux talents" à l'heure où 40% des agriculteurs actuellement en activité vont partir à la retraite d'ici 2020.

"Cet avenir ne se construira (...) ni dans les fausses promesses ou les faux engagements et je ne vous en tiendrai pas parce qu'on vous a trop promis que les choses étaient possibles pour après se faire condamner par Bruxelles", a dit Emmanuel Macron.

"Les urgences qui frappent aujourd'hui le monde agricole rendent insupportables les postures historiques et nous ne pouvons plus accepter que certains se posent en grands défenseurs de l'agriculture en paroles et travaillent en actes à maintenir le statut quo et le statu quo tue" l'agriculture, a-t-il ajouté, précisant ne pas "être là pour plaire" mais "pour faire".

"Contre-vérité" et "lignes rouges"

En dépit des assurances données depuis le début du quinquennat, la promesse d'un "printemps" de l'agriculture française formulée par le chef de l'État fin janvier peine toujours à convaincre des éleveurs qui restent confrontés à des situations financières tendues.

Cette "réception", perçue comme "un coup de com'" par certains agriculteurs, s'est tenue au lendemain d'une journée de mobilisation nationale organisée à l'appel de la FNSEA, premier syndicat agricole, et des Jeunes Agriculteurs (JA) qui s'inquiètent du traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur, actuellement en négociation.

Les éleveurs redoutent l'arrivée massive de produits sud-américains sur le marché européen qui constituerait selon eux une concurrence déloyale.

"Il y a beaucoup de contre-vérités sur ce sujet", a estimé Emmanuel Macron. "Il n'y aura aucune réduction de nos standards de qualité, sociaux, environnementaux, sanitaires à travers cette négociation. Il n'y aura jamais de boeuf aux hormones en France, il ne faut pas commencer à jouer avec les peurs des gens."

De la même manière, le chef de l'État a assuré que la "clause de sauvegarde", qui permet de suspendre l'application de l'accord si un "marché est déstabilisé" et si "des prix sont bousculés", restait une ligne rouge.

La France doit de son côté, a-t-il poursuivi, entamer la réorganisation de sa filière boeuf à l'heure où 70% de la viande bovine en restauration est importée faute de remise en question ces dernières années de certains maillons, dont la transformation et la découpe.

Quelques mois après l'acquisition par un investisseur chinois de terres à blé dans l'Indre et dans l'Allier - une annonce qui avait suscité l'ire des agriculteurs-, le chef de l'État a également annoncé l'instauration de "verrous réglementaires".

"Les terres agricoles en France, c'est un investissement stratégique dont dépend notre souveraineté, donc on ne peut pas laisser des centaines d'hectares rachetés par des puissances étrangères sans qu'on sache la finalité de ces rachats", a-t-il souligné.

Plan d'investissement à l'automne...

Autre point de crispation entre l'Etat et les agriculteurs, la modification de la carte des "zones défavorisées", qui détermine le versement de l'indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) hors montagne. L'aide varie de 6.000 à 10.000 euros par an pour un agriculteur selon les territoires.

Selon la dernière version de la carte - qui a fait l'objet de 115 versions -, 14.000 communes y sont désormais classées contre 1.349 communes sortantes. Prenant acte de l'"angoisse" que cela pouvait engendrer chez certains éleveurs, le chef de l'État a une nouvelle fois assuré qu'ils seraient accompagnés financièrement le temps de la transition, fixée à deux ans, et exclut toute "fin brutale" des indemnités.

Emmanuel Macron a également précisé le plan de cinq milliards d'euros sur cinq ans, promis pendant la campagne présidentielle, indiquant qu'il entrerait en vigueur à l'automne.

(avec Reuters)

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Commentaires
a écrit le 23/02/2018 à 14:07 :
j'espère q<ue ces agriculteurs ne vont pas tomber dans le panneau, avec Macron les effets sont contraires à ses paroles: il dit blanc et bien le noir l'emportera
a écrit le 23/02/2018 à 11:06 :
taxons les produits agricole d importation !! (C.T.A) a ton besoin de ministre de l agriculture .!
a écrit le 23/02/2018 à 10:40 :
J'imagine que la plupart des exposants au salon sont heureux de voir un président visiter leur stand, même s'ils ne sont pas dupes.

Mais franchement, devoir le supporter toute la journée, sans compter qu'il a l'intention d'y faire passer tout le gouvernement, sachant le b....l que ça met avec la sécurité, les journalistes qui crient, les mécontents qui sifflent, les visiteurs qui sont refoulés...

C'est un coup à se faire haîr.
Il y a comme un problème de dosage dans la com présidentielle.
a écrit le 23/02/2018 à 10:35 :
quelle gaillardise ! véritable mise en scène mais personne n est dupe !! les paysans ne sont pas des illètrés après le CETA.. la malbouffe !!
a écrit le 23/02/2018 à 10:29 :
Sacrifier l'agriculture raisonnée pour pousser une agriculture bio de petites exploitations dont on sait qu'elles ne seront jamais rentables, ne peut être une politique durable, surtout dans le contexte de financements exsangues. Les politiques ont oublié les notions d'indépendance alimentaire (se rappeler de l'"Arme du blé").. La faillite est proche pour beaucoup.
Réponse de le 23/02/2018 à 15:34 :
Quand une profession finit par tirer l’essentiel de sa rémunération de subventions, cela est le révélateur d’un phénomène profond d’insuffisance de la taille des exploitations en générale dans notre Pays. Cela peut aussi être le révélateur d’une surcharge de taxes dans les coûts de production. Il serait vraiment intéressant d’avoir par région et par type d’activité le seuil de rentabilité d’une entreprise agricole !!!
Réponse de le 23/02/2018 à 17:57 :
C'est surtout le signe que le marché est faussé et captif.

Il y a en France 5 centrales qui contrôlent 90% du marché et font les prix de la viande et des légumes etc. Même si les paysans pouvaient vendre leurs produits 20% moins chers, ils seraient quand même étranglés par les Leclerc & Co qui sont en concurrence entre eux.

La seule exception connue est récente, quand les producteurs de lait et de beurre ont refusé de vendre leur produit à perte et que les supermarchés se sont retrouvés avec des rayons vides et des clients qui leurs posaient des questions génantes sur les marges.
Par ailleurs la plupart de ceux qui ont quitté les centrales s'en tirent beaucoup mieux.

Le second problème c'est celui de la qualité des produits français qui est globalement supérieure à celle produite ailleurs. Celà a un surcoût que les consommateurs doivent apprendre à reconnaître et payer et franchement, c'est pas énorme. La différence de coût de produits entre un repas de cantine bas de gamme et un repas bio de bonne qualité est d'une trentaine de centime.

Faire le la m....e pour l'exportation ça ne marche pas. Les usines qui ont fermé en Bretagne traitaient des poulets tellement mauvais qu'ils étaient invendables en Europe.

Il faut reréguler les marchés afin qu'ils ne soient plus faussés.
a écrit le 23/02/2018 à 8:53 :
Le président Macron ment.

Aucun agriculteur n'a intérêt à agité des peurs sur le sujet de l'alimentation, car déjà par le passé des scandales ont altéré la confiance du consommateur.
Le boeuf aux hormones sera bel et bien dans les rayons si l'accord et ratifié en l'état. Malheureusement le mandat de négociation avec le mercosur se fait sur la base des standards de production des pays d'origine et non selon ceux des pays destinataires. C'est le principe même des négociations bilatérales.
a écrit le 23/02/2018 à 8:49 :
Les jeunes agriculteurs se sont fait rouler dans la farine : D'abord, il envoie sa femme, qui n'est rien dans le Gouvernement, pour faire un peu de charme et tâter le terrain, puis il invite un millier de jeunes agriculteurs juste avant le Salon de l'Agriculture pour désamorcer les tensions. Quelques poignées de mains et quelques claques dans le dos puis des selfies avec lui et ils sont contents les petits. Il va pouvoir faire sa visite au Salon sans trop de problèmes, mais sous bonne escorte tout de même, on ne sait jamais ce qui pourrait se passer !! Il est trop fort ce mec et les jeunes agriculteurs ne font pas le poids devant lui et toutes ses promesses. Si ce qu'il a promis n'arrivera pas, ce ne sera pas de sa faute, car il doit obéïr à Bruxelles .....
Réponse de le 24/02/2018 à 17:29 :
Je crois que les jeunes agriculteurs ne sont pas aussi malléables que vous le supposez et qu'ils font le poids face à ce"mec", comme vous l'appelez. D'ailleurs, sa visite au salon n'a pas été aussi consensuelle qu'il pouvait le prétendre ou l'espérer.
a écrit le 23/02/2018 à 7:55 :
Le roi Macron invite les grands patrons (la nouvelle noblesse) en son château à Versailles pour leur montrer qu'ils appartiennent à la même caste....la piétaille fermière à l'Elysée pour impressionner le peuple des laborieux, il se rend même en leur salon tel le seigneur parcourant ses terres pour rappeler aux gueux qui est le maître😎 Macron va devoir jouer la carte de la proximité alors qu'en même temps il va les flinguer avec le Mercosur entre autre...mais l'important est d'occuper le terrain n'est-il pas? Il faut dire aussi que ses opposants sont bien minables....😁
Réponse de le 23/02/2018 à 8:55 :
Bon commentaire, mais malheureusement il ne servira pas à grand-chose (idem pour le mien) vu que les jeunes agriculteurs seront plus attentionnés à regarder leur selfies avec leur Président et à les montrer à leurs amis au Salon, plutôt que de discuter de ce qu'il va leur arriver d'ici peu !
Réponse de le 23/02/2018 à 10:44 :
pas sûr. Interrogés à la sortie de l'Elysée nos jeunes agriculteurs ne se sont pas montrés trop enthousiastes, ils sont au contraire très réalistes sur le coté com de l'évènement et attendent de voir avant de juger.

Pour ce qui est de leurs attentes, les syndicats les ont relayées, mais manifestement s'ils sont écoutés, ils n'ont pas été entendus.

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