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Macron, l'agriculture et la science

Photo de Les correspondants de La Tribune

Gérard Kafadaroff

Publié le 27 juin 2017 à 14:34 - Mis à jour le 27 juin 2017 à 17:30

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L'élection d'Emmanuel Macron à la présidence a bouleversé le paysage politique en France. Mais sa politique en matière d'agriculture et de science soulève de nombreuses questions. Par Gérard Kafadaroff, Ingénieur agronome (*).

L'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République et la majorité absolue qu'il détient à l'Assemblée nationale constituent un grand changement de la vie politique. Que peuvent attendre l'agriculture et la science françaises de ce chamboulement politique ?

Une agriculture nostalgique ou conquérante ?

Les engagements du candidat Macron répondent à certaines des attentes de la profession agricole, de l'allègement des charges et des contraintes règlementaires à la régulation des prix dans le cadre d'une PAC rénovée.
Deux mesures phares marquent ce programme :
- un plan de 5 milliards d'euros sur 5 ans pour « des projets de modernisation des exploitations ayant un impact positif sur l'environnement et le bien-être animal » et de « transformation privilégiant les circuits courts », plan peu significatif par manque de précisions et paraissant être dans la continuité du gouvernement précédent,
- un « Grenelle de l'alimentation et de l'agriculture » destiné à « définir un partage équilibré de la valeur » mais qui, à l'instar du Grenelle de l'Environnement, fait craindre une dérive verte sous la pression prévisible des ONG écologistes.
Ce programme ne traduit pas une politique agricole ambitieuse à la hauteur du potentiel de l'agriculture française.
C'est, dans le cas de l'innovation technologique, ce qui ressort des propos du candidat Macron interrogé sur l'amélioration génétique des plantes :
« Nous souhaitons explorer le potentiel de développement des New Breeding Technologies en laboratoire et en confinement, à des fins agronomiques comme thérapeutiques ». Les agriculteurs ? Ils attendront.
L'agriculture française sera-t-elle encore privée de l'innovation technologique ?

La nomination de Nicolas Hulot, ministre d'Etat, numéro 3 du gouvernement en charge d'un super ministère de la « transition écologique et solidaire » est un choix politiquement habile mais qui porte en germe de futurs conflits politiques.
Déjà un premier couac sur les insecticides néonicotinoïdes tranché en faveur de Nicolas Hulot au détriment du ministre de l'agriculture Stéphane Travers ! Celui-ci ne souhaitait-il pas aligner la règlementation française sur celle de l'Union européenne, promesse du candidat Macron ?
Le 28 mai, Nicolas Hulot déclarait  avec des accents altermondialistes vouloir être «un garde-fou intraitable » contre les pratiques  «de grands semenciers » ... Quelles pratiques ?
Son alignement sur les positions des écologistes les plus virulents, son opposition systématique aux pesticides et aux OGM, sa dévotion au principe de précaution, sa ferveur pour le bio ne traduisent pas une ouverture aux nouvelles technologies.
Il s'est déjà illustré par une comparaison incongrue entre OGM et le scandale de l'amiante ou a montré son ignorance des techniques agricoles en déclarant : « Là où je suis farouchement opposé aux OGM, c'est quand on va rendre les paysans dépendants des semenciers, c'est-à-dire quand on va obliger les paysans à acheter leurs semences chaque année ».
Militant hier, éminent responsable  du gouvernement aujourd'hui, Nicolas Hulot devra vite se confronter à la réalité.
Le 23 juin 2017, à propos de la pollution, il déclarait  que « seule la parole de la science et nos agences comptera dans la rationalité de nos décisions ».
Puisse cette louable intention se concrétiser dans tous les choix du gouvernement !
Les responsables politiques comprendront alors que les OGM contribuent au développement d'une agriculture durable et que ces plantes faisant appel à la transgénèse sont les plus étudiées et les plus sûres ?
Ils découvriront qu'un produit chimique de synthèse, fut-il un « pesticide » peut être totalement inoffensif et moins dangereux qu'un composé chimique naturel ou que la détection de résidu chimique dans l'eau ou l'alimentation n'est pas une preuve de dangerosité ?

Priorité ou peur de la science ?

Nous vivons une époque marquée par une vague de technologies puissantes  impactant déjà nos modes de vie et qui entraîneront de profonds changements dans la société. Elle se résume dans l'acronyme NBIC : nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives (ou intelligence artificielle). De la numérisation des contenus à celle de l'accès aux services (ubérisation), de l'Internet des objets connectés aux cellules souches modifiées, de l'ordinateur quantique au transhumanisme visant à l'amélioration de la qualité et la durée de vie, ces technologies constituent une extraordinaire mutation semblant échapper à nos dirigeants politiques et à nos élites majoritairement technophobes.
La recherche et l'innovation sont la clé de la réussite pour l'économie et la société comme le soulignait le rapport Juppé/Rocard en 2009 sur les investissements d'avenir. Ce domaine stratégique est confié à Frédérique Vidal, 15e ministre dans l'ordre protocolaire, également responsable de l'enseignement supérieur.
Le général de Gaulle, sans être un homme de science,  avait mesuré l'importance de la recherche et s'était entouré de scientifiques de renom. Sa politique scientifique et technique concrétisée par la création de la DGRST et du CEA reste encore aujourd'hui la référence.
Un ministre d'Etat avait alors la charge exclusive de la recherche scientifique !
Dès 1959, De Gaulle manifestait son intérêt pour la biologie moléculaire, intérêt bien peu partagé aujourd'hui par la plupart des responsables politiques.
Quand la priorité sera t-elle donnée à la création d'un véritable ministère de la Recherche, doté de moyens humains et financiers accrus, capable de dynamiser la recherche publique et privée, d'anticiper les progrès futurs, d'encourager les chercheurs, de soutenir les experts, de restreindre la portée du paralysant principe de précaution, de favoriser la création et l'inventivité, de redonner le goût de la science dès l'enfance, de lutter contre l'épidémie de post-vérité qui gangrène le débat public ?
Il y a urgence.

Macron « progressiste » ?

Le président Macron, qui se dit « progressiste », a compris ou comprendra vite l'enjeu majeur de la recherche et de l'innovation pour le pays, même si les Français marquent une faible appétence pour les  nouvelles technologies.
Les postures idéologiques et les convictions partisanes devront alors céder le pas au profit de la raison, de l'expérimentation et de la démarche scientifique.
La présidence Macron suscite beaucoup d'espoirs chez les Français. Concernant l'agriculture et la science les promesses électorales sont loin de générer l'enthousiasme.
Souhaitons que le « progressiste » Macron renoue avec l'esprit des Lumières et manifeste le courage nécessaire pour balayer tous les archaïsmes, toutes les peurs, toutes les idéologies mortifères qui paralysent la France et promeuve activement la Science et la technologie.
C'est en s'appuyant sur une recherche scientifique dynamique et en suscitant une adhésion à l'innovation, à la créativité, à la prise de risque, qu'il donnera un nouvel élan à la France... et à son agriculture.

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(*) Ingénieur agronome, ancien cadre de l'agro-industrie, fondateur de l'AFBV (Association française des biotechnologies végétales), auteur de plusieurs livres dont le dernier  « OGM : la peur française de l'innovation », préfacé par le Professeur M.Tubiana, Editions Baudelaire.

Gérard Kafadaroff

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