Micro-entreprise : les difficultés à la création persistent

 |   |  755  mots
(Crédits : Bureauxàpartager.com)
Dix ans après l'entrée en vigueur du régime de l'auto-entrepreneur, 70% des créateurs d'entreprise expriment toujours des difficultés au démarrage de leur activité, selon une enquête du ministère du Travail.

Solitude, fixation des prix, financement, législation... La libéralisation du régime de l'entreprise est loin d'être la recette miracle. Selon la dernière étude du ministère du Travail publiée ce mercredi 19 juin, la proportion des créateurs (tous régimes confondus) ayant connu une difficulté au moment de la création est restée relativement stable autour de 70% entre 2006 et 2014. Le rebond de 2010 (78%) s'explique en grande partie par la crise économique de 2008 qui a pu avoir des répercussions sensibles sur la démographie d'entreprises.

Malgré l'entrée en vigueur du statut d'auto-entrepreneur le 1er janvier 2009 censée faciliter les projets de création, l'enquête menée par les services de statistiques du ministère montre que ce dispositif n'a pas permis de réduire la part des entrepreneurs confrontés à des difficultés. Si le nombre de créations d'entreprises a effectivement bondi durant la dernière décennie, les obstacles sont loin d'avoir disparu 10 ans après la mis en oeuvre de ce régime.

--

--

La méconnaissance du monde de l'entreprise accroît les difficultés

L'examen plus approfondi des résultats de l'étude intitulée "Comment ont évolué les créateurs d'entreprises, leur accompagnement et leurs difficultés à la création ?" , indique que le régime décidé par l'entrepreneur compte relativement peu dans les obstacles rencontrés. En 2014, 72% des créateurs classiques ont signalé au moins une difficulté au moment de la création contre 68% chez les auto-entrepreneurs. En 2010, l'écart est encore plus réduit (78% contre 79%).

En revanche, la nature des problèmes exprimés diverge selon le régime choisi au moment de l'immatriculation. Ainsi, 37% des personnes ayant crée des entreprises classiques ont déclaré des problèmes administratifs au départ de leur activité contre 23% chez les auto-entrepreneurs. Il existe également une forte disparité au niveau des contraintes de financement entre les créateurs classiques (21%) et les auto-entrepreneurs (10%). Le phénomène de solitude est également beaucoup plus visible dans les micro-entreprises que dans les entreprises classiques. Enfin, les difficultés pour obtenir des clients est également plus présente chez les auto-entrepreneurs (22%) que chez les entreprises classiques.

Pour Oriol Boum Galiana, auteur du document :

« Le type de difficulté à la création dépend de quelques caractéristiques des créateurs. Les seniors sont les moins sensibles aux difficultés à la création [...] L'expérience acquise peut permettre de créer dans de meilleures conditions alors qu'ils ont des difficultés à retrouver un emploi. Les bénéficiaires de minima sociaux et les étrangers (hors-UE) ont surtout des problèmes de financement ».

Lire aussi : Retour à l'emploi : les seniors à la peine

Les entrepreneurs sont principalement des hommes

Régulièrement mis en avant, la féminisation de l'entrepreneuriat a encore du progrès à faire. Selon les données de la Dares, les hommes sont particulièrement surreprésentés parmi les créateurs (67%). Ils sont en grande partie âgés entre 25 et 49 ans. 55% ne sont pas diplômés du supérieur et 72% n'ont pas d'autre activité en parallèle.

L'autre enseignement est que 38% percevait des prestations sociales (indemnités chômage ou minima sociaux) juste avant de créer leur activité. Les créations se font principalement dans trois secteurs : le commerce, la construction, et les sciences et techniques (cabinets d'étude et ingénierie).

Un autre enseignement de ce travail est qu'entre 2006 et 2014, la proportion des petits projets inférieurs à 2.000 euros a plus que doublé. Ainsi, en 2014, 51% des entrepreneurs avait mobilisé un capital inférieur à 2.000 euros pour démarrer.

4 entrepreneurs sur 10 bénéficient d'aides publiques

Les politiques publiques en faveur de la création d'entreprises se sont multipliées ces dernières années. Ainsi, 41% des créateurs d'entreprises avaient pu bénéficier d'au moins une aide publique en 2014. Pour ses travaux, la Dares a retenu trois principales aides (les autres ont été exclues du champ de l'étude) :

  • l'Accre (aide aux chômeurs créateurs ou repreneurs d'entreprise) ;
  • l'Arce (aide à la reprise ou la création d'entreprises) ;
  • le dispositif Nacre (nouvel accompagnement à la reprise ou création d'entreprises).

Le nombre de bénéficiaires des dispositifs publics a explosé à partir de 2007 pour passer de 85.000 à 130.000. La suppression de la sélection à l'Accre à partir de 2007 a amplement contribué à ce phénomène. Résultat, le taux d'accès aux aides à la création d'entreprise pour les créateurs en emploi est passé de 11% à 26% en huit ans.

Lire aussi : Régime des auto-entrepreneurs : un bilan mitigé

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 20/06/2019 à 17:42 :
Il s'agit d'un rapport de l'administration , un chef d'entreprise quelque soit son activité prend des risques dont celui d'affronter les difficultés … et de les surmonter .
a écrit le 20/06/2019 à 16:05 :
On parle des créations, mais pas de celles qui n'ont pas réussi. Voila coment çase passe. Une fois inscrit, les auto-entrepreneurs recoivent à payer la SS, les caisses complémentaires etc.... avant d'avoir eu un premier client...... San plus de commentaire.
En Russie, le même entrepreneur qu'il soit, ne reçoit aucune demande d'aucune administration. Il est visité au bout de 3 ans. Voila la grande différence.
Réponse de le 20/06/2019 à 19:50 :
Erreur : pour les auto/micro entreprises 0 client = 0 chiffre d'affaire = 0 cotisation.
La cotisation est un taux fonction de votre type d'activité.
Pour un taux normal de profession libérale: 22%. Si CA = 0, et bien 22% de 0 = 0 cotisation ( la tête à toto ;) )
a écrit le 20/06/2019 à 15:04 :
Arrêtons d'amalgamer les micro entreprises avec les autres entreprises. la logique n'est pas la même. Si peut être 20% des micros deviendront des entreprises à part entière les 80% restant ne sont pas des vraies entreprises si ce n'est d'un point de vue juridique ou statistique. Il s'agit pour certaines de couverture légale pour du black (combien de micro chez les gens du voyage?!) pour d'autres des petits boulots de survie et pour d'autres du salariat déguisé avec souvent un seul client. la micro entreprise s'inscrit malheureusement dans l'air du temps: déstabilisation du modèle social et capitalisme "low cost" c'est la start up du pauvre!
a écrit le 20/06/2019 à 9:26 :
Micro entreprise donc micro finance donc micro investissement donc micro début d'activité.

Les auto-entrepreneurs n'ont pas un rond pour débuter leur activité cela ne peut que lourdement les handicaper.

CQFD.
Réponse de le 20/06/2019 à 16:07 :
Exact, mais des charges à payer alors qu'ils n'ont pas encore un seul client.
Réponse de le 21/06/2019 à 9:25 :
LE mal étant installé bien avant, qui peut entreprendre sans pouvoir investir ? D'énormes sacrifices sont obligés d'être faits, de bien trop gros sacrifices mais obligés au sein d’une économie financiarisée.

SI l’État est défaillant c'est parce que l'oligarchie est dégénérée incapable d'investir dan,s l'économie réelle.
a écrit le 20/06/2019 à 9:25 :
Concernant les difficultés il est bon de savoir que ce qui fait la force et la réussite d'un chef d'entreprise c'est sa capacité à surmonter toutes les difficultés qui se présentent à lui que ce soit au démarrage et tout au long de l'existence de son entreprise , de plus il lui faudra régler dans l'urgence tous les aléas quotidiens faute de quoi la machine se grippera vite .
Maintenant parlons "clients" , il est indispensable de savoir qu'une entreprise ne vit que si elle a des clients en nombre suffisant et qu'il faut les chercher, les trouver , les convaincre ces clients et que cela représente 80% du temps !!!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :