Nouvel ordre ou nouveau désordre mondial : Bernard Cazeneuve face à Jean-Pierre Raffarin
César Armand et Philippe Mabille

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La Grande Tribune de la Présidentielle avec Bernard Cazeneuve et Jean-Pierre Raffarin
Alors que les sommets européens et de l'Otan se tiennent ces 23, 24 et 25 mars à Bruxelles, La Tribune a reçu ce mercredi 23 mars les anciens Premiers ministres Bernard Cazeneuve et Jean-Pierre Raffarin. « Nous découvrons subitement que la Russie n'a rien perdu de ses ambitions de puissance et d'empire », souligne Bernard Cazeneuve, l'ancien locataire de Matignon de François Hollande. Du fait d'une « vision paranoïaque de son voisinage », Vladimir Poutine a déclaré la guerre il y a quatre semaines à l'Ukraine.
« Mais rien ne justifie qu'on remette en cause les principes du droit international », insiste Bernard Cazeneuve. La dureté des sanctions économiques - le gel des avions, l'impossibilité d'accès aux marchés financiers, l'arrêt des importations - va-t-elle calmer les ardeurs du maître du Kremlin ? « Est-ce qu'il s'arrêtera ou tentera-t-il une opération ailleurs ? » s'interroge-t-il.
Son homologue de droite, Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre de Jacques Chirac de 2002 à 2005 et fin connaisseur de la Chine estime, lui, que « cette crise s'inscrit dans une autre diagonale terrible : la guerre froide sino-américaine qui structure les relations internationales ». L'ancien Premier ministre de Jacques Chirac considère que l'UE, déjà menacée de destruction à la suite du Brexit, est « prise en tenaille », et regrette « un multilatéralisme très faible ».
A la différence de ce dernier qui plaide pour mettre le couple franco-allemand au centre, Bernard Cazeneuve juge que la coopération franco-allemande est un échec depuis la sortie unilatérale du nucléaire. « Il n'y a pas de puissance européenne sans politique de défense et l'Allemagne a rechigné à le faire, même si les choses changent », ajoute l'ancien Premier ministre de François Hollande.
Leurs avis divergent également sur l'état des forces armées. Pour Jean-Pierre Raffarin, « nous sommes préparés à un certain type de scénarios », alors que selon Bernard Cazeneuve, « les gouvernements [y compris le sien, avoue-t-il, Ndlr] n'ont pas fait ce qu'il fallait ». Entre la suppression de 54.000 emplois dans l'armée sous Nicolas Sarkozy et le déploiement de 10.000 Sentinelle, « notre pays n'a pas une conscience suffisante de la dangerosité du monde », assène-t-il.na
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D'autant qu'en Afrique, la Chine et la Russie se comportent déjà comme « des prédateurs », dixit ce dernier, entre force Wagner au Mali et ressources minières. « Nous devons clarifier nos relations avec la Chine et les Etats-Unis », répond son contradicteur. D'autant que l'Inde s'intéresse « de plus à plus » à ce continent.
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Sans transition, retour en France. L'un comme l'autre se révèlent pessimistes. L'ancien Premier ministre de Jacques Chirac plaide pour une « Vème République augmentée ». Son voisin de gauche regrette, lui, que « tout soit une mise en scène ». « C'est le contraire de la sobriété qui préside à l'exercice de la responsabilité la plus importante ».
Seule note d'optimisme : « l'harmonisation de la mondialisation, c'est la planétisation ». Autrement dit, la lutte contre le dérèglement climatique. Du pur Raffarin dans le texte.
César Armand et Philippe Mabille