Pourquoi les Français ont-ils si peur de se syndiquer ? L'explication du Défenseur des Droits

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(Crédits : Headway / Unsplash)
Le 12e baromètre sur les discriminations au travail, publié ce jeudi par le Défenseur des droits, s'appuient sur deux études, l'une menée auprès de la population active, l'autre auprès de personnes syndiquées (délégués ou autres mandats, sans mandat).

Près d'une personne sur deux se dit discriminée au cours de sa carrière professionnelle en France en raison de son engagement syndical, montre le 12e baromètre sur les discriminations au travail du Défenseur des droits publié jeudi.

Ces résultats s'appuient sur deux études, l'une menée auprès de la population active, l'autre auprès de personnes syndiquées (délégués ou autres mandats, sans mandat).

Parmi les personnes syndiquées, 46% estiment avoir été discriminées au cours de leur vie professionnelle (54% des hommes, 38% des femmes, 69% des délégués syndicaux).

Frein à l'évolution professionnelle

Pour 51% de personnes exerçant ou ayant exercé une activité syndicale, elle a été un frein pour leur évolution professionnelle.

Le fait d'avoir participé à une grève, distribué des tracts, été inscrit sur une liste aux élections professionnelles, effectué un stage de formation syndicale, participé à une négociation, détenu un mandat, accroît significativement la probabilité de déclarer une discrimination.

Les militants "les plus investis dans une activité syndicale visible ont un risque trois fois plus élevé de rapporter une discrimination", selon le Défenseur des droits.

Pour certains employeurs, syndicalisme rime avec absentéisme

Il pointe un phénomène de cumul: "Le fait d'être en situation de handicap, d'avoir un problème de santé chronique ou la charge d'une personne dépendante augmente le risque de déclarer une discrimination." Une aggravation qui peut s'expliquer par "un risque d'absentéisme accru".

"Or le fait d'exercer une activité syndicale est parfois assimilé par certains employeurs à de l'absentéisme et non à une forme de travail nécessaire au bon fonctionnement de l'organisation, ajoutant à la stigmatisation de l'engagement syndical".

Plus généralement, près d'un actif sur trois (29%) considère que les discriminations en raison de l'activité syndicale se produisent souvent ou très souvent.

La peur des représailles, première crainte des salariés

Pour la population active ou syndiquée, la peur des représailles est la première cause explicative du non-investissement des salariés dans l'activité syndicale.

L'impression de ne pas être entendu par la direction, le manque d'information sur les fonctions et l'utilité des représentants, de même que le désintérêt pour le syndicalisme sont les autres causes avancées par les personnes interrogées pour expliquer un non-investissement syndical.

Dégradation des relations avec la hiérarchie

Les perceptions évoluent selon le mandat syndical: les délégués syndicaux sont 61% à déclarer que leur activité a été un frein dans l'évolution professionnelle, et 53% un frein dans l'évolution de la rémunération. Exercer un autre mandat semble être moins pénalisant.

Pour 25% des adhérents interrogés, leur engagement syndical a été un facteur d'amélioration des relations avec leurs collègues, pour 13% un facteur de dégradation. Pour 43%, il a été un facteur de dégradation des relations avec la hiérarchie, pour 10% un facteur d'amélioration.

Soixante pour cent des personnes interrogées, titulaires d'un ou plusieurs mandats, déclarent que leur charge de travail n'a pas du tout ou plutôt pas été adaptée suite à la prise du dernier mandat (pour 40% plutôt ou tout à fait adaptée).

Accélération des réclamations pour discriminations en 2019

Cette année, le Défenseur des droits a reçu 125 réclamations pour discriminations syndicales dans l'emploi au premier semestre, contre 220 sur toute l'année 2018, portant principalement sur l'avancement des carrières.

Première étude réalisée par téléphone par Ipsos auprès d'un échantillon de 1.000 individus, représentatif de la population active entre le 3 et le 27 avril.

Seconde étude réalisée par le Défenseur des droits auprès d'adhérents des huit organisations: CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires, FSU. Au total 33.483 personnes ont répondu à un questionnaire auto-administré accessible en ligne entre le 1er et le 30 avril.

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Commentaires
a écrit le 20/09/2019 à 7:20 :
Peur des représailles? Courage fuyons! Comme en 40.
Pourquoi se syndiquer puisque toute nouvelle conquête syndicale profite indistinctement aux salariés syndiqués ou pas en faisant l'économie d'une cotisation. Banco!
Réponse de le 20/09/2019 à 7:44 :
La tribune sur ce coup là a totalement raison. Avant même de savoir si une personne correspondera ou non au poste, si il est ou non bosseur, le faites d'âtre au commité d'entreprise ou pire syndiqué les reproches et craintes sont déjà là... Maintenant pourquoi si peu de salariés se syndique? Pour quelle raison accepterais je de me syndiquer,:
- déjà les syndicats devraient défendre les droits des salairés et non ceux des patrons.
- quand ça va pas et qu'on fait grèves, les cotisations devraient aussi servir a compenser le manque sur les salaires des personnes en grève. Et c'est bien sur ce point là qu''ils perdent le plus leur cotisants !!!
a écrit le 19/09/2019 à 23:48 :
Il faut dire les choses, les médias ne donnent pas une bonne image des syndicats, ce sont forcément des types qui préparent des barbecues festifs pour demander des augmentations de salaires alors que leur entreprise est en difficulté et les gentils dirigeants qui gagnent 30 fois leur salaires ont beau leur expliquer les choses, les syndicats ne semblent être guidés que par leur propre intérêt! Quant aux complotistes, les idiots utiles du système, pour eux c'est simple, un syndicat est une organisation, c'est donc forcément suspect, les complotistes vont donc cracher sur les syndicats qui défendent les travailleurs. C'est bien pour ça que le mouvement des gilets jaunes finit par patiner, dés que les gilets jaunes cherchent à s'organiser, ils commencent à ressembler à un syndicat et comme un syndicat est suspect, il y a des forces internes qui cherchent à désorganiser l'ensemble.
a écrit le 19/09/2019 à 20:09 :
Parce qu'en France les syndicats sont politisés, et que c'est très mal vu dans l'entreprise, car nombre d'entre elles ont été coulées par l'action des syndicats dont les prises de position sont davantage politiques que catégorielles. Comme on dit souvent "Tous unis dans la lutte, et tout seul lors du licenciement."
Réponse de le 20/09/2019 à 10:27 :
Bien résumé.
a écrit le 19/09/2019 à 19:29 :
faire la lutte des classes et couler la boite dans laquelle on est avant de se faire recaser par la centrale parisienne, c'est reserve au delegue d'ultragauche
les autres gens ont compris qu'ils allaient etre le dindon de la farce, finir chez Paul (emploi) et sans recasement premiere classe par messieurs les chatelais d'ultragauche......
l'esprit du sacrifisme pour l'ultragauche s'arrete a la limite du portefeuille, sauf chez les rentiers de la republique qui ne sont pas virables
a écrit le 19/09/2019 à 18:14 :
Il y a une différence entre être syndiqué et être manipulé mais là on n'en voit pas! Quand on sait qu'ils sont subventionnés par nos gouvernements et leur confédération par l'UE, on ne peut qu'avoir des doutes! Le "pourquoi" du mouvement Gilets Jaunes vous donne une réponse!
Réponse de le 20/09/2019 à 10:30 :
C'est quoi "le mouvement" gilets jaunes? Pour qu'il y est mouvement il faut un ou des leaders...I dont really see any of that caliber!
a écrit le 19/09/2019 à 13:49 :
Dans certains pays, les avancées obtenues par les syndicats ne profitent en effet qu'à leurs seuls encartés. D'où l'utilité d'être syndiqué. Ce n'est nullement le cas en France où le fruit des négociations (ou des luttes) profite à l'ensemble de la collectivité des salariés. C'est ce qu'on appelle en théorie économique… «la théorie du passager clandestin». Pourquoi en effet se singulariser et se syndiquer quand on profitera des résultats d'une lutte ou d'une négociation sans avoir eu à bouger le petit doigt...
a écrit le 19/09/2019 à 13:42 :
Il ne faut pas oublier qu'en Allemagne, seuls les syndiqués bénéficient des avantages négociés.
Alors qu'en France, tout le monde en bénéficie; alors pourquoi payer une adhésion; pourquoi prendre le risque de se mettre sa boite et ses collègues a dos; pourquoi freiner son évolution professionnelle lorsque l'on peut bénéficiant de tous les avantages sans sortir de son canapé?
C'est un problème de fond ou les nouvelles générations ont tous eu sans se battre, et cela dépasse le syndicalisme, cela est valable pour la démocratie, la lutte contre la corruption et les injustices, pour la capacité à récompenser les gens qui ont lutté pour des améliorations ...
C'est facile de critiquer les syndicats ou la politique ou le gouvernement ou les fonctionnaire... mais au final ce sont des postes accessibles a chacun! Le problème est la notion de citoyenneté, d’intérêts collectifs et d'engagement qui se sont délités.
Comme disait Martin Luther King, c'est lorsque que les gens de bien abandonnent que le mal triomphe.
a écrit le 19/09/2019 à 13:42 :
"montre le 12e baromètre sur les discriminations au travail du Défenseur des droits publié jeudi ".

Et comme cela se dégrade depuis les 11 premiers rapports sans aucune amélioration ,je suppose que le 13eme dénoncera la même chose d'autant que la loi travail aura fait son oeuvre entre temps..
a écrit le 19/09/2019 à 13:03 :
Et la crédibilité de ces syndicats qui ne font que perdre vous ne pensez pas que cela joue fortement aussi ?

Si on savait que l'on intégrait une institution puissante et décidée cela changerait la donne là on ne sait pas grand chose si ce n'est que tout ce qui a été gagné par le CNR, pour compenser la honteuse collaboration de l'oligarchie française avec les nazis soit dit en passant, encore un commentaire qui va se faire censurer, a été démantelé sous les yeux hagards, inefficaces et peu volontaires au final des syndicats.

Les manifestations bastille nation "fête aux villages" ne font plus peur à qui que ce soit !

L'intérêt du patronat a été d’infiltrer ces institutions afin de les rendre inoffensives, on ne peut absolument pas leur reprocher étant donné que c'est leurs intérêts qu'ils défendent, par contre on peut reprocher à ces mêmes institutions d'être devenues de gentils agneaux rigolos alors que la notion même de travail avait besoin de bêtes féroces et surtout indomptables !
a écrit le 19/09/2019 à 12:54 :
Il y a aussi le fait que depuis 10 ans le syndicalisme, négocie a perte les droits des salaries et que donc beaucoup de gens ne voit plus l intérêt d être syndiqué...
Quand une chose fait l inverse de ce pourquoi elle a été crée, elle devient inutile...

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