Prix du carburant : les pêcheurs français boivent la tasse
Nathalie Jourdan
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Le prix du gasoil, qui crève les plafonds, risque de pousser nombre de chalutiers à rester à quai ou à travailler à perte
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Le prix du gasoil, qui crève les plafonds, risque de pousser nombre de chalutiers à rester à quai ou à travailler à perte
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1,30 euro. C'est à ce prix que s'échangeait le litre de gasoil hier matin sur les quais de Port-en-Bessin dans le Calvados. La somme ferait rêver n'importe quel automobiliste européen. Pour les pêcheurs dont les bateaux consomment entre 1.500 et 2.000 litres (!) par jour, elle tient plutôt du cauchemar. Depuis le début de la guerre en Ukraine, la profession a vu littéralement exploser le coût de son carburant détaxé qui n'était encore (que) de 90 centimes quinze jours auparavant. Un montant déjà très élevé. En mars 2021, le prix du litre de « gasoil pêche » était moitié moindre, comme le relève l'Observatoire du carburant.
Cette fois, le choc est d'une ampleur sans précédent, à en croire l'Organisation des producteurs normands (OPN) qui fédère plus de 230 navires dans le Calvados et dans la Manche. « On avait atteint un sommet à 90 centimes en 2008 mais cela n'avait duré que quelques jours », se souvient Manuel Evrard, son directeur. Pour les armements, il sera très compliqué d'encaisser le coup. « Le problème est bien plus impactant que ceux engendrés par le Brexit parce que l'on touche à la rentabilité immédiate de tous les bateaux », s'inquiète Arnaud Manner, patron de Normandie Fraicheur Mer : un groupement qui représente les pêcheurs, les criées et les mareyeurs.
La crise est d'autant plus mal supportée qu'elle tombe au plus mauvais moment dans la saison de pêche, celle pendant laquelle les captures se réduisent en même temps que les chiffres d'affaires des armements. « A partir du printemps et pendant l'été, les chalutiers hauturiers (entre 18 et 24 mètres ndlr) ne peuvent compter que sur un mix d'espèces de moins bonne valeur marchande comme la raie ou la roussette », détaillent nos experts.
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La situation est à peine plus favorable pour les navires de plus petite taille, moins consommateurs de carburant, mais qui voit s'amonceler les nuages. En cause, la fin de la campagne de pêche côtière de la Coquille Saint Jacques qui s'achève le 17 mars dans la baie de Seine, le principal gisement français. « La flotille artisanale, qui se maintenait encore grâce à un produit bien valorisé, va devoir aller plus au large et allonger son temps de travail avec pour conséquence un alourdissement de ses charges », calcule l'interprofession.
Nathalie Jourdan