Reconfinement : un impact économique plus sévère qu'à l'automne

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L'extension des fermetures de commerces à l'ensemble du territoire va faire passer le nombre d'établissements fermés de 90.000 à 150.000, tandis que le coût total des aides et indemnisations aux entreprises passe à 11 milliards d'euros par mois, a indiqué mercredi le ministère de l'Economie
L'extension des fermetures de commerces à l'ensemble du territoire va faire passer le nombre d'établissements fermés de 90.000 à 150.000, tandis que le coût total des aides et indemnisations aux entreprises passe à 11 milliards d'euros par mois, a indiqué mercredi le ministère de l'Economie (Crédits : Reuters)
La fermeture des établissements scolaires et des commerces qui s'applique à partir de ce week-end à toute la France devrait à nouveau faire vaciller l'économie française. Les nouvelles restrictions débutent alors que la croissance est déjà affectée par une année désastreuse. Malgré l'optimisme de Bercy.

"La troisième voie" d'Emmanuel Macron a mené la France dans une impasse. Lors de son allocution mercredi premier avril, le chef de l'Etat a annoncé une extension des mesures d'endiguement à l'échelle de tous les départements et une fermeture des lycées, des écoles et des crèches pour trois semaines au minimum. La montée spectaculaire des variants dans les chaînes de contamination et la saturation des services de réanimation ont obligé l'exécutif à durcir à nouveau les mesures de restriction. Emmanuel Macron qui laissait espérer aux Français "devoir attendre entre 4 et 6 semaines" pour desserrer l'étau au début du mois de mars est à nouveau sur une ligne de crête. Son pari sur la vaccination qui allait permettre de prendre le relais des des mesures prophylactiques n'a pas résisté à l'emballement de l'épidémie. Avec ce nouveau tour de vis, l'économie française se retrouve à nouveau affectée après une année 2020 cataclysmique dans les secteurs fermés. "Ces nouvelles mesures auront inévitablement des conséquences sociales et économiques. Je sais la difficulté dans laquelle sont nos entreprises, fermées ou contraintes de fonctionner au ralenti, et ce depuis de longs mois" a annoncé le Premier ministre Jean Castex lors d'une intervention au Sénat ce jeudi matin.

150.000 commerces fermés sur tout le territoire, 11 milliards d'euros de dépenses supplémentaires

Cette nouvelle chape de plomb au dessus de l'économie risque de paralyser un grand nombre de secteurs. Selon des estimations communiquées par Bercy mercredi soir près de 150.000 commerces au total seraient fermés sur tout le territoire contre 110.000 lors des dernières annonces survenues à la mi-mars. Le ministère de l'Economie a déjà prévu 11 milliards d'euros de dépenses supplémentaires pour amortir le choc de ces décisions. Cette nouvelle enveloppe correspond aux sommes dépensées pour le chômage partiel, le fonds de solidarité et les exonérations de cotisations sociales. La politique du "quoi qu'il en coûte" annoncée par le chef de l'Etat au printemps 2020 risque de se prolonger pour un long moment. En effet, beaucoup d'entreprises et d'économistes redoutent une levée trop rapide des aides au moment du déconfinement.

"Nous maintiendrons tous nos dispositifs en place aussi longtemps que durera la crise. Si nous ne le faisions pas, nous réduirions à néant des mois de soutien massif et efficace. Au-delà, nous complétons ces mesures pour mieux tenir compte de certaines situations. Je pense notamment à celles des commerces, particulièrement ceux fermés depuis février dans les grands centres commerciaux ou ceux qui ont accumulé des stocks importants du fait des périodes de fermeture. Je pense également aux entreprises de plus grande taille affectées par de longs mois de crise. C'est le sens de l'aide exceptionnelle pour la prise en charge des coûts fixes qui a été mise en place depuis hier 31 mars" a complété le chef du gouvernement.

Un impact économique sans doute plus sévère  que le second confinement

Il est encore difficile à à ce stade d'avoir une évaluation précise de l'impact macroéconomique de toutes ces annonces même si les principales modalités ont été annoncées par le président de la République et le premier ministre. "Le durcissement des mesures passe d'abord par leur extension à tout le territoire. A la mi-mars, les départements concernés représentaient 40% du PIB" explique le directeur des études chez COE-Rexecode, Emmanuel Jessua interrogé par La Tribune.

D'après les différents travaux menés par plusieurs centres de recherche et instituts de conjoncture, les conséquences seraient sans doute plus importantes que le second confinement du mois de novembre. A l'époque, le chef de l'Etat avait décidé de maintenir ouverts tous les établissements scolaires de la maternelle, du primaire et du secondaire. La fermeture des écoles et des crèches peut avoir des répercussions majeures sur le fonctionnement de l'économie et l'offre de travail.

En effet, beaucoup de parents vont devoir se mettre au chômage partiel pour assurer la garde de leurs enfants et la main d'oeuvre disponible devrait ainsi fortement se réduire en très peu de temps. "Le durcissement lié à la fermeture des établissements scolaires risque de provoquer des problèmes de garde d'enfant. Pour les personnes en télétravail, il peut y avoir une perte de productivité. Pour ceux dont l'activité ne peut se faire que sur site, les impératifs de garde d'enfants risquent de se traduire par de moindres heures travaillées" ajoute Emmanuel Jessua.

En revanche, les pertes économiques devraient être moins abyssales que lors du premier confinement au printemps 2020. Le chef de l'Etat avait annoncé une mise sous cloche de l'économie encore plus sévère avec des limitations de circulation très strictes limitées à un périmètre d'un kilomètre, la fermeture complète des frontières, et une mise à l'arrêt complète de nombreux secteurs. Beaucoup de chantiers et de sites de production industriels avaient été mis à l'arrêt provoquant de la torpeur du côté du patronat et des syndicats.

Des milliers de travailleurs avaient basculé en télétravail dans des conditions précipitées sans avoir le matériel toujours adapté (connexion, ordinateur). Selon une évaluation de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) menée au printemps, la période de confinement de huit semaines avait entraîné une perte d'activité de 32%, soit environ 5 points de Produit intérieur brut (PIB) pour deux mois et 2,5 points pour un mois.

"L'impact peut être plus fort que le second confinement. En situation de couvre-feu à 18 heures sur tout le territoire, l'économie française était environ à -8% pour le mois de novembre. Il y a plus de commerces non essentiels restés ouverts pour le mois d'avril. En revanche, la fermeture des écoles devrait nous amener à réviser nos chiffres de croissance pour le second trimestre" a expliqué Mathieu Plane, économiste à l'OFCE interrogé par La Tribune. "Pour l'année 2021, le chiffre du gouvernement de 6% de croissance paraît difficilement tenable à ce stade. Il serait sans doute plus proche de 5% ajoute-t-il. Et cette hypothèse repose sur le calendrier d'une réouverture à la fin du mois d'avril. Si la détérioration de la situation sanitaire se prolonge, les chiffres pourraient être encore plus mauvais. Il ne faut pas exclure un prolongement des mesures sanitaires si les variants se multiplient. "

Du côté d'Euler Hermès, l'économiste Selin Ozyurt table sur une "activité économique inférieure de 10% à son niveau de fin 2019." Pour comparaison, elle était inférieure à son niveau de fin 2019 de -5,6% en mars 2021, de -8% en novembre 2020, et de -30% en avril 2020". Enfin, "on peut donc s'attendre à un impact plus fort qu'en novembre avec 0,5 point en moins sur le PIB annuel et 6 points sur le PIB mensuel sous l'hypothèse d'une réouverture à la fin du mois d'avril. La prévision de croissance de 6% pour 2021 du gouvernement est de plus en plus fragile. Notre dernière prévision avant les annonces de mercredi soir était de 5,6% [...] La rapidité de la campagne de vaccination va jouer un rôle clé dans la levée des mesures restrictives" complète Emmanuel Jessua.

L'inexorable montée du chômage

Ces quatre semaines de nouvelles restrictions et la fermeture de dizaines de milliers de commerce alimente les craintes d'une nouvelle flambée du chômage. Si les destructions d'emplois en 2020 ont été relativement limitées au regard de l'ampleur de la récession, beaucoup de secteurs dans le tourisme, la culture, la restauration et l'hôtellerie qui espéraient une réouverture prochaine vont devoir geler ou repousser leurs projets de recrutement. D'autres pourraient tout simplement baisser leur rideau définitivement par désespoir. Beaucoup d'économistes s'attendent à une hausse du chômage cette année autour de 10% de la population active environ. Bien que le taux de chômage est un instrument difficile à appréhender en période de pandémie, d'autres indicateurs tels que l'augmentation du halo autour du chômage ou la baisse vertigineuse du nombre d'heures travaillées traduisent les effets désastreux de cette maladie infectieuse sur un marché du travail meurtri par une année noire. Les inscriptions au chômage partiel devraient grimper en flèche dans les jours à venir. "La fermeture des écoles en termes de travail empêché peut contribuer à une hausse de l'activité partielle. Dans notre approche, cela concernerait 1,5 million de personnes au maximum et seulement celles qui doivent se rendre sur leur lieu de travail" ajoute Mathieu Plane. "Avec les vacances scolaires et l'adaptation des modes de garde, les inscriptions devraient cependant être plus limitées en nombre et dans le temps que lors du premier confinement" ajoute-t-il.

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Commentaires
a écrit le 03/04/2021 à 6:37 :
réponse à Valbel89 : la corruption n'existe pas que dans les pays communistes tu as une vision étroite de la réalité.En Turquie les médias hostiles au président ont été fermés ce pays n'est communiste
a écrit le 02/04/2021 à 12:34 :
C'est la ruine finale, confiner nous et demain la banqueroute sera le genre français.
Vive Macron le poison.
a écrit le 02/04/2021 à 7:44 :
Il est malin ce virus il choisit d'investir les magasins non essentiel comme les chaussures, aussi j'ai décidé de marcher pied nu.
Réponse de le 02/04/2021 à 9:00 :
Ce qui est encore plus malin, c'est que les investisseurs américains vont profiter des subventions françaises de notre plan de relance. Nous sommes donc endettés pour soutenir des fonds de pension américains. Pas étonnant que nous manquons d'investissement productif en France , que nos retraites fondent comme neige au soleil, et que notre modèle social et sanitaire est en faillite.
Réponse de le 02/04/2021 à 10:11 :
Pendant toute cette crise, c'est-à-dire du mois de mars 2020 à janvier 2021, juste avant les vaccinations, Monaco comptabilisait 3 décès sur son territoire. À partir du 29 décembre, c'est-à-dire le début de la vaccination, on peut constater une explosion des décès qui ont été multipliés par 7 ! Comme en Angleterre.. N'importe quel être humain doué de raison doit se poser la question : n'est-ce pas la vaccination qui a causé ces décès ?
a écrit le 02/04/2021 à 4:34 :
La destruction du pays France est desormais actee, micron charge par bruxelles aura bien merite. Les gaulois en ayant elu un schiso vont rendre l'ame. RIP.
a écrit le 02/04/2021 à 2:57 :
Si j'étais africain j'irais en vacance dans mon beau pays pour échapper au confinement
a écrit le 01/04/2021 à 20:33 :
Que penser de l'economètrie kuznetzienne? La croissance baisse et les français s'enrichissent.
a écrit le 01/04/2021 à 20:30 :
Ne comptons plus, c'est pas la peine, la France est trop riche et ne sait plus comment dépenser la richesse de ses enfants
a écrit le 01/04/2021 à 19:29 :
Ce confinement est le confinement du politiquement correct. Il ne sert à rien, mais il permet aux gens bien-pensants de se sentir "responsables" (C'est le mot à la mode). Il nous mène à la catastrophe, mais c'est pas grave, "c'est pour la bonne cause", et puis, c'est pas de notre faute, c'est à cause du COVID-19, n'est-ce-pas ?
a écrit le 01/04/2021 à 17:38 :
Mais cest pas grave, selon Villeroy de Galhau, dans un autre article du jour de la Tribune !! Trop fort !!
a écrit le 01/04/2021 à 16:52 :
Bref! Un "impact" qui n'est pas une surprise... les grande enseignes comme les multi nationales ont l'oreille du décideur!
a écrit le 01/04/2021 à 16:21 :
Il devient urgent de destituer Macron et d'interner ses ministres !
Réponse de le 01/04/2021 à 18:27 :
C'est pour quand je te filerai un coup de main mais sa bouge pas trop
Réponse de le 01/04/2021 à 18:44 :
Lalanne on t'a reconnu !
a écrit le 01/04/2021 à 16:19 :
Macron restera le président de la dette et d'une forme d'incompréhension de la société française. Depuis son arrivée, nous avons eu les gilets jaunes, la réforme des retraites complètement ratée, le Covid , 3 années de pagaille sans que ce gouvernement réforme quoique ce soit. Hôpitaux en ruine, éducation nationale qui n'arrive plus à former les élèves
tant la sociologie du pays a changé. Émeutes quotidienne , administration pléthorique et inefficace, police qui n'arrive plus a faire respecter la loi etc... Quel bilan
Réponse de le 01/04/2021 à 18:47 :
Imaginez si Fillon était à la place dont le programme était de privatiser la sécurité sociale, mettre la retraite à 65 ans et supprimer 600000 fonctionnaires.
a écrit le 01/04/2021 à 15:35 :
Je sais que l'expression n'est plus politiquement correcte depuis 15 ans. Mais, force est de constater que les marcheurs ont fait de ce pays, un pays du tiers monde. Tout y est corruption, dictature, médias aux ordres.
Réponse de le 01/04/2021 à 16:32 :
@ Cheng

??? "Ce pays"??? Tu veux parler de la Chine ? On reconnaît effectivement dans ton commentaire 3 noms qui caractérisent parfaitement ce qu'est une dictature Stalino/Communiste.

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