Soutien aux jeunes : la Bourgogne-Franche-Comté met 4 millions d’euros sur la table

 |  | 2450 mots
Lecture 13 min.
À BSB (Burgundy School of Business) de Dijon, les étudiants aussi ont cours une semaine sur deux en présentiel depuis le mois de février. Tous ne sont pas revenus car ils sont retournés dans leur ville d'origine. Environ 500 étudiants suivent les cours dans les murs de l'École de commerce contre 2.000 en temps normal.
À BSB (Burgundy School of Business) de Dijon, les étudiants aussi ont cours une semaine sur deux en présentiel depuis le mois de février. Tous ne sont pas revenus car ils sont retournés dans leur ville d'origine. Environ 500 étudiants suivent les cours dans les murs de l'École de commerce contre 2.000 en temps normal. (Crédits : CROUS BFC)
Le conseil régional a décidé de sortir de son champ de compétences habituel en validant une enveloppe de 4 millions d’euros destinée aux étudiants les plus en difficulté. Collectivités, associations, organismes d’État, etc. Tous les acteurs se mobilisent.

À l'heure où les étudiants sont invités à participer à leur cours en présentiel une semaine sur deux, plus de la moitié n'y sont pas favorables. Sur les 32.000 étudiants que comptent la Bourgogne-Franche-Comté, à fin janvier, seulement 58% d'entre eux souhaitaient revenir en cours en présentiel. « Ces chiffres montrent que beaucoup d'étudiants ont résilié leur bail par crainte d'un nouveau confinement. Même si pour les logements du Crous, le taux d'occupation a baissé de 10%, il reste encore élevé à 88% pour Dijon et 81,5% pour Besançon », constate Jean-François Chanet, recteur de la région académique de Bourgogne-Franche-Comté.

Cette étude dénonce une situation difficile pour les jeunes qui ne sont pas boursiers, donc plus difficile à identifier. « La précarité ne touche plus seulement les boursiers mais aussi les étudiants qui avaient besoin d'un job pour continuer leurs études et qui se retrouvent démunis », constate Marie-Guite Dufay, présidente de la Bourgogne Franche-Comté. Face à cette situation inédite, la Région a choisi de sortir de son champ de compétences habituel, en octroyant une aide de 4 millions d'euros aux étudiants les plus démunis. Cette subvention prend la forme d'une dotation mensuelle de 200 euros par mois. « Ce dispositif construit avec le Crous nous permettra de soutenir jusqu'à 5.000 étudiants ayant perdus leur emploi jusqu'en juillet », précise Marie-Guite Dufay ». Derrière cette mesure d'urgence, la présidente de Région prône pour un revenu étudiant au niveau national. La crise a renforcé sa conviction car celle-ci n'avait pas attendu le Covid-19 pour soutenir davantage les jeunes en apprentissage. Depuis 2018, les aides à la formation ont triplé. « Ce qui n'est pas négligeable pour un jeune de moins de 18 ans ! Ces aides n'avaient pas augmenté depuis les années 2000 et étaient de l'ordre de 130 euros », note Océane Charret Godard, vice-présidente à la Région en charge de la formation.

Autre aide abondé dans le plan de relance régional : 30 millions d'euros rajoutés aux 250 millions d'euros signés en 2018, dans le cadre du Pacte régional d'investissement dans les compétences (PRIC), pour la formation des jeunes en situation de décrochage et les personnes en recherche d'emplois peu ou pas qualifiées.

La Bourgogne-Franche-Comté a privilégié les aides de soutien au matériel et aux banques alimentaires, via notamment les épiceries solidaires, avec une contribution de 270.000 euros au fonds d'urgence géré par le Crous. Près de 600 aides individuelles ont été attribuées à des étudiants pour financer leur logement, l'aide alimentaire, l'achat d'équipements ou leurs frais d'étude. « Au-delà de ces aides, l'important est de se coordonner avec le Crous et les associations qui connaissent le mieux les étudiants et leurs problématiques », souligne Marie-Guite Dufay. -

Le Crous se mobilise pour proposer des solutions concrètes

Depuis le 25 janvier, le Crous a généralisé le repas à un euro (vente à emporter) déjà proposé aux étudiants boursiers depuis la rentrée. Résultats : 86% d'augmentation sur l'activité. « Ce chiffre montre que notre repas à un euro reste attractif pour se restaurer à un coût modéré », note Christine Le Noan, directrice générale du Crous de Bourgogne Franche-Comté. L'organisme qui œuvre au plus près des étudiants réalise un accompagnement social fort avec des commissions toutes les semaines afin d'aider les étudiants qui en ont le plus besoin. Pour le soutien psychologique, le Crous travaille en partenariat avec des associations d'étudiants pour échanger avec un psychologue. « Des référents étudiants viennent prendre des nouvelles d'autres étudiants - car il est toujours plus facile de parler à un de ses pairs qu'à un professionnel - qui sont restés hébergés et éventuellement les réorienter vers d'autres structures en fonction de leurs difficultés », précise Christine Le Noan.

Autre sujet important : la précarité menstruelle des étudiantes. Pour y remédier, le Crous met en place à partir du 8 mars - journée de la femme - un dispositif pour installer des distributeurs de serviettes hygiéniques et de tampons dans les résidences du Crous mais pas seulement. « Nous allons coordonner ce dispositif à l'échelle de la Région avec Dijon Métropole, les collectivités, et les associations afin que toutes les étudiantes puissent y avoir accès, hébergées ou non au Crous », souligne Christine Le Noan. Grâce à un abondement de la Région fin 2020 du fond d'urgence, à hauteur de 135 000 euros, le Crous finance et aide les épiceries sociales et solidaires afin qu'elles puissent offrir des aliments à prix réduits, sur les campus de Dijon et Besançon. Outre ses aides à la précarité, le Crous développe également des animations pour faire vivre les campus. Par exemple, avec une offre de cours de Zumba, des fanfares qui défilent devant les hébergements, un concours de jeu numérique, etc. « C'est un ensemble d'éléments qui permettent, dans un cadre sanitaire contraint, de garder du lien social et de donner un peu de gaieté dans cette période triste ! C'est de cela dont les étudiants ont besoin en ce moment », ajoute Christine Le Noan.

Un dispositif de médiation par les pairs

Dès le mois de septembre 2020, l'Ireps BFC, en partenariat avec l'Agence Régionale de la Santé (ARS), a mis en place un dispositif de médiation par les pairs. À la rentrée, une trentaine d'étudiants médiateurs ont été formés pour sensibiliser leurs pairs au risque de contamination car les rassemblements et les fêtes organisées au sein des campus devenaient sources d'inquiétudes pour la santé publique. « Nous souhaitions avoir une approche de prévention de la santé en responsabilisant les jeunes. L'idée est de les amener à réfléchir aux situations du quotidien. Comment peuvent-ils se protéger eux-mêmes et de leurs proches ? », explique Élise Guillermet, responsable du projet au sein de l'Ireps BFC. « Ces temps d'échange entre étudiants ont permis de mettre en lumière les problématiques d'isolement, de difficulté à rentrer en relation avec leurs camarades, etc... Tout cela était déjà présents en septembre », poursuit-elle. Cette médiation a permis de garder un peu de lien social mais le deuxième confinement est arrivé et les étudiants se sont retrouver à nouveau en situation d'isolement.

Progressivement, la prise de conscience d'un besoin de soutien psychologique pour les étudiants est montée. Pour les accompagner dans cette phase de mal être, l'Ireps a élaboré un livret psychologique disponible en ligne pour la gestion du stress avec des conseils sur la respiration, les premiers symptômes de détresse à détecter avant de consulter, etc... L'ARS a également financé un programme de santé en ligne. « 150 étudiants le testent en ce moment. Des modules sont mis en ligne progressivement avec des exercices de psychologie positive », explique Élise Guillermet. D'ici fin avril, le programme sera accessible en ligne gratuitement pour tous les étudiants.

Avec le retour des cours en présentiel (une semaine sur deux) depuis le mois de février et cette prise de conscience de lien social, d'autres initiatives voient le jour. « Nous animons un groupe étudiants volontaires pour développer un jeu pédagogique afin de les amener à réfléchir aux situations quotidiennes dans l'optique de réduire les risques de contamination. L'objectif est de vivre avec l'épidémie et non pas de retourner sous cloche ! », souligne Élise Guillermet. L'outil devrait être en place d'ici mars. Une cartographie de l'offre en santé psychologique a également été élaboré par l'ARS. « Cet outil de communication à destination des étudiants, leur permettra de cibler rapidement les professionnels vers lesquels ils peuvent s'orienter dans la Région », complète Élise Guillermet.

« Resserrer les mailles du filet afin que chaque situation puisse trouver réponse »

Au 31 décembre 2020, le conseil départemental de la Côte-d'Or annonçait 32,6 millions d'euros de dépenses supplémentaires engagés sur l'année passée (24,2 millions d'euros inscrits au départ). Concernant la prolongation de ce plan du Département, « la première série de mesures, c'est de prolonger jusqu'au 30 juin tous les dispositifs de soutien que nous avons mis en place en 2020 et qui ont fait preuve de leur efficacité », a annoncé François Sauvadet, président de la Côte-d'Or. Un volet spécifique est destiné aux jeunes. « Nous avons décidé de reconduire les mesures prises en juin dernier car la crise se poursuit. Les étudiants sont particulièrement touchés car certains ont perdu leur job et leurs parents sont moins solvables. Certains se retrouvent en grandes difficultés », constate Emmanuelle Coint, conseillère départementale et présidente de la commission Actions sociales et intergénérationnelles.

Pour rompre l'isolement, le département a mis en place plusieurs mesures, notamment des aides d'urgence et des aides alimentaires spécifiques, la possibilité de cumuler le RSA avec le revenu d'activité, le renforcement du recrutement en service civique, etc... Le partenariat avec le Crous a été renforcé pour faciliter l'accès aux services sociaux des étudiants en difficulté. Pour le soutien psychologique apporté aux 18-25 ans, un poste d'écoutant supplémentaire a été créé à la Maison des adolescents (30 000 euros). Autre problème rencontré par les jeunes : l'accès au stage pour valider leur formation. Pour y remédier, le département a créé une aide au recrutement de jeunes en service civique pour les associations et organismes non lucratifs du champ social et médico-social, les communes et les communautés de communes (pour 30 volontaires à hauteur de 645 euros pour 6 mois). Ou encore, une aide au recrutement d'apprentis par une collectivité locale, en partenariat avec le Centre de gestion de Côte-d'Or, à hauteur de 1.000 euros par contrat pour 20 apprentis. Le département finance également vingt contrats d'insertion en entreprise (près de 60.000 euros) pour faciliter l'accès à l'emploi marchand des jeunes de moins de 25 ans les plus éloignés.

Pour les jeunes entrepreneurs, une adaptation de la période de référence a été mise en place au prorata temporis pour la perte de chiffre d'affaires si l'activité a démarré en 2019. « Nous avons essayé de lever tous les leviers qui relèvent de nos compétences propres et de lisser les effets de seuils dans les aides sociales », confie Emmanuelle Coint. « L'idée est de resserrer les mailles du filet afin que chaque situation puisse trouver réponse », poursuit-elle. Un point d'étape est réalisé tous les mois. « Nous réinterrogeons la façon dont nous avons pensé les dispositifs afin qu'ils soient toujours adaptés », confie Emmanuelle Coint.

BSB : quand l'hybride devient la norme

À BSB (Burgundy School of Business) de Dijon, les étudiants aussi ont cours une semaine sur deux en présentiel depuis le mois de février. Tous ne sont pas revenus car ils sont retournés dans leur ville d'origine. Environ 500 étudiants suivent les cours dans les murs de l'École de commerce contre 2.000 en temps normal. « J'ai réussi à garder un certain rythme avec les cours à distance mais cela fait du bien de revenir en présentiel. D'autant plus qu'avec le couvre-feu, toutes les animations que les associations de l'École organisaient sont tombés à l'eau », témoigne Alain Mambo, étudiant boursier en pré-master à BSB. Ce dernier se sent plutôt chanceux car il est dans une petite promotion d'une trentaine d'élèves qui se connaissent tous.

Pour Stephan Bourcieu, directeur de BSB, le modèle de cours en hybride est plus compliqué à organiser. Cela demande des moyens techniques performants car il faut être capable de retranscrire les cours en direct avec des captations de qualité. BSB a accéléré ses investissements dans la transformation digitale pour répondre à cette situation d'urgence. 500.000 euros sur la table pour partager des cours dans les meilleures conditions. « Nous avons également accéléré la digitalisation de notre learning center pour donner à nos étudiants, l'envie de recréer cet univers en virtuel, avec un portail d'accès ludique et facile, des accès aux espaces détente, culture et des espaces conviviaux d'échange », précise Stephan Bourcieu.

Ce programme de digitalisation était prévu sur deux ans. Il s'est fait en seulement quelques mois pour un montant de 200.000 euros. En 2020, le recrutement des étudiants bachelor a augmenté de 15%. « Du jamais vu depuis la création de l'école ! Les gens se sont repliés sur les formations post-bac proche de chez eux à cause de la peur d'un nouveau confinement », constate Stephan Bourcieu. En revanche, le recrutement des étudiants étrangers, en particulier les asiatiques a fortement chuté. « Ces derniers jugent irresponsable la gestion de l'épidémie par le gouvernement français. Il y a un an, les étudiants asiatiques m'appelaient en me demandant pourquoi nous n'avions pas de masques... », se souvient le directeur de BSB. Depuis, l'école a mis en place plusieurs actions pour soutenir ses étudiants. À partir du mois d'octobre, un groupe d'élève, la « team feel good » était chargé d'animer la vie du campus et de se rapprocher des élèves en difficulté. Une relation d'élèves à élèves qui facilitent l'échange. « Il est toujours plus facile d'aller vers des élèves que vers un psychologue. C'est une démarche intermédiaire très efficace », constate Stephan Bourcieu.

Concernant la recherche de stage, les élèves sont accompagnés comme les autres années. Côté chiffre, le directeur de BSB n'a pas constaté de différence par rapport à l'année dernière. « Ceux qui ne trouvent pas ont tendance à mettre cela sur le dos du Covid-19, mais nous sommes là pour les aider », rassure Stephan Bourcieu. D'autant plus que les aides de l'État pour faciliter le recrutement des apprentis fonctionnent bien. En janvier dernier, 250 étudiants à BSB ont été pris en contrats d'apprentissage contre 110 en janvier 2020. Pour les situations d'urgence, BSB a mobilisé la fondation de l'école pour distribuer des bourses Covid, en sollicitant les anciens diplômés. 200 000 euros ont ainsi été récoltés.

Dernière mesure en date : pour les étudiants ayant des difficultés familiales, BSB a voté un dispositif qui permet à l'École de se prêter garante de ses étudiants afin qu'ils obtiennent un prêt à taux zéro auprès des banques.

L'enjeu de cette fin d'année académique se joue sur l'organisation des process de recrutement. « Nous souhaitons que les concours d'écoles de commerce aient lieu par écrit et par oral. C'est une logistique avec des difficultés supplémentaires mais les oraux sont capitaux pour nos recrutements. Dijon n'est pas une ville qui attire naturellement. Nous gagnons beaucoup d'étudiants grâce aux oraux quand ils découvrent les lieux et l'ambiance par eux-mêmes », explique Stephan Bourcieu.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :