Stephane Bern, le croisé du patrimoine
Anthony Rey

Photo d'illustration
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C'est un authentique coup de foudre. En déambulant dans les rues étroites de Saint-Bertrand-de-Comminges, depuis sa cathédrale aux allures de château fort jusqu'aux recoins les plus pittoresques de sa cité médiévale, Stéphane Bern confesse son admiration pour « le Mont-Saint-Michel des Pyrénées », bâti au Ier siècle av. J.-C. Et le prouve par le geste : l'animateur du Village préféré des Français dégaine son portable, appelle sa société de production et demande que Saint-Bertrand-de-Comminges soit ajouté aux bourgs déjà en lice pour l'édition 2020 de l'émission télé.
La facette médiatique de Stéphane Bern est un aspect de son combat. En huit éditions, Le Village préféré des Français, l'émission de France 3 consacrée à la valorisation des territoires, est devenu un phénomène de société. L'impact dans les villages lauréats du titre, ou simplement sélectionnés, a été mesuré à 20 ou 30 % de hausse de la fréquentation touristique la première année. L'activité des commerces et de l'hôtellerie locale a pu elle aussi bondir de 30 % dans certains cas.
Mais l'engagement de Stéphane Bern pour la préservation du patrimoine a pris aussi un tour institutionnel. Peu de temps après son élection, en 2017, Emmanuel Macron l'a nommé à la tête d'une « Mission patrimoine » visant à identifier les sites locaux en péril, avec le concours de nombreux organismes dont la Fondation du patrimoine. L'état des lieux réalisé révèle une urgence :
la France compte 44000 monuments classés ou inscrits, dont une bonne part dans des communes de moins de 2000 habitants, souvent dépourvues de moyens financiers pour les entretenir.
« La France est un pays de cocagne. Ses villages, ses mers et ses montagnes sont un trésor, et nous le délaissons. Je veux bien croire le discours officiel selon lequel la France serait une grande puissance industrielle, mais elle est surtout le premier pays touristique au monde, avec 90 millions de visiteurs par an. Et ceux-ci ne viennent pas nous voir pour notre sens de l'hospitalité ou notre maîtrise des langues étrangères, mais bien pour nos trésors ! À ceux qui disent que le patrimoine coûte cher, je réponds que c'est d'abord de l'investissement pour notre développement touristique », s'enflamme Stéphane Bern.
La mission Bern a mis en place une plateforme participative où 3500 sites ont été signalés partout en France : 390 projets de rénovation ont été sélectionnés depuis 2018, et 120 chantiers ont déjà démarré. Si le budget alloué à la mission s'élevait à 50 millions d'euros l'an passé, il lui revient aussi de trouver des financements innovants pour soutenir toujours plus de travaux de restauration. C'est un sujet sur lequel Stéphane Bern s'implique à fond, sans ménager les susceptibilités. Dès l'été 2018, il a menacé de quitter la mission faute de budget suffisant.
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Autre coup de gueule contre son mandataire : lors de la discussion sur la loi Elan pour le logement, l'animateur s'en est pris aux élus qu'il soupçonnait de vouloir limiter le rôle des architectes des Bâtiments de France.
Cette puissance de conviction, Stéphane Bern l'a mise au service du Loto du Patrimoine, lancé en 2017, un autre grand succès à l'actif de la mission. Malgré un prix de vente de 15 euros le ticket, l'opération a récolté 20 millions d'euros en deux tirages, soit 30 % de plus qu'un loto ordinaire.
L'animateur est en discussion avec la Banque des Territoires pour un projet de boutiques-hôtels, inspirées des paradores espagnoles et des pousadas portugaises, qu'il s'agirait d'installer à l'intérieur de certains sites en déshérence.
De même, l'animateur s'associe au groupe La Poste pour le lancement, le 13 septembre, d'une opération baptisée « Ensemble, sauvons notre patrimoine », avec l'émission d'un carnet de douze timbres-poste représentant autant de monuments emblématiques du travail effectué par la mission Bern. Le canal du Midi figurera sur l'un d'eux, représentant la région Occitanie, berceau du village pyrénéen désormais si cher au dandy esthète.
Anthony Rey
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