The Village, des réponses « glocales » à la fracture des territoires

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(Crédits : Reuters)
La deuxième édition de The Village à Saint-Bertrand-de-Comminges s’est tenue le week-end dernier pour tenter d’apporter des solutions concrètes à la fracture territoriale, qui, dans un contexte de montée du populisme, menace la cohésion sociale du pays. Cet événement « expérientiel » a permis aux 200 participants de vivre avec les habitants de ce village de Haute-Garonne une immersion dans la réalité du local et de réfléchir à des solutions locales et globales pour résoudre les grands défis du futur : agriculture et alimentation, transition écologique, équilibre entre rural et urbain et accès de tous aux nouvelles technologies.

Signe d'optimisme, le soleil était au rendez-vous de la deuxième édition de The Village, parrainée cette année par le célèbre chef étoilé et entrepreneur engagé Thierry Marx. Cet événement a aussi été médiatisé par la venue du secrétaire d'État à la Transition écologique et solidaire, Sébastien Lecornu, quelques jours après la démission de son ministre de tutelle, Nicolas Hulot. Durant deux jours (les 31 août et 1er septembre) à Saint-Bertrand-de-Comminges (Haute-Garonne), près de 200 participants, dont une vingtaine de « change makers », se sont mêlés aux habitants de ce village niché au pied des Pyrénées, à une centaine de kilomètres de Toulouse, la capitale de la région Occitanie, pour débattre des solutions à apporter à la « fracture territoriale ».

Reçus par la dynamique maire Marie-Claire Uchan sur le parvis de la cathédrale, dont la majesté et la beauté attirent les touristes du monde entier et témoignent de la grandeur d'un passé remontant au XXIe siècle sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, la centaine d'entrepreneurs, de responsables d'associations, de femmes et d'hommes politiques et d'universitaires ont pu largement débattre. Plusieurs plénières et quatre ateliers ont incité les participants à plancher sur les nouvelles formes de collaboration entre territoires, sur la transition écologique globale, sur l'agriculture avec l'enjeu de produire mieux et de se nourrir bien et sur les nouvelles technologies au service de tous. De ce travail sont issues 18 propositions concrètes d'action que nous mettons à disposition des responsables publics.

Doute croissant

Car il y a urgence. La « fracture territoriale » est devenue aujourd'hui un problème politique majeur non seulement en France mais dans l'ensemble de l'Europe, comme l'atteste la montée des « populismes », qui expriment le doute croissant des populations à l'égard de la mondialisation et de l'Union européenne. Dans son essai provocateur sur le Brexit devenu un best-seller international (The Road to Somewhere, non encore traduit en français), l'écrivain et journaliste britannique David Goodhart, fondateur du magazine Prospect, a bien résumé cette fracture opposant « ceux qui se sentent bien partout » à « ceux qui sentent bien quelque part ». Ces différentes visions du monde reflètent davantage la réalité que la division entre gauche et droite ou celle, chère à Emmanuel Macron, entre progressistes et conservateurs.

En effet, « ceux qui se sentent bien partout » profitent à plein de la mondialisation. Diplômés, très mobiles, friands des nouvelles technologies, ils s'adaptent à tous les changements. « Ceux qui se sentent bien quelque part » sont attachés à la nation, aux régions dont ils sont issus et où ils veulent travailler, aux réseaux familiaux et amicaux, ils vivent dans le monde rural, le périurbain ou dans certains quartiers pauvres des métropoles. La compétition entre individus n'a fait que les marginaliser, les fragiliser. Parmi eux, on compte nombre de personnes âgées, de jeunes sans travail, de chômeurs.

« L'idéologie dominante affirme que la concurrence est la solution. C'est un problème », affirme Nicolas Schmit, ministre du Travail du Luxembourg, qui a rappelé qu'en politique, « ce sont les réalisations concrètes qui comptent ».

Les élus sont bien conscients du problème.

« La moitié de notre budget est consacrée aux aides sociales, soit 750 millions d'euros », rappelle Georges Méric, président du conseil départemental de Haute-Garonne, qui insiste sur la nécessité de « renforcer la solidarité territoriale, en développant l'intercommunalité ».

Mais, comme le souligne Carole Delga, présidente de la région Occitanie, « la première déficience n'est pas budgétaire mais le déficit de confiance ». Nombre de personnes fragilisées, notamment dans les territoires ruraux, ne croient plus dans l'action publique et privée.

Comment dès lors retrouver un espoir dans l'avenir.

« Les personnes qui veulent un changement pour un monde durable et apporter des solutions sont aujourd'hui les plus nombreuses », affirme Nicolas Hazard, président d'Inco, cofondateur de The Village. « Des solutions innovantes pour résoudre ce problème de la facture territoriale existent déjà. Ce sont des entreprises qui les portent mais il faut favoriser la fertilisation croisée », assure-t-il.

« D'accord pour collaborer. Encore faut-il identifier les acteurs, et savoir qui fait quoi. Le but étant d'être efficace. Il y a de la place pour tout le monde, mais il faut coopérer. Par exemple, peu de gens savent que ce sont les Régions et non les États qui sont habilitées à demander des fonds structurels européens pour se développer », rappelle Sébastien Lecornu, secrétaire d'État à la Transition écologique et solidaire.

Il n'empêche que cette « fertilisation croisée » ne va pas assez vite. L'articulation du local au global, entre entreprises et pouvoirs publics peine à être à la hauteur des enjeux. « Nous constatons qu'il y a plein d'initiatives locales mais il y a un problème d'échelle », déplore Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France, pour qui, si l'on ne veut pas se résigner, « il faut se prendre en main pour mener des projets, notamment avec l'aide des entreprises ».

« Projet » et « volontarisme » sont des expressions qui sont revenues souvent dans les débats de The Village, qu'ils se situent au niveau de l'individu ou à l'échelle plus globale. Ainsi Carole Delga a fixé pour objectif à l'Occitanie de devenir « la première région d'Europe à énergie positive », de donner les moyens à l'éducation, et de renforcer les liens entre tous les acteurs dans la région, notamment entre départements. Rappelant qu'il n'y a pas d'homme ou de femme providentiel(le), elle insiste sur le fait que seule « l'intelligence collective » - sur laquelle de nombreux de participants ont insisté - peut permettre d'atteindre ces objectifs.

Thierry Marx est catégorique. « Il faut que le citoyen s'engage, il ne risque rien », assure-t-il. Ce manque de confiance ne trahit-il pas une certaine peur ? « Nous avons la société que nous méritons », rappelle ce célèbre chef cuisinier. Infatigable et affable, parrain de l'événement, il se définit lui-même comme un « entrepreneur engagé ». « Il faut travailler les uns avec les autres et non les uns contre les autres », martèle-t-il, fort de son expérience de terrain pour aider de nombreux jeunes en situation d'échec. Sa méthode éprouvée avec succès consiste à définir avec un jeune « son » projet, et de le mener à bien en 12 semaines en passant un contrat dit « RER » : Rigueur, Engagement et Régularité. Le but est de « lâcher » son passé, synonyme d'échec. Et la méthode « marxiste » marche : 90 % des 1 200 jeunes qui ont été formés ont trouvé un emploi. Et le célèbre chef étoilé redouble d'efforts pour ouvrir ces écoles de formation, dont une prochainement à Toulouse.

Education au numérique

Si une forme de volontarisme est localement nécessaire, elle ne peut aboutir dans un cadre minimum plus large. « Je suis favorable à une alliance des territoires, ce qui passe par une alliance entre métropoles et régions dont le rôle de plus en plus affirmé permettra de réduire la fracture territoriale, sinon le phénomène de la métropolisation qui concentre l'économie et les richesses se poursuivra », avertit Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de France Urbaine. 

De ce point de vue, la « fracture numérique », qui dans le monde rural réduit l'accès aux potentialités de l'économie numérique, est emblématique, d'autant que, comme le remarque Marie-Ange Debon, DGA du Groupe Suez, elle est étroitement liée « aux fractures sociale et territoriale », auxquelles s'ajoute la fracture climatique. « Le développement du numérique est une chance pour l'économie locale, c'est la raison pour laquelle il est vital de ne pas passer à côté. Mais pour cela l'État est indispensable, parce que l'enjeu est national, tout comme il a un rôle important dans la préservation du patrimoine », renchérit Marie-Paule Demiguel, sous-préfète de Saint-Gaudens. Et cela passe notamment par des investissements dans les infrastructures. Les pouvoirs publics et notamment l'État n'en font probablement pas assez, alors que c'est une priorité nationale. Comme le remarque judicieusement Nadia Pellefigue, vice-présidente de la Région déléguée au développement économique et à l'innovation : « C'est comme si nos concitoyens dans les zones rurales n'avaient pas accès à l'eau ou à l'électricité ».

Mais ce n'est qu'un aspect du problème. Nadia Pellefigue constate aussi que « 40 % des gens ont peur de l'administration en ligne, et surtout ils ne demandent pas de l'aide ». Là aussi des solutions existent. La création d'écoles numériques notamment dans les zones rurales présenterait des avantages, à la fois pour former les populations, notamment les plus fragiles, comme les personnes âgées ou les chômeurs, mais créerait aussi des emplois pour les plus jeunes. Le numérique ne doit pas être réduit à son discours sur l'innovation, il offre de réels progrès pour la vie des gens.

Par exemple, à quelques kilomètres de Saint-Bertrand-de-Comminges, dans la ville de Saint-Gaudens, une école du numérique (Simplon.co) forme en sept à 12 mois des chômeurs au codage et à la programmation. À la surprise générale, le taux de réussite à obtenir un emploi local s'élève à 95% contre 70% dans les grandes villes, démontrant la demande des entreprises. Mais comme le souligne Victor Godinho, responsable de l'école, la clef du succès se trouve dans le travail collectif de l'ensemble des acteurs : élus, entreprises et associations. Et peu importent les lieux. Nicolas Schmit, ministre du Travail du Luxembourg, cite, lui, l'exemple d'une école numérique transfrontalière ouverte aux chômeurs : trois mois après la fin de la formation, les gens retrouvent du travail.

Cette éducation au numérique est donc un vecteur vital pour le monde rural car la fracture numérique fait apparaître également des fractures plus profondes, celle des problèmes d'illettrisme et d'incompréhension, ce qui pose le problème plus général du système éducatif, où quelque 10% de la population ne reçoivent pas les bases. Éduquer au numérique permet de sortir de cette trappe d'isolement.

Autre domaine où les signes de rapprochement entre monde rural et monde urbain se manifestent : l'alimentation. Comme le martèle Thierry Marx, la réponse à la question alimentaire passe par le lien entre territoires et métropoles, tant les citadins ont pris conscience de l'importance de la façon dont nous nous nourrissons. L'attention est désormais prêtée aux circuits courts d'approvisionnement et de production, tournant le dos à la logique de la mondialisation et sa libre circulation de produits en fonction de son coût de production. Non seulement l'agriculture locale enraye la désertification des territoires en préservant et en créant des emplois, mais elle permet également de développer la qualité des produits dans de nombreuses filières. « L'alimentation signe les retrouvailles entre monde urbain et monde rural », constate Jean-Luc Moudenc, qui rappelle qu'en tant que président de la communauté urbaine il doit assurer 80 000 repas quotidiennement (école et hôpitaux). Ce qui l'a conduit à signer un accord avec le Pays de Gascogne qui fédère 105 éleveurs de veaux pour fournir de la viande, ce qui au passage a sauvé l'activité des abattoirs de Rodez.

La lutte contre le réchauffement climatique constitue également une opportunité d'un changement qualitatif pour le monde rural, notamment à travers la décarbonation de notre économie, grâce au développement technologique. « Jamais, à l'échelle historique, nous n'avons connu autant de solutions pour produire de l'électricité grâce notamment au digital », rappelle Philippe Monloubou, président du directoire d'Enedis, pour qui il existe aujourd'hui « une puissance collective d'innovation ». Cette vision optimiste tranche avec le pessimisme qui domine dans les médias. Car les situations s'améliorent, même si cela prend du temps.

« En matière d'énergie, nous sommes en train de passer d'un modèle jacobin, que reflète le programme nucléaire choisi par la France, à un modèle plus décentralisé, car les solutions offertes par les énergies solaires et éoliennes partent des territoires. Et c'est un mouvement irréversible », assure ainsi Sébastien Lecornu, qui suggère « aux mairies en milieu rural d'investir dans des solutions locales, comme par exemple l'énergie solaire, car ces investissements peuvent être amortis grâce aux taxes sur l'énergie qui contribueront à leur budget. »

Cela n'empêche pas, dans le même temps de répondre à des problèmes urgents, par exemple, comme le suggère une proposition de The Village, de créer un chèque eau, sur l'exemple du chèque énergie mis en place par le gouvernement, pour aider les quelque 2,6 millions de personnes en difficulté qui n'arrivent pas à subvenir à leurs besoins énergétiques.

Rendez-vous dans l'Eure ?

Une autre source d'optimisme pour l'ensemble des participants à The Village est la prise de conscience collective des acteurs, quels qu'ils soient, qu'ils doivent travailler sur des solutions articulant le local et le global notamment face aux urgences liées à l'environnement.

« Ces dernières années, on constate qu'il y a un modèle économique qui se dégage de l'écologie. On est en train de sortir de la politique de la subvention et de la taxe au profit d'entreprises du secteur qui trouvent des investissements privés. Il y a même aujourd'hui un secteur de la finance, la finance verte, qui se développe », constate Sébastien Lecornu.

Et signe de cette dynamique, tout le monde s'est accordé sur la nécessité que le concept de The Village essaime à travers la France pour favoriser le dialogue et les échanges entre mondes ruraux et urbains. Enthousiaste, Sébastien Lecornu a même proposé d'accueillir dès cette année dans l'Eure, où il est élu, un prochain The Village près de Giverny, autour de la ferme biologique du Bec Hellouin qui a créé une école de formation aux méthodes de la permaculture et devient un modèle inspirant le monde entier : une parfaite illustration de cette nouvelle culture du « glocal » dont The Village espère pouvoir démontrer que cela marche... à condition d'essayer.

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QU'EST-CE QUE THE VILLAGE ?

Créé à l'initiative de La Tribune et d'Inco, The Village est un événement expérientiel annuel qui réunit pendant deux jours décideurs et change makers nationaux et internationaux dans un lieu propice à la réflexion : la cité médiévale de Saint-Bertrand-de-Comminges, en Occitanie. Objectif  ? Changer le monde  !
Préfigurer un futur meilleur, inclusif et responsable ; proposer des solutions qui, de la ruralité à l'urbanité, de l'individu au collaboratif, révèlent un monde « glocal » dans lequel l'innovation positive met le citoyen au cœur des enjeux. Sur un lieu emblématique, riche d'un patrimoine culturel unique, The Village se vit comme une véritable expérience séquencée en workshops, espaces de réflexion, rencontres entre les participants mais également les villageois.

Près de 200 personnes, participants engagés, producteurs d'idées mais aussi d'actions ou change makers ont collaboré à cet événement qui s'est déroulé vendredi 31 août et samedi 1er septembre.

https://evenement.latribune.fr/the-village/

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Commentaires
a écrit le 09/09/2018 à 9:17 :
« il faut se prendre en main pour mener des projets, notamment avec l'aide des entreprises ».

il faut, ya qu'à...

Croire que les acteurs privés peuvent remplacer les collectivités en ce qui concerne le bien commun est une pensée fausse qui a été largement démentie ces dernières décennies.

Non il faut juste des politiciens sains non corrompus par les marchés financiers, ce qui est bien difficile à trouver en néolibéralisme. Toutes les bonnes volontés du monde s'écraseront sur l'avidité des possédants.
a écrit le 09/09/2018 à 9:06 :
On a évoqué une partie de la solution, le chèque énergie. Encore un petit effort pour évoquer la note n°6 du CAE, et établir une relation entre cout du travail et prix de l'énergie, base de notre économie du 21ème siècle. Nous ne sommes plus au Moyen age.
a écrit le 09/09/2018 à 7:33 :
Au lieu d'inventer des concepts à la mort-moi le-nœud, ces crétins de fonctionnaires feraient mieux de s'occuper des questions réelles que sont la désertification, l'immigration, la disparition des services, l'inflation règlementaire, et le regroupement communal.
a écrit le 08/09/2018 à 19:39 :
"The Village"

Toujours prisonnier le n°6 ?
a écrit le 08/09/2018 à 14:40 :
Uniformisation du local pour mieux centraliser, c'est ce que fait cet administration qu'est l'UE de Bruxelles, il n'y a rien de nouveau! Après on pensera a la décentralisation pour mieux régner par la division!
a écrit le 08/09/2018 à 8:20 :
La Loi ALUR s’impose dans toute sa rigueur sur l’ensemble du territoire, faisant fi des particularités spécifiques à certains villages. Je n’ai rien contre cette Loi qui a bien des égards est cohérente, ne serait-ce que dans ces principes, mais elle laisse bien peu de marges de manœuvres aux maires ruraux. Non, la France n’est ni Paris ni uniforme !
a écrit le 07/09/2018 à 20:32 :
et aussi, rendre le pouvoir aux habitants des villages d'où les résidents secondaires ont le droit de vote alors qu'il n'y vivent que deux ou trois semaines.
Tripler ou plus les impôts fonciers pour les résidences secondaires qui font que les villages sont fermés toute l'année et rendent donc impossible l 'arrivée de nouveaux arrivants et ce qui s'en suit est la fermeture de l'école et peu après l 'extinction des commerces et la mort du village.
Surtaxer les grandes entreprises qui demeurent en ville (cf la defense à paris ou les multinationales ont des sièges sociaux de plusieurs milliers d'employés alors que deux ou trois centaines suffiraient largement et les autres employés pourraient s intaller parmi nous) ce qui provoquerait une homogeneité du territoire plus équilibrée et certainement moins couteuse au vu et su des surinvestissement dans ces centres urbain à coups d'autoroute, de bretelles de constructions d'habitats dans des périmètres restreints.
Décisions qui décontracterait le marché immobilier devenu fou, rendrait une qualité de vie aux travailleurs, une baisse des arrêts maladie et la sauvegarde de nos villages etc...
bref revenez sur terre, revenez en terre

SI VOUS EN VOULEZ D AUTRES DES IDEES, PAS LA PEINE DE CONVIER DES POLITIQUES NI DES ECONOMISTES A LA NOIX
PARLEZ AUX RURAUX IMPLIQUES DANS LEURS TERRITOIRES RENDEZ LEUR LE POUVOIR DE DECISION HORS LES GUIGNOLS DE LA POLITIQUE

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