Ayant déjà atteint 80 dollars, le prix du baril de pétrole fragilise la reprise

Dans le sillage des autres sources d'énergie, en particulier le gaz naturel, le prix du pétrole progresse, touchant le seuil symbolique des 80 dollars, son plus haut niveau depuis octobre 2018. La forte demande de carburant, liée à la reprise économique et du trafic aérien et routier, et une offre limitée expliquent l'appréciation de l'or noir. Mais la poursuite de la hausse pourrait ralentir la croissance.
Robert Jules

3 mn

Depuis son point bas d'octobre 2020, le prix du baril de brut a augmenté de quelque 116%.
Depuis son point bas d'octobre 2020, le prix du baril de brut a augmenté de quelque 116%. (Crédits : Reuters)

Le cours du baril de Brent a franchi le seuil symbolique des 80 dollars en séance mardi. Il faut remonter à octobre 2018 pour retrouver un tel niveau. Depuis son point bas d'octobre 2020, la référence européenne a augmenté de quelque 116%. Aux Etats-Unis, le baril de WTI suit la même tendance dépassant les 76,27 dollars, s'approchant du dernier sommet du début de l'été à 76,98 dollars le baril.

Si elle persistait, cette augmentation ne risque-t-elle pas de ralentir la vigoureuse reprise économique mondiale, estimée à 5,5% cette année (+ 4,1% prévus pour 2022) par les experts de l'Opep ?

Tous les prix de l'énergie orientés à la hausse

La question se pose avec une certaine acuité, car tous les prix de l'énergie sont orientés à la hausse. Ainsi, une partie de l'appréciation de l'or noir résulte du report de la demande de gaz naturel sur le pétrole. Depuis avril 2021, les prix du gaz naturel ont flambé de 133%, ceux du charbon thermique ont bondi de 160% sur un an. Quand à l'électricité, pratiquement aucun pays européen n'échappe à l'alourdissement des factures, obligeant les gouvernements à aider les ménages les plus fragiles, face à des dépenses contraintes. Ainsi, en France, après avoir décidé de verser un chèque énergétique de 100 euros, le gouvernement planche déjà sur de nouvelles mesures.

La cause générale est l'incapacité de l'offre énergétique à suivre le rythme d'une demande en forte hausse en raison de la vigoureuse reprise économique mondiale, favorisée par la sortie progressive de la crise sanitaire grâce à l'extension de la couverture vaccinale. La demande est soutenue notamment par la hausse du trafic aérien et routier.

Une offre qui plafonne

Or, l'offre de pétrole plafonne car certains pays membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) limitent toujours volontairement leurs extractions, suivant la politique de restriction à laquelle se soumet l'Opep+ (qui compte notamment la Russie). La prochaine réunion du cartel augmenté, qui se tiendra lundi prochain pour statuer sur le  niveau des exportations, devrait être particulièrement suivie.

Mais il faut aussi compter avec des événements naturels ou techniques. Aux Etats-Unis, le rythme de la production dans le Golfe du Mexique n'est pas revenu à la normale, nombre d'installations ayant été endommagées par le passage de l'ouragan Ida fin août.

Au Nigéria, membre de l'Opep, la production a ralenti à 1,271 million de barils par jour le mois dernier, contre plus de 1,4 million deux mois plus tôt, selon les chiffres compilés par l'organisation. D'autres pays connaissent aussi des baisses comme le Kazakhstan, la Libye ou l'Angola.

Pas de rééquilibrage du marché à court terme

Aussi, le déséquilibre du marché du pétrole brut ne devrait pas se résoudre à brève échéance. Selon le rapport annuel de l'Opep sur les perspectives du marché pétrolier, la demande cette année devrait bondir de 6 millions de barils par jour (mbj) (+ 6,6%) par rapport à 2020 pour atteindre 96,6 mbj. Et les besoins devraient croître, à 99,9 mbj l'année prochaine, et à 101,6 mbj en 2023.

Selon ces mêmes projections, la demande mondiale d'énergie (toutes les sources) va passer de 275,4 millions de barils équivalents de pétrole par jour (mbej) en 2020 à 303,6 mbej en 2025. En 2045, elle devrait atteindre 352 mbej.

Une prévision qui est de nature à soutenir durablement les prix de l'énergie. D'ores et déjà, les analystes de Goldman Sachs voient le prix du baril de brut se hisser à 90 dollars avant la fin de l'année.

Robert Jules

3 mn

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Commentaires 19
à écrit le 29/09/2021 à 10:21
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"La forte demande de carburant" Vous savez parfaitement, avec l'OPEP, l'OPEP +, les déclarations des uns et des autres, que la loi de l'offre et de la demande n'est pas la raison principale de la fluctuation des cours du pétrole. Tout comme dans l'im...

à écrit le 29/09/2021 à 10:12
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Autres points â considérer La croissance est un déséquilibre indispensable pou rque certains s'empiffrent de rentes, plus values et autres mécanismes. Societalement, c'estune impasse. Le Venezuela vendrait bien son pétrole mais ça n'a pas l'air po...

le 29/09/2021 à 10:58
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En même temps, les 18 mois qui viennent de s'écouler ont montré qu'un monde sans croissance (voire même en très légère décroissance), c'est un monde où la pauvreté, la précarité et l'endettement explosent. Alors effectivement, partageons la pauvreté ...

à écrit le 29/09/2021 à 9:02
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Toute l'énergie va exploser à la hausse: politiques américaines (Biden) anti pétrole de schistes, remontée des taux qui rendent les financement plus chers, politiques anti-nucléaires, renforcement de la demande.. Nous allons, c'est une évidence, aux ...

à écrit le 29/09/2021 à 6:45
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Certes, mais n'oubliez et n'oublions pas que sur €100 d'essence.....plus de € 75 sont des taxes....merci l'état! Alors avant de crier Haro sur Total etc....il faut tout de même le dire avant car toutes ces hausses abusives viennent des prélèvements. ...

le 29/09/2021 à 10:41
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et surtout sur 100€ de carburant, dans le meilleur des cas, 70€ part en chaleur car un moteur thermique n'est efficace qu'à 30%

le 29/09/2021 à 21:13
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65 cents, peut-être, y suis jamais allé, trop loin pour ma voiture (je ne voyage qu'en voiture). Mais quand le pétrole augmente ça passe à 85, 100... Un matelas de taxes (bon pour l'Etat, l'Etat c'est nous) permet de réduire les hausses et baisses, s...

le 30/09/2021 à 2:49
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Avec le tout voitures électrique qu’on nous annonce, il faudra bien compenser les pertes de la rente pétrolière pour l’état français. Cela va nous faire un prix incroyable pour le kilowatt, c’est la France entière qui va prendre le gilet jaune !!!

à écrit le 29/09/2021 à 6:22
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Pour les écologistes, la réalité c'est que 80 à 90% de la consommation se fait en pétrole. Il va falloir un moment donné se rendre compte de l'ineptie de vouloir le supprimer. Que l'on s'occupe de le rendre non polluant, ou à mieux traiter les différ...

le 29/09/2021 à 21:21
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"Que l'on s'occupe de le rendre non polluant" en captant le CO2 émis, par exemple ? Pour l'envoyer sous terre et former des carbonates en profondeur (stables) ? Si le prix à la pompe est multiplié par 10 à cause de ces mesures, ça ira ? Et quand les ...

à écrit le 29/09/2021 à 0:34
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Nouvel avatar qui, ajouté à tous les autres nous conduit irrémédiablement vers le chaos. Il est plus tard que nous le pensons. Sans doute trop tard.

à écrit le 28/09/2021 à 19:40
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Fragilise la reprise? Tout a fait si l'on ne se remet pas en cause! Mais le consommateur doit être conscient que ce n'est qu'un début et la reprise n'a aucun sens!

à écrit le 28/09/2021 à 19:16
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Bon, et bien pour une fois, voici une excellente nouvelle. C'est bien ce qu'on voulait, non ? Une énergie chère, on l'économise. Si on brûle moins de pétrole, on produit moins de CO2, c'est tout bon pour la planète. Et si la croissance ralentit, ça v...

le 29/09/2021 à 8:55
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Wép.... et les millions et millions de gars sans boulot, on en fait quoi ?

le 29/09/2021 à 11:01
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Voilà, vous avez effectivement compris ce que personne - et surtout pas les verts - n'énonce clairement: pour être réellement écolo, il faut nécessairement être pauvre et avoir un niveau de vie très bas (on ne parle pas d'acheter une voiture électriq...

le 29/09/2021 à 15:31
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il y a une autre option que la dictature et la misere, c est la reduction drastique de la population. L ideal etant une epidemie comme au moyen age (-50 % de la population). C est sur que le corona qui a fait que 100 000 morts sur une population de...

à écrit le 28/09/2021 à 19:08
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Ce sont encore les Russes qui nous font danser comme pour le gaz. Russie first Monsieur Poutine!

le 28/09/2021 à 21:39
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Ben oui la russie est le premier fournisseur de l'Europe En attendant les prédictions du grec et des scientifiques sérieux se réalisent toutes... Bienvenue en enfer

le 29/09/2021 à 21:16
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La Norvège et la Russie refusent d'en fournir plus que les contrats n'ont prévu (c'est trop précieux), mais fournissent 100% des quantités qu'on a prévu de leur acheter. Pas 1% de plus pas 1% de moins, le contrat, c'est tout. S'il fait -50°C cet hive...

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