Brexit : "Les intérêts des PME britanniques ont été oubliés"

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Louise Stewart, porte-parole du FSB, fédération britannique des petites et moyennes entreprises
Louise Stewart, porte-parole du FSB, fédération britannique des petites et moyennes entreprises (Crédits : DR)
Louise Stewart, porte-parole du FSB, la fédération britannique des petites et moyennes entreprises, dénonce l'aveuglement des politiciens, qui n'ont pas pris en compte les intérêts des entreprises. Les petites pourraient notamment souffrir de départ de grandes entreprises

Le verdict est sans appel : les Britanniques ont voté en faveur du Brexit. Depuis l'annonce des premiers résultats dans la nuit du 23 au 24 Juin 2016, c'est un véritable séisme politique et économique qui secoue l'Europe. Alors que tous les regards sont tournés vers la City de Londres où la livre sterling connait un décrochage historique, le sort des petites et moyennes entreprises est aujourd'hui moins médiatisé.

Ces entreprises de moins de 250 personnes représentant pourtant plus de 99% du secteur privé Outre-Manche. En 2015, elles ont généré un chiffre d'affaire annuel collectif de £1.8 trillion en 2015 (http://www.fsb.org.uk/media-centre/small-business-statistics). Elles pourraient elles aussi souffrir de plein fouet les conséquences du Brexit.

Rencontre avec Louise Stewart, porte-parole du FSB, la fédération britannique des petites et moyennes entreprises.

 -  Quelle est la réaction du FSB face aux résultats de ce vote historique ?

Les 24 dernières heures ont été capitales pour l'histoire de la Grande-Bretagne et vont déterminer son futur. Nous avons toujours voulu être neutres au cours d'une campagne particulièrement polémique. Désormais ce que nous souhaitons, ce que nous demandons au gouvernement, c'est de clarifier au plus vite ce que ce vote signifie pour les entreprises.

Nous devons rapidement établir si elles auront accès au marché commun et si elles pourront continuer leurs échanges habituels avec leurs partenaires. Nous voulons de la stabilité, nous voulons nous remettre au travail, et pour cela il nous faut de la clarté.

 -  Comment pensez-vous que les patrons des petites entreprises ont pesé sur le résultat final ?

Il est très difficile de savoir comment les patrons ont voté parce que de nombreux facteurs ont influencé leur décision, pas seulement économiques - comme nous le montrions dans les enquêtes auprès de nos membres.

Ce qui est clair c'est que le pays est très divisé géographiquement et que nous avons des membres dans toutes les régions. Nos membres en Écosse ont très sûrement voté en faveur de l'UE par exemple, comme la plupart des Écossais. Je pense que la position géographique et le fait de réaliser ou non des importations et des exportations ont pu influencer les patrons, mais il est très difficile pour le moment de voir une tendance claire émerger.

-   Pensez-vous que leurs intérêts aient été assez représentes pendant la campagne ? Avez-vous eu assez d'informations sur les conséquences économiques ?

Non, cette campagne a avant tout été une bataille d'égos et de personnalités et les intérêts des entreprises ont trop souvent été perdus de vue. Pourtant, nos membres étaient très en demande d'informations, ils voulaient des données concrètes avant de faire leur choix. Mais les politiciens ont préféré jouer sur la peur plutôt que de présenter des arguments positifs en faveur du business. Les intérêts des petites entreprises ont très peu été pris en compte dans cette campagne, et nous le regrettons.

 - Êtes-vous inquiets des conséquences que le vote pourrait avoir sur les petites et moyennes entreprises ?

Il y a beaucoup d'inconnues et cela nous inquiète forcément. Nous ne savons pas si les échanges commerciaux ne vont pas ralentir. La chute de la livre ainsi que l'annonce de la démission de David Cameron d'ici octobre ne devraient pas calmer les esprits.

Mais il est surtout très inquiétant de voir que des grandes entreprises envisagent déjà de quitter Londres ou de délocaliser des emplois (aujourd'hui Morgan Stanley a annoncé délocaliser 2000 emplois de Londres avant de se rétracter).  Nous vivons dans une économie connectée et globale, et les petites entreprises dépendent souvent des grandes pour survivre. Le petit restaurant local qui sert les employés des grandes entreprises pourrait disparaitre si ces mêmes employés quittent le Royaume-Uni. Dans ce climat d'incertitudes, il n'est pas impossible que certains petits business se retrouvent très fragilisés.

 -  Qu'espérez-vous à présent des négociations qui auront lieu dans les semaines et mois à venir ?

Nous voulons de vraies réponses sur ce qui va se passer, sur les relations que nous allons pouvoir continuer à entretenir avec l'Europe.

Allons-nous pouvoir continuer à échanger, allons-nous pouvoir profiter des avantages du marché commun, nous déplacer et vendre nos marchandises librement ? Aurons-nous toujours accès aux talents européens ? Nous souffrons au Royaume-Uni d'un déficit de compétences qui nuit à notre productivité. Les petites entreprises parvenaient à le combler en employant des personnes venues de partout en Europe, mais pourront-elles toujours faire de même demain ?

Nous voulons que tout cela soit clairement négocié avec l'UE au plus vite. Nous avons déjà été en contact avec le secrétaire d'état au Business, Sajid Javid  qui nous a assuré que les priorités des petites entreprises seraient entendues, et que nous pourrions participer aux discussions.

Je crains surtout à présent que ce vote n'ait des répercussions plus larges dans les autres pays d'Europe. Ce vote n'est pas qu'un problème Britannique. Au-delà des conséquences politiques, il pourrait avoir un impact désastreux sur l'économie et la confiance en Europe ainsi que sur de futures négociations dans le monde du business.

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