Chiara Corazza, présidente du Women's Forum : « Je suis favorable à des quotas dans les codir et les comex »

ENTRETIEN. A l'occasion de la réunion des Daring Circles du Women's Forum 2021, en virtuel du 17 au 25 mars, Chiara Corazza, la directrice générale de la plateforme qui agit pour une plus grande place des femmes dans l'économie et la société, s'exprime pour La Tribune sur la reprise. Ce doit être, selon son expression, une « She-Covery ». Pour cela, la relance doit faire la part plus belle aux femmes. Elle défend le projet de loi de Marie-Pierre Rixain sur des quotas de femmes dans les comités de direction.

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(Crédits : DR)

La reprise, pour de nombreux observateurs, n'adviendra que si elle est inclusive, green, socialement responsable... Faut-il, dans ces conditions, que les plans de relance, partout dans le monde, soient « genrés » ?

CHIARA CORAZZA - Absolument ! Aucun n'a été lancé sur ces critères pour l'instant, mais il est clair que les femmes doivent être aux tables de négociations, pour décider, avec les hommes, des priorités. C'est vrai pour l'éducation, la santé, la politique de la ville, les infrastructures..., mais aussi les appels d'offres, publics et privés, par exemple, qui doivent inclure davantage de cheffes d'entreprise. Pour l'instant, les 224 millions de femmes entrepreneures dans le monde n'ont accès qu'à 1% de ces commandes.

En outre, les femmes ont été sur tous les fronts pendant la pandémie, dans les métiers de la santé et de la distribution, notamment, mais aussi dans la vie familiale. Pis, lorsqu'il a fallu choisir, dans le couple, qui devait arrêter de travailler pour s'occuper des enfants, ce sont majoritairement les femmes qui l'ont fait, ne serait-ce que parce qu'elles gagnent souvent un salaire moindre que les hommes.

Et ce sont elles aussi qui, aujourd'hui, sont les plus touchées par les destructions d'emplois. Par exemple, en Italie, 99.000 emplois ont été perdus pour les femmes, contre 2.000 pour les hommes. Et si 85% des métiers de demain nous sont inconnus aujourd'hui, nous savons qu'ils seront principalement dans la tech, le numérique, les STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques). Or 24% seulement des femmes font des études dans ces domaines, comme je l'ai souligné dans le Rapport 'Les femmes au cœur de l'économie', que j'ai remis au gouvernement français en février 2020 dans le cadre de la mission qui m'avait été confiée dans le sillage du G7 de Biarritz. 

La France, qui a bien réussi en matière de représentation des femmes dans les conseils d'administration avec la loi Copé-Zimmermann, a été distancée par l'Allemagne sur les initiatives concernant les instances décisionnelles des entreprises. Un projet de loi devrait rattraper cela. Qu'en pensez-vous ?

Je me réjouis que le 8 mars dernier, Marie-Pierre Rixain ait annoncé un projet de loi conforme aux recommandations du Women's Forum. Je suis personnellement favorable à des quotas dans les codir et les comex car je constate qu'ils ont fonctionné et que dans les pays où il n'y a pas de quotas, la diversité de perspectives n'avance pas suffisamment. Ce que j'apprécie de ce projet de loi est qu'il prévoit du temps pour créer le vivier. Si l'on veut attirer les femmes dans tous les métiers d'avenir, il faut qu'elles puissent également se projeter dans des postes à fortes responsabilités dans tous les secteurs.

Sinon, pourquoi sacrifier tant de choses ? Je rappelle qu'en France, d'après le Baromètre du Women's Forum43% des femmes pensent encore qu'on ne peut pas à la fois avoir une famille et faire carrière. Et ce chiffre est même à 57% en Allemagne. La nouvelle loi devrait être un formidable accélérateur. Et elle va au-delà de l'égalité économique hommes/femmes, puisqu'elle ouvre la voie à un véritable changement de paradigme. D'autant que la société comme les entreprises ont besoin des femmes pour pouvoir se doter de stratégies plus diversifiées, plus créatives, plus innovantes et sources de performances. On parle par exemple beaucoup de la cybersécurité en ce moment. Or ce secteur ne compte que 11% de femmes. Si elles y étaient plus nombreuses, il y a fort à parier que les stratégies en matière de cybersécurité s'en trouveraient enrichies.

S'il faut accroître le nombre de femmes dans les STEM, que faut-il faire dans les domaines où, au contraire, elles sont sur-représentées, comme la santé ou les services ?

Il faut bien sûr revaloriser les salaires ainsi que le statut. Mais le plan de relance français pourrait également envisager de donner la priorité à ces femmes dans des logements sociaux à Paris, par exemple, pour rapprocher lieu de travail et d'habitation. De même, la question de l'aidance et de la vieillesse, qui concerne particulièrement les femmes, doit être prise en compte. Et comme pour les autres métiers, les femmes doivent pouvoir accéder à des postes de responsabilités dans les systèmes de santé, y compris dans les établissements pour personnes âgées. Enfin, les femmes, qui sont souvent en risque de burn-out, compte tenu de leurs tâches, doivent pouvoir vivre et vieillir en bonne santé.

Y a-t-il d'autres enjeux que vous voudriez voir traiter ?

Une priorité qui me tient à cœur pour un meilleur équilibre des temps de vie est le congé maternité/paternité, là aussi pour faire évoluer les mentalités. Si les pays riches, qui s'inquiètent de la baisse de la natalité veulent réagir, c'est de cette façon qu'il faut le faire ! Par ailleurs, il faut donner des incitations aux entreprises pour qu'elles adoptent de bonnes pratiques, en matière d'égalité salariale, de perspectives de carrières pour les femmes, de gouvernance, mais aussi, par exemple, en ce qui concerne l'intelligence artificielle. Les entreprises qui feront en sorte que les outils qu'elles utilisent, pour les recrutements ou les parcours professionnels, ne soient pas biaisés, comme c'est trop souvent le cas, doivent être récompensées.

À cet égard, en parallèle du prochain G20, qui aura lieu à Rome les 30 et 31 octobre 2021, le Women's Forum va organiser, les 17, 18 et 19 octobre, à Milan, un sommet regroupant des chefs d'entreprise de chaque pays du G20 qui mettra en valeur des pratiques exemplaires en faveur des femmes, que ce soit sur les congés parentaux, l'accès des entreprises dirigées par des femmes dans leur politique de sourcing, leurs investissements, leur gouvernance...

Dans cet esprit, nous allons proposer un classement qui reconnaîtra ces bonnes pratiques au sein des entreprises des pays du G20. Et nous souhaitons que la France soit pionnière dans ces domaines comme dans son plan de relance, qui doit faire la part belle aux femmes. Avant, on leur donnait des miettes, puis une part du gâteau. Dorénavant, il faudra que les femmes mettent, avec les hommes, des ingrédients dans la recette...

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Commentaire 1
à écrit le 24/03/2021 à 15:24
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Et les comop et les copil alors! A quand des quotas pour le covid? fr.statista infographie 21404 part-hommes-et-femmes-morts-coronavirus A noter que le pays le plus égalitaire là dessus est la Corée du sud. La france n'est pas parmi les pire...

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