Corée du Sud : quel scénario après la destitution de la présidente ?

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La présidente Park Geun-hye devrait quitter le palais présidentiel dans les jours à venir. La décision judiciaire concernant sa destitution a un effet immédiat.
La présidente Park Geun-hye devrait quitter le palais présidentiel dans les jours à venir. La décision judiciaire concernant sa destitution a un effet immédiat. (Crédits : REUTERS/Kim Hong-Ji)
La Cour constitutionnelle a confirmé la destitution de la présidente Park Geun-hye, votée au début du mois de décembre, après sa mise en cause dans une affaire de trafic d'influence et de corruption. Cette annonce pourrait ainsi permettre de renouveler en partie le personnel politique qui souffre d'une image détériorée depuis les révélations des scandales politico-financiers de ces derniers mois.

La présidente Park Geun-hye est la première élue démocratiquement, en Corée du Sud, à être écartée du pouvoir par la justice. Les juges de la Cour constitutionnelle ont confirmé à l'unanimité ce vendredi 10 mars la destitution de la chef d'Etat, votée en décembre dernier, à la suite d'un vaste scandale de corruption et de trafic d'influence. Les comportements de Mme Park "ont porté gravement atteinte à l'esprit (...) de la démocratie et de l'Etat de droit" a déclaré la plus haute instance judiciaire de Séoul.

Des rassemblements violents ont provoqué deux morts

La décision a été annoncée en direct à la télévision alors que des opposants et partisans de la dirigeante s'étaient rassemblés devant la juridiction. La police avait déployé plus de 21.000 hommes pour contenir les mouvements de foule et protestations. Cela n'a pas empêché de violents affrontements alors que des manifestants ont tenté de franchir les barricades dressées par les forces de l'ordre.

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Evacuation d'un partisan de la destitution, gravement blessé lors de la violente manifestation devant le tribunal ce vendredi 10 mars. (Photo : Kim Hong-Ji / Reuters.)

Lors des affrontements, deux participants à la manifestation ont trouvé la mort. Selon l'agence de presse Yonhap, l'une des deux personnes décédées est un homme âgé de 72 ans qui aurait été assommé par un haut-parleur tombé d'un bus de la police. Un autre homme a été retrouvé inconscient près d'une station de métro et a été transporté vers un hôpital où il est finalement décédé. Malgré les circonstances encore floues de ces deux morts, tous les témoins s'accordent sur la violence des affrontements entre opposants et partisans de la présidente comme avec les forces de l'ordre.

    >Pour comprendre l'exceptionnelle mobilisation des Sud-Coréens, (re)lire l'interview d'Olivier Guillard, chercheur associé à l'Iris : 1,3 million de Sud-Coréens se mobilisent contre leur présidente "par honte"

Quelle suite judiciaire à court terme ?

Suite à cette destitution, Park Geun-hye doit perdre son immunité présidentielle. Cela devrait entraîner des poursuites judiciaires très rapidement. Tout le scandale a débuté avec son amie Choi Soon-sil qui l'a épaulée durant ses années difficiles "et pour qui l'ancienne présidente a lâché le mur de la vigilance", comme la présidente l'a annoncé dans un discours à la nation, en novembre dernier. Mme Park, fille de l'ancien dictateur Park Chung-hee, est accusée avec Choi Soon-sil et un autre conseiller (qui sont tous les deux mis en examen) "d'avoir fait pression sur de grandes entreprises sud-coréennes pour qu'elles fassent des dons à deux fondations mises en place pour soutenir ses initiatives politiques." Il lui est également reproché d'avoir "trahi" son peuple en violant la Constitution. Les magistrats lui reprochent aussi d'avoir "oublié son devoir de protéger la nation". Pour l'instant, elle conteste les faits qui lui sont reprochés mais a néanmoins présenté ses excuses pour avoir été négligente dans ses relations avec son amie fortement contestée par les Sud-Coréens pour son rôle et son influence auprès de la présidente.

Quelle suite politique ?

Redevenue citoyenne, Park Geun-hye devrait quitter la Maison bleue très rapidement. A la suite de ce départ, le Premier ministre Hwang Kyo-ahn doit assurer la présidence par intérim jusqu'à l'organisation d'une élection présidentielle anticipée, comme le prévoit la Constitution. Lors d'un conseil des ministres extraordinaire, le chef du gouvernement a ainsi déclaré : "Je respecte la décision de la Cour constitutionnelle (...). Le gouvernement va mener les politiques nationales dans la stabilité et ménager l'ordre social pour éviter une escalade des tensions". Certains médias coréens ont annoncé que le Premier ministre pourrait se présenter à l'élection. Dans ce cas, il pourrait être remplacé par le ministre des Finances. Par ailleurs, la Commission électorale a déclaré que les candidats à l'élection présidentielle pourraient d'ores et déjà déposer leur candidature. Une élection présidentielle est déjà prévue pour le 9 mai prochain.

Même si les partis n'ont pas encore choisi leur candidat à la présidence, Moon Jae-in, ancien président du parti Minjoo de Corée du Sud (centre-gauche) ayant perdu face à Park en 2012, est annoncé comme le favori de la prochaine course à la présidence. Selon un sondage Realmeter, cité par Yonhap, "Moon jouit cette semaine de 36,1% de cote de popularité, maintenant son avance pour la 10e semaine consécutive". Selon un autre sondage Gallup, publié le 10 mars et cité par Reuters, Moon-Jae In partirait favori avec 32% des intentions de vote.

Le parti conservateur souffre également d'un fort discrédit après des mois de manifestations à l'encontre de la présidente et des affaires concernant le frère de l'ancien secrétaire général de l'ONU, Ban Ki Moon. D'après l'AFP, Ban Ki Sang et son fils Joo Hyun Bahn sont soupçonnés par la justice américaine "d'avoir versé en 2014, des pots-de-vin à un intermédiaire pour qu'il convainque les autorités d'un pays du Moyen-Orient, dont le nom n'a pas été révélé, d'acheter un immeuble au Vietnam par le biais d'un fonds souverain". Sans réel porte-drapeaux et empêtré dans différents scandales, le parti conservateur a donc de fortes chances de perdre la prochaine élection présidentielle.

Un contexte international difficile

Si la situation politique interne est très instable pour la Corée du Sud, le contexte géopolitique est également très compliqué. La Corée du Nord a récemment fait de nouveaux essais de missiles en mer du Japon. Ce qui a provoqué, entre autres, la colère des Etats-Unis et la réaction du président sud-coréen par intérim Hwang Kyo-Ahn. "Considérant la brutalité et l'imprudence témoignées par les dirigeants de la Corée du Nord avec le meurtre de Kim Jong-Nam, les conséquences de la détention de l'arme nucléaire par le Nord seront épouvantables et inimaginables", a ainsi déclaré M.Hwang. Par ailleurs, le déploiement accéléré du bouclier antimissile américain THAAD en Corée du Sud a provoqué la colère de Pékin. Les tensions semblent donc se multiplier dans cette région du monde. Mais avec la destitution de Park Geun-hye et l'arrivée d'un nouveau gouvernement, les relations pourraient s'améliorer entre la Chine et la Corée du Sud.

>> Pour aller plus loin : Meurtre du demi-frère de Kim Jong-Un : cinq choses à savoir

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Commentaires
a écrit le 10/03/2017 à 17:09 :
y'a pas que chez nous ... les ripoux sont partout ! Nous voilà rassurés ! ;o))
a écrit le 10/03/2017 à 16:41 :
En Corée comme en France le problème majeur est que ce sont les partis politiques professionnels qui tiennent les élections dans leurs mains ce qui ne peut qu'empêcher un renouvèlement de cette classe politique corrompue et incompétente.

Espérons pour lui que le peuple coréen soit moins anesthésié que les peuples européens et descende dans la rue une nouvelle fois jusqu'à l'élimination des partis politiques professionnels corrompus par nature.

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