Face au désastre économique, Cuba s'ouvre aux investissements étrangers dans le commerce

Jusqu'ici entièrement contrôlées par l'Etat, la vente et la production de biens alimentaires ou de première nécessité va être autorisée à des entreprises étrangères. Celles-ci gèreront les ventes en gros mais l'Etat communiste va garder la mainmise sur la vente au détail. L'île traverse actuellement sa pire crise en trente ans, aggravée par la pandémie et par l'embargo imposé par les Etats-Unis depuis soixante ans.
(Crédits : Alexandre Meneghini)

Cuba est proche de l'étranglement économique. Après avoir été frappée par la crise Covid, les sanctions américaines à l'encontre du régime et la flambée de l'inflation, l'Etat insulaire communiste a pris la décision d'autoriser les investissements étrangers dans les commerces de gros et de détail. A l'origine de ce revirement, pour un régime ultra protectionniste traditionnellement fermé à toutes initiatives privées, de graves pénuries sur des produits de première nécessité que subit le pays. Il y a un an, le gouvernement avait déjà du contenir d'importantes manifestions.

Concrètement, des entreprises privées pourront vendre et exporter leurs produits vers l'île. Or, jusqu'à présent, les investissements étrangers à Cuba n'étaient autorisés que dans la production de biens, les services, ainsi que dans quelques secteurs d'activité comme l'hôtellerie.

"Face aux fortes restrictions auxquelles nous faisons face, l'investissement étranger dans le commerce de gros et de détail, avec régulation par l'Etat, permettra d'élargir et de diversifier l'offre à la population et contribuera au rétablissement de l'industrie nationale", a tweeté mardi le ministre de l'Economie, Alejandro Gil.

Selon les nouvelles mesures, les entreprises de commerce en gros pourront être à 100% détenus par des investisseurs privés, mais les commerces de détail resteront soumis au régime d'économie mixte en vigueur dans l'île, dans lequel l'Etat conserve obligatoirement une participation.

Des pénuries alimentaires

Pour rappel, l'île a été frappée de plein fouet par la pandémie de Covid. En 2019, le tourisme représentait 20% du total des revenus issus des échanges étrangers.

En plus, en 2021, l'administration de Donald Trump décidait de replacer Cuba dans la liste des pays "sponsors du terrorisme". De quoi geler toutes possibilités de créations d'échanges commerciaux avec certains pays craintifs des sanctions. Avec les sanctions américains depuis 60 ans, l'île est aussi coupée des aides internationales (FMI, Banque mondiale, etc.)

Depuis, contrôlé par l'Etat, le secteur du commerce à Cuba éprouve de grandes difficultés pour capter des devises étrangères et s'approvisionner. Les Cubains sont contraints de faire de longues queues pour acheter aliments et autres produits de première nécessité en pesos cubains dans des magasins étatiques où l'offre est très limitée.

Explosion du marché noir

Des magasins où il est possible de payer en dollars ont commencé à fonctionner en 2019. L'offre y était généralement plus large, mais leurs rayons ont également commencé à se vider ces derniers mois en raison des pénuries.

A cela s'ajoute que sur 2021-2022, la production de sucre est tombée à environ un demi-million de tonnes, l'un des niveaux les plus bas de son histoire, suffisant tout juste à couvrir la consommation locale, a indiqué mercredi le groupe public cubain Azcuba.

"Seulement 52% du plan de production prévu a été réalisé", rapportait le quotidien officiel Granma, citant un haut responsable d'Azcuba, sans préciser le nombre de tonnes produites lors de cette saison. "Les causes sont multiples", a expliqué le responsable, mettant en avant la crise qui sévit dans le pays et des raisons "de nature organisationnelle".

La production sucrière a été jusqu'en 1989 la principale activité économique de Cuba, qui était alors l'un des principaux exportateurs mondiaux avec une production de 8 millions de tonnes en moyenne par an. La production de sucre est tombée à 1,1 million en 2010.

Cette situation favorise le marché noir et alimente la spirale inflationniste. En 2021, les prix à la consommation avaient ainsi augmenté de 70% sur un an, selon des chiffres officiels.

En août 2021, le gouvernement cubain avait déjà autorisé les petites et moyennes entreprises privées, mettant fin à 52 ans de monopole d'Etat.

Le gouvernement cubain conservera toutefois son monopole sur le commerce extérieur.

(Avec agences)

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Commentaires 5
à écrit le 18/08/2022 à 22:59
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Vous commencez par une vérité et finissez par un demi mensonge ? En effet l'embargo depuis 60ans et bien je vous propose d'aller à Cuba plus de 100 voitures de Corée pour les touristes les berets noir ont de beaux véhicules peugeot pour reprimender ...

à écrit le 18/08/2022 à 17:19
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Je soutiens d'autant plus les cubains que les ricains.

à écrit le 17/08/2022 à 21:09
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Il suffit de chercher "démographie Cuba" pour voir d'où vient le problème : Une population en constante augmentation, fatalement, au bout d'un certain temps, il n'y en a plus assez pour tout le monde

à écrit le 17/08/2022 à 15:42
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Depuis 60 ans les sanctions américaines, en fait depuis que leur dictateur Batista aux ordres de l'empire US, de leurs voitures, de leurs casino,..., s'est fait chasser par Castro et le Che. Un peu comme partout en Amérique du Sud, ils ont vu leur c...

à écrit le 17/08/2022 à 13:44
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A grands coups de corruption on se doute, quoi de plus facile que d'acheter des fonctionnaires qui ne vivent avec rien. Vu les résultats catastrophiques que cela a donné dans nos pays soit disant développés, vu la profonde crise que la cupidité malad...

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