Gaza au bord d’une catastrophe humanitaire

Des milliers d’habitants ont fui le nord de l’enclave, mais d’autres refusent l’ordre d’évacuation israélien. Les diplomaties s’activent pour éviter une guerre régionale.
Avant-hier, des Palestiniens fuyant la ville de Gaza se dirigent vers le sud de l’enclave.
Avant-hier, des Palestiniens fuyant la ville de Gaza se dirigent vers le sud de l’enclave. (Crédits : latribune.fr)

Alors que l'armée israélienne continue de masser ses soldats autour de l'enclave de Gaza, des milliers de Palestiniens fuient le nord de cette petite bande de terre. Des familles prennent la route sous les bombes. Des valises empilées sur les toits de minibus pour les plus chanceux. Les plus démunis partent à pied, des sacs en plastique à un bras, un bébé à l'autre. Dans la nuit de jeudi à vendredi, Tsahal a demandé au million de Palestiniens de la ville de Gaza de partir vers le sud avant des bombardements massifs et une offensive terrestre. Hier matin, elle a remis la pression « en recommandant aux gens de ne pas attendre ».

Abou Joury n'a pas attendu. Vendredi, le musicien s'est entassé avec dix personnes de sa famille dans sa voiture pour trouver refuge chez des amis d'amis dans le camp de Nuseirat. « On a traversé la ville de Gaza, raconte-t-il, et dans certains quartiers c'était comme une ville fantôme. » C'est la deuxième fois en trois jours que la famille doit changer de maison. « Je veux retrouver ma chambre », pleure Joury, sa fille de 9 ans. Une chambre peinte en blanc, rose et violet, ses couleurs préférées. Son fils de 6 ans, Jamal, veut récupérer sa bicyclette et jouer au foot. « C'est un garçon et, comme beaucoup de garçons, il aime le football », explique son père.

Netanyahou a promis l'anéantissement du Hamas

Benyamin Netanyahou a promis l'anéantissement du Hamas, la mort de ses chefs, la destruction de ses infrastructures et de sa branche militaire, les Brigades Ezzedine Al-Qassam. Pour démolir le réseau de tunnels creusés sous la ville de Gaza, Tsahal pulvérise des immeubles entiers, rase des quartiers. Les bombardements ont déjà fait 2 215 morts dans le territoire, selon le ministère de la Santé palestinien, dont 724 enfants et 458 femmes. Hier, les frappes auraient tué au moins cinq Israéliens et quatre étrangers otages, selon le Hamas.

Jamais l'État hébreu n'avait frappé aussi durement cette bande de terre côtière longue de 40 kilomètres et large d'une dizaine de kilomètres où sont enfermées 2,3 millions de personnes. Mais les attaques terroristes surprises du Hamas ont laissé Israël dans un état de choc post-traumatique. Depuis une semaine, les témoignages des familles des 130 à 150 otages détenus à Gaza tournent en boucle sur les télévisions israéliennes. Les survivants témoignent. Les enterrements des 1 200 victimes s'enchaînent.

Le traumatisme, la faillite des services de renseignement et de l'armée ont entraîné une union inédite dans la population israélienne. Elle a poussé à la formation d'un gouvernement d'urgence nationale autour de Benyamin Netanyahou et de son principal opposant, Benny Gantz.

Mais quel sera le prix payé par les civils palestiniens ? Les organisations internationales, comme la Croix-Rouge (CICR), et les ONG, comme Première Urgence ou Médecins sans frontières, alertent de l'imminence d'une catastrophe humanitaire depuis qu'Israël a décrété le blocus total de la bande de Gaza. La dernière centrale électrique et les usines de désalinisation de l'eau de mer ne fonctionnent plus. L'eau, la nourriture et les médicaments vont manquer. Les organisations appellent aussi au respect du droit humanitaire international qui réclame d'épargner les civils.

Bruxelles et Washington craignent des répercussions dans la région

Dans les chancelleries, les diplomates s'activent. Le président Macron s'est entretenu, entre autres, avec Benyamin Netanyahou et le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. L'Europe et les États-Unis craignent des répercussions dans la région. Le Hezbollah libanais va-t-il ouvrir un vrai front au nord d'Israël ? Tel-Aviv va-t-il profiter de cette guerre pour frapper son ennemi iranien, suspecté d'avoir soutenu la préparation des attaques terroristes du Hamas ? Ce serait le scénario du pire.

Abou Joury, le musicien, n'a plus beaucoup de mots pour décrire la situation. « C'est comme si on revivait la Nakba, [la "catastrophe" en arabe] quand mes grands-parents ont dû quitter leur terre en 1948 à la création de l'État d'Israël. Ils avaient dû se réfugier au Liban. Moi, je ne veux pas quitter ma terre. »

La seule échappatoire serait Rafah, dans le sud de Gaza, unique point de passage avec l'Égypte. Mais pas question pour Le Caire d'accepter d'accueillir des dizaines de milliers de Palestiniens. L'Égypte accepterait en revanche de faire passer vers Gaza des dizaines de camions d'aide humanitaire qui s'entassent à la frontière.

« Humiliation. » Rami Abou Jounous exclut d'en vivre une de plus. « Je refuse de partir de la ville de Gaza, je reste chez moi avec ma famille, affirmait le commerçant hier matin. Si on doit mourir, on mourra avec dignité. » Plus d'Internet, pas d'électricité : « Je ne sais pas si l'offensive terrestre a commencé ou pas. » Rami Abou Jounous était hier coupé du monde.

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Commentaires 8
à écrit le 15/10/2023 à 13:37
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Des images qui en rappellent d'autres en noir et blanc où les juifs étaient nombreux dans la cohorte des innocents.

le 15/10/2023 à 20:21
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Ou la débâcle de 40 avec les stukas au dessus.

le 16/10/2023 à 5:59
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Ou la Nakba de 1948.

à écrit le 15/10/2023 à 12:07
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Réponse au titre: ça ne l'est pas déjà?

à écrit le 15/10/2023 à 11:17
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Grands absents : On peut d ´ étonner que les pays arabo- musulmans n aient pas proposés a minima d’ ex-filtrer les enfants, les femmes et les malades ..l Égypte a même fermé sa frontières : les Commentateurs « pro- palestiniens » se posent étrangemen...

à écrit le 15/10/2023 à 11:16
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Grands absents : On peut d ´ étonner que les pays arabo- musulmans n aient pas proposés a minima d’ ex-filtrer les enfants, les femmes et les malades ..l Égypte a même fermé sa frontières : les Commentateurs « pro- palestiniens » se posent étrangemen...

à écrit le 15/10/2023 à 11:16
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Grands absents : On peut d ´ étonner que les pays arabo- musulmans n aient pas proposés a minima d’ ex-filtrer les enfants, les femmes et les malades ..l Égypte a même fermé sa frontières : les Commentateurs « pro- palestiniens » se posent étrangemen...

le 15/10/2023 à 18:58
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Il y a eu trois bombardements israéliens, en moins de 24 heures lundi et mardi, sur le terminal palestinien de Rafah, le poste-frontière vers l'Égypte est fermé.

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