Principaux importateurs de brut russe jusqu'à l'invasion de l'Ukraine décidée par Moscou, les pays européens se tournent vers d'autres fournisseurs, en particulier les Etats-Unis et l'Arabie saoudite. D'autres pays, notamment sud-américains devraient également tirer profit du changement de configuration qui redistribue les flux du marché de l'or noir sur la planète.Samedi, au lendemain de l'annonce d'une nouvelle série de sanctions des pays de l'Union européenne contre la Russie, pour avoir envahi l'Ukraine il y a un an, le Kremlin a rétorqué en cessant ses livraisons de pétrole brut à la Pologne via l'oléoduc Droujba, selon l'annonce du groupe énergétique polonais PKN Orlen.
La décision est plus symbolique que dramatique - le contrat touchait à sa fin -, le groupe pétrolier s'étant déjà tourné depuis un an vers d'autres fournisseurs. Les cargaisons arrivent majoritairement par voie maritime « en provenance de la mer du Nord, de l'ouest de l'Afrique, du bassin méditerranéen, mais aussi du Golfe Persique et du Golfe du Mexique », précise PKN Orlen dans un communiqué. A l'image de la Pologne, tous les pays européens ont fait de même, redessinant la carte des flux du marché mondial de l'or noir.
L'Espagne a augmenté de près de 90% ses importations des Etats-Unis
Parmi les fournisseurs, les grands gagnants ont été, en 2022, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite. Malgré le coût du fret, qui explique la différence de prix entre la référence européenne, le Brent de la mer du Nord, et la référence américaine, le Western Texas Intermediate (WTI), les Etats-Unis ont vu leurs exportations de brut vers l'Europe (y compris le Royaume-Uni), augmenter en moyenne de 38% depuis février 2022, par rapport au douze mois précédents, selon Kpler, un cabinet expert en data intelligence, spécialisé dans les matières premières. Les plus importants volumes en provenance des États américains de la Côte du Golfe du Mexique ont été livrés au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, à l'Italie, à l'Espagne, qui est le pays où la hausse est la plus importante (+90%), la France et l'Allemagne.
Selon les données de Kpler citées par Reuters ,1,7 mb/j de pétrole brut ont été expédiés des Etats-Unis vers l'Europe en décembre dernier, un record depuis 2 ans, ce qui fait de l'Europe le premier client des Etats-Unis, un rang habituellement occupé par l'Asie. En janvier, le volume expédié avait baissé à 1,53 mb/j. Mais la tendance est là pour durer. « Le brut des Etats-Unis est en train d'aller en Europe, c'est un changement important dans les flux », indiquait le 17 février Colin Parfitt, vice-président de Chevron Midstream. « Cette année, le brut russe va manquer à l'Europe, aussi nous devrions voir arriver là-bas davantage de pétrole en provenance des Etats-Unis », assurait-il. Ce boom pétrolier, qui s'ajoute à celui du gaz naturel liquéfié (GNL), est une aubaine qui pousse les compagnies étasuniennes à extraire davantage d'or noir pour répondre à la demande. Ainsi, l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) prévoit que la production sera cette année de 12,4 mb/j, légèrement supérieure aux 12,3 mb/j de 2019, mais devrait grimper à 12,8 mb/j en 2024, dont les trois quarts issus du pétrole de schiste.