La Chine prévoit sa pire croissance en 28 ans, mais accélère sur le budget Défense

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Li Keqiang, le Premier ministre de Xi Jinping, s'inclinant avant de prononcer son discours à l'ouverture de la session annuelle du Parlement, ce lundi 5 mars 2018.
Li Keqiang, le Premier ministre de Xi Jinping, s'inclinant avant de prononcer son discours à l'ouverture de la session annuelle du Parlement, ce lundi 5 mars 2018. (Crédits : Reuters)
Une croissance à 6,5% serait la plus mauvaise performance en 28 ans - si cette prévision se réalisait. Mais Pékin dit vouloir dépasser la phase de "croissance rapide" et entrer dans un modèle plus durable en livrant les "trois batailles décisives": contre la pauvreté, contre la pollution et contre les risques financiers liés à la colossale dette publique et privée. Des objectifs pieux mais qui excluent de baisser la garde au vu de la forte impulsion donnée au budget de la défense nationale.

Le géant asiatique reconduit  à l'identique son objectif de croissance économique de 2017, selon le texte d'un discours du Premier ministre Li Keqiang diffusé lundi 5 mars avant l'ouverture de la session annuelle de l'Assemblée nationale populaire (ANP).

La Chine a annoncé lundi viser pour 2018 une croissance économique annuelle "d'environ 6,5%", tout en continuant de vanter sa transition d'une phase de "croissance rapide" à un modèle de développement plus durable. De même, le géant asiatique vise, comme l'an dernier, un niveau-cible d'inflation des prix à la consommation "d'environ 3%".

"Ces chiffres sont bien adaptés, étant donné le fait que l'économie chinoise est en transition entre une phase de croissance rapide et une phase de développement qualitatif", a déclaré Li Keqiang.

"Nous avons la capacité et les conditions nécessaires pour parvenir à une croissance de meilleure qualité, plus efficace et plus durable", a insisté le Premier ministre.

Objectif : doubler le PIB chinois entre 2010 et 2020

La Chine a certes vu sa croissance accélérer nettement à 6,9% en 2017, très au-delà de l'objectif gouvernemental, portée par des dépenses publiques accrues, des chantiers d'infrastructures et une solide demande internationale, après avoir enregistré en 2016 sa plus faible performance en 26 ans (+6,7%).

Au passage, si cette progression de 6,5% en 2018 se réalisait, cela marquerait un vif ralentissement et... la pire performance chinoise en 28 ans.

Le régime s'est par ailleurs fixé comme but un doublement du PIB chinois entre 2010 et 2020. Mais aucune nouvelle cible de PIB à long terme n'avait été dévoilée à l'automne lors du congrès quinquennal du Parti communiste (PCC), avivant les spéculations que Pékin pourrait abandonner complètement ses objectifs de croissance annuels.

Pauvreté, pollution, dette : les "trois batailles décisives":

De fait, le pays est en train de changer son fusil d'épaule. Le président Xi Jinping avait alors déjà vanté la transition d'une "croissance rapide", dopée essentiellement par les exportations et des industries lourdes étatiques, pour remettre l'économie sur une voie plus durable. L'idée étant, selon lui, de privilégier la protection de l'environnement, l'innovation technologique, la réduction des inégalités et le désendettement, tout en musclant les services et la consommation intérieure.

De fait, ce lundi, sans surprise, Li Keqiang a insisté  sur "trois batailles décisives": contre la pauvreté, contre la pollution, et surtout contre les risques financiers associés au colossal endettement public et privé du pays (plus de 250% du PIB).

Endiguer la colossale dette en luttant contre la finance de l'ombre

Le gouvernement chinois s'est donné comme priorité d'endiguer la colossale dette du pays et les risques financiers qui y sont liés, en attaquant une "finance de l'ombre" non régulée, les produits d'investissements jugés dangereux et en durcissant les conditions de crédit.

Ces efforts de désendettement et une vaste campagne antipollution, marquée par de nombreuses fermetures d'usines et de réductions de capacités industrielles, devraient assombrir la conjoncture chinoise cette année, estiment les analystes.

La Chine va par ailleurs maintenir "stable dans l'ensemble" le taux de change du yuan en 2018, à "un niveau adapté et équilibré", selon le discours de Li Keqiang. Pékin "approfondira ses réformes pour que le taux de change du yuan soit davantage basé cette année sur le marché", a-t-il cependant assuré. Le pays continue d'encadrer la convertibilité de sa monnaie dans une fourchette déterminée et contrôle étroitement les mouvements de capitaux transfrontaliers.

Pékin relance ses dépenses d'armement et de défense

La Chine a annoncé lundi que son budget militaire, le deuxième du monde après celui des Etats-Unis, augmenterait de 8,1% en 2018, un rythme de croissance supérieur à l'an dernier.

Ce taux de croissance, plus élevé qu'en 2017 (+7%), a été annoncé par le gouvernement dans un rapport publié peu avant l'ouverture de la session annuelle du Parlement. L'enveloppe atteint 1.107 milliards de yuans (175 milliards de dollars), selon ce rapport lu par le Premier ministre Li Keqiang.

La Chine a dépensé en 2017 un total de 151 milliards de dollars pour son armée, selon un récent rapport de l'Institut international pour les études stratégiques (IISS), un cabinet spécialisé basé à Londres.

C'est quatre fois moins que les Etats-Unis (603 milliards). Mais nettement plus que l'Arabie saoudite (77), la Russsie (61), l'Inde (53), le Royaume-Uni (51) ou encore la France (49).

Pékin accroît ses dépenses de défense depuis plus de 30 ans pour combler son retard sur les armées occidentales. L'augmentation annuelle avait atteint presque 18% à la fin des années 2000.

(Avec AFP)

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a écrit le 13/03/2018 à 2:27 :
J espere que dans ce contexte de course aux armements il y aura un peu de place pour la sagesse, on parle d harmonie mais par exemple Taiwan est de plus en plus menacé. Autre sujet d actualité: bientot nous pourrons voir encore ses representants exclus de l assemblee mondiale de la santé pour la 2 eme année, ce qui déplait profondément aux taiwanais que la chine essaye pourtant de seduire, la santé ne doit jamais etre prise en otage! L'OMS est devenue une marionnette, toutes les entrees sont controlees par les chinois, idem pour les evenements organises par ses institutions, on verifie les papiers d identité, on soumet a un representant chinois qui donne son avis sans meme regarder dans les yeux les personnes qui se presentent (mauvaise conscience oblige...) et si on voit 'Taiwan' c est NON.
Le droit de veto n a pas ete cree pour permettre un reniement des principes fondateurs de l onu qui se veut defendre des valeurs universelles avec une approche inclusive, il ne faut pas exclure l equivalent de 3 fois la population de la Suisse!
a écrit le 05/03/2018 à 22:20 :
Il suffit de jeter un coup d'oeil sur une carte.

La chine a en Poutine un voisin dont la survie politique dépend d'un nationalisme agressif. Et puis, chose nouvelle, la Chine a maintenant des intérêts à l'étranger, en Afrique notamment et elle veut pouvoir les sauvegarder le cas échéant.

Si l'on rajoute l'attitude totalement erratique de Trump, on peut comprendre que la Chine s'arme. Pour autant le montant des achats doit être rapporté à la population et à la surface.

Ma plus grosse inquiétude avec la Chine est socio-économique. Le pays a eu deux décennies pour sortir du sous développement et créer un marché intérieur suffisamment solide pour rendre le pays moins dépendant des exportations. Ce qui revient à dire, une classe moyenne nombreuse et prospère.

J'ai le sentiment que ce but n'a pas été atteint, et qu'une élite issue du Parti a parasité le développement économique réel en créant une finance de prédation comme celle qui a jeté les USA et l'Europe par terre en 2007. Il y a plus de milliardaires au plenum du parti communiste chinois que dans toute la Californie, c'est pas bon signe pour le pays.
a écrit le 05/03/2018 à 19:44 :
La Chine devient menaçante, agressive et se prépare à ce qu'elle considère comme inévitable : la guerre avec les Etats-Unis.
Pour ceux qui s'intéressent sincèrement à la Chine et qui veulent comprendre sa récente évolution économique et sociale, il faut lire : "Mémoires chinoises" publié par les éditions CLC.
Réponse de le 07/03/2018 à 17:33 :
Une guerre avec les USA ou même avec la Russie est inenvisageable pour la Chine. Les USA ont trop d'armes, trop de bombes nucléaires pour même espérer y gagner la moindre chose. L'augmentation du budget d'armement Chinois correspond plutôt à une forme de dissuasion selon moi : à l'école vous respectiez qui ? le petit gros aux bras tout flasques (la Chine actuelle) ou le grand baraqué qui venait à l'école avec son canif (les USA) ?
a écrit le 05/03/2018 à 10:56 :
6,5% de croissance c'est peut-être moins qu'avant mais pour une économie en transition, c'est phénoménal. Quant à l'augmentation du budget militaire , il est financé contrairement aux USA. Bref la montée en puissance de la Chine n'est pas prête de se terminer.
a écrit le 05/03/2018 à 9:40 :
"contre la pauvreté, contre la pollution, et surtout contre les risques financiers associés au colossal endettement public et privé du pays "

Non le "surtout" c'est combattre la pauvreté et la pollution qui sont la base de son ralentissement économique.

L'usine du monde tant convoitée par les actionnaires milliardaires internationaux agonise tuant ses habitants.

Ça va pas être facile de faire face à une guerre commerciale face aux états unis dans ces conditions hein...

Résumons, quel pays, quel continent peut dans le siècle à venir dépasser les états unis ? De cette question dépend la bêtise de nos dirigeants qui ne font que nous faire courir après les états unis qui a sa propre culture et son propre mode de fonctionnement.

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