Le monde est devenu plus antifragile

LA CHRONIQUE DU "CONTRARIAN" OPTIMISTE. Créée par la pandémie du Covid-19, la pire récession économique que le monde a connu depuis la deuxième guerre mondiale aura été aussi la plus brève. C'est le résultat des mesures prises tant sur le plan sanitaire qu'économique qui ont visé à protéger les plus fragiles.
Robert Jules
Le monde est moins fragile - si on compare aux destructions entraînées par les pandémies dans le passé -, ou plus exactement est plus antifragile.
Le monde est moins fragile - si on compare aux destructions entraînées par les pandémies dans le passé -, ou plus exactement est plus "antifragile". (Crédits : Reuters)

En octobre 2020, quelques mois après le début de la crise sanitaire liée au Covid-19, le Fonds monétaire international (FMI) avertissait que la reprise économique mondiale serait "longue et difficile". Personne ne songeait à contredire la prophétie, après avoir vécu la mise sous cloche de l'activité de la planète, digne des blockbusters catastrophistes, sortis de l'imagination fertile des scénaristes hollywoodiens.

Le pessimisme du FMI était compréhensible. Au deuxième trimestre 2020, la contraction des PIB était spectaculaire (par rapport au trimestre précédent) : Allemagne (-32,2%), France (-37,9%), les 17 pays de la zone euro (-36,5%), Etats-Unis (-32,8%), le Royaume-Uni (-43,9%), selon les données de l'OCDE. Sur l'année 2020, l'institution internationale a estimé que l'activité mondiale s'est contractée de 3,3%.

Pourtant, dès 2021, l'activité repartait fortement à la hausse. Sur le deuxième trimestre, comparé à la même période de 2020, le rebond était spectaculaire : Allemagne (+9,2%), France (+18,7%), la zone euro (+13,7%), les Etats-Unis (+12,2%), le Royaume-Uni (22,2%).

La croissance mondiale prévue à +6% en 2021

S'il faut évidemment relativiser ces rebonds en raison de l'effet de base, il n'en reste pas moins que la pire récession économique depuis la deuxième guerre mondiale aura été aussi la plus brève. Selon les dernières projections du FMI, le PIB mondial devrait croître de 6% en 2021 et 4,9% en 2022.

Ce fait, remarquable, s'explique par la gestion de la crise. Certes, les inégalités se sont creusées, et le Covid-19 a déjà tué plus de 4 millions de personnes à travers la planète. Par ailleurs, nombre de gouvernements ont montré qu'ils ne s'étaient pas préparés au risque d'une pandémie. L'épisode de l'absence de masques et du gel hydroalcoolique en France reste dans toutes les mémoires.

Malgré cela, les responsables politiques ont pris les mesures nécessaires au fur et à mesure que les connaissances progressent sur le virus, partagées notamment via l'Organisation mondiale de la santé (OMS), institution internationale qui a joué un rôle majeur.

Ainsi, les pays asiatiques - qui avaient déjà eu l'expérience du Sars - ont tout de suite adopté les mesures de restriction pour maîtriser la situation, Chine en tête. En Europe, après un moment de sidération et un repli sur la sphère nationale, les pays se sont adaptés. Au contraire, ceux qui ont nié l'ampleur du problème, comme les Etats-Unis sous l'ère Trump ou le Brésil de Bolsanoro, l'ont payé d'un nombre élevé de victimes.

10 mois pour mettre au point des vaccins

Le plus remarquable a été la mise au point de vaccins en quelques mois contre 10 ans en moyenne. Cette prouesse scientifique et technique a été réalisée grâce à la collaboration et l'échange d'informations des chercheurs à travers le monde et  la mise en production massive des vaccins par les grands laboratoires. Et même si, aujourd'hui, l'espoir d'une sortie définitive de la crise sanitaire suscité par les vaccins est à modérer en raison de la propagation du variant Delta, il n'en reste pas moins qu'ils offrent aujourd'hui la meilleure protection.

Parallèlement à la gestion sanitaire, les gouvernements et les banques centrales ont immédiatement pris des mesures, encore inimaginables en 2019. En France, Emmanuel Macron a décidé de soutenir l'appareil productif "quoi qu'il en coûte" permettant d'éviter la faillite en chaîne des entreprises et, surtout, un chômage de masse. A l'échelle de la zone euro, les pays-membres ont trouvé un accord sur un plan de relance de 750 milliards d'euros et va lever, pour la première fois, de la dette au nom de pays de la zone euro. Comme lors de la crise de la dette grecque, l'UE a su faire preuve d'inventivité pour apporter une réponse à des problèmes inédits.

Par ailleurs, la crise aura montré la nécessité de réorganiser les chaînes de production par une relocalisation partielle. Cela ne remet pas en cause la mondialisation mais la rééquilibre, car l'étroite interdépendance des pays renforce la nécessité des échanges des solutions pour toutes les populations. Le monde est moins fragile - si on compare aux destructions entraînées par les pandémies dans le passé -, ou plus exactement est plus "antifragile".

Ce concept, forgé par l'essayiste Nassim Nicholas Taleb, désigne la capacité à subir des chocs qui en retour améliorent la résistance mais ne doit pas être confondu avec la célèbre phrase : "ce qui ne me tue pas me rend plus fort". Selon l'interprétation de Taleb, cette dernière signifie : "j'ai été épargné parce que je suis plus fort que les autres ; mais cela en a tué d'autres et la population moyenne est désormais plus forte parce que les faibles ont disparu." En réalité: "Ce qui ne m'a pas tué ne m'a pas rendu plus fort".

Le défi du dérèglement climatique

Au contraire, avec l'antifragilité, la survie de l'individu ne se fait pas aux dépens des autres. C'est cette logique qui a été suivie durant cette crise tant sur le plan sanitaire que sur le plan économique. Les mesures ont visé à protéger les plus fragiles - les personnes âgées, ou atteintes de comorbidités - avec la volonté de ne pas les sacrifier. De même, en acceptant de laisser filer l'endettement public, les gouvernements ont voulu maintenir l'emploi. Et le plan de relance économique européen a pris en compte la fragilité de certains pays en leur accordant des subventions.

Cette accroissement de l'antifragilité va dans le bon sens car le défi posé par le dérèglement climatique et ses conséquences nécessitera des réponses globales qui puissent protéger notamment les pays les plus exposés à ce risque.

Robert Jules

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Commentaires 2
à écrit le 29/08/2021 à 6:15
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Pour les multivaccines, pas de doute. Ca va saigner.

à écrit le 28/08/2021 à 9:51
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La gestion actuelle du covid va pourtant augmenter la fragilité de nos défenses immunitaires nous rendant dépendant du lobby pharmaceutique tandis qu'avant nous ne l'étions pas or dépendance = fragilité. Prenez une semaine de vacances de plus ! :-)

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