ENTRETIEN - La consultante franco-iranienne dénonce le « en même temps » des dirigeants occidentaux, qui « vendent leur âme au diable ».LA TRIBUNE DIMANCHE - Une semaine après l'annonce de la mort du président Raïssi, quel est l'état d'esprit de la population iranienne ?
MONA JAFARIAN - Après un moment national de joie populaire, c'est le temps de la douche froide. Pendant qu'un peuple célébrait la mort d'un de ses bourreaux les plus criminels, responsable de la mort de dizaines de milliers de personnes, l'Occident a décidé une fois de plus de courber l'échine.
L'ONU a mis un drapeau en berne, le Conseil de sécurité a adopté une minute de silence, alors qu'une de ses commissions d'enquête avait publié, quelques semaines plus tôt, un rapport de 580 pages sur les crimes contre l'humanité commis par ce régime sur des enfants, des femmes et des hommes en Iran. La France a présenté ses « condoléances » à la République islamique, l'Union européenne lui a emboîté le pas. Les États-Unis se sont montrés plus dignes en ajoutant à leur communiqué leur « soutien au peuple iranien et à sa lutte pour les droits de l'homme et les libertés fondamentales ». Même l'AIEA [l'Agence internationale de l'énergie atomique], censée enquêter sur la prolifération du nucléaire par le régime de Téhéran, nous a offert le spectacle sordide de ses membres l'air grave, la tête baissée, respectant une minute de silence pour le « boucher de Téhéran ».
En quoi ces hommages vous ont-ils choquée ?
Ces condoléances, bien que protocolaires, sont un affront à nos principes républicains, aux victimes de ce régime dont les proxys terroristes ont mis le Proche-Orient à feu et à sang, et surtout aux femmes et aux hommes iraniens qui continuent de s'opposer à l'islam politique au péril de leur vie. Elles sont un affront fait à une nation qui a vu tant de ces jeunes assassinés, torturés, pendus, violés, battus. Les dirigeants des grandes puissances prétendent lutter contre le terrorisme et la montée de l'intégrisme sur leur propre sol, mais ils considèrent les plus gros financiers du terrorisme mondial comme des partenaires diplomatiques avec lesquels négocier.
Propos recueillis par Garance Le Caisne