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Les Russes redoutent des pénuries de médicaments, Sanofi et Novartis stoppent leurs investissements (mais pas la production)

latribune.fr

Publié le 24 mars 2022 à 09:05 - Mis à jour le 24 mars 2022 à 09:05

Pharmacie russie

Des médicaments anti-inflammatoires pour enfants de conception étrangère ou encore des serviettes hygiéniques pour femmes étaient également quasiment introuvables dans les pharmacies russes depuis la mi-mars.

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Selon le ministre russe de la santé, Mikhaï Mourachko, les ventes de certains médicaments, notamment des anti-convulsifs et ceux pour le traitement de la thyroïde, ont quintuplé, voire décuplé en Russie, au mois de mars. Les russes redoutent un défaut d'approvisionnement, notamment des matières premières nécessaires à la fabrication, même si la chaîne de production est essentiellement locale. Des géants de l'industrie pharmaceutique, comme le suisse Novartis ou le français Sanofi ont annoncé suspendre leurs investissements dans le pays tout en maintenant la production sur place des...

... essentiels. Le marché pharmaceutique russe s'élève à 24 milliards d'euros en 2020.

Les sanctions occidentales en réponse à l'invasion russe en Ukraine commencent à se faire sentir dans la vie quotidienne des russes. Après des première scènes de lutte pour du sucre dans certains supermarchés, et la ruée sur des denrées alimentaires de base, ce vent d'inquiétude s'étend désormais aux médicaments.

Selon le ministre russe de la santé, Mikhaï Mourachko, les ventes de certains médicaments, notamment des anti-convulsifs et ceux pour le traitement de la thyroïde, ont quintuplé, voire décuplé en Russie, au mois de mars. Les Russes craignant une pénurie de médicaments de fabrication étrangère et une hausse drastique des prix, conséquence aussi de l'effondrement du rouble.

Des médicaments anti-inflammatoires pour enfants de conception étrangère ou encore des serviettes hygiéniques pour femmes étaient également quasiment introuvables dans les pharmacies russes depuis la mi-mars, ces produits étant proposés dans certaines boutiques en ligne à un prix dix fois supérieur à celui constaté mi-février.

Les Russes stocks des médicaments

Dès le 9 mars, certains médias russes notaient que certaines pharmacies manquaient déjà d'insuline et d'autres produits pour le traitement du diabète fabriqués à l'étranger. L'Agence fédérale russe de surveillance médicale (Roszdravnadzor) et l'association des pharmacies attribuent les pénuries d'insuline à une "demande urgente des consommateurs", tout en notant que la plupart des médicaments pour diabétiques sont produits en Russie et qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter.

Face à cette panique, les autorités russes ont appelé mercredi leurs concitoyens à ne pas se ruer sur les médicaments. "J'aimerais dire aux citoyens : il ne faut pas faire de stocks", a déclaré le ministre russe de la Santé, Mikhaïl Mourachko, lors d'une réunion du gouvernement diffusée à la télévision publique. "Les fournisseurs disent que les livraisons continuent comme prévu", a-t-il souligné.

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Les géants de la big pharma stoppent leurs investissements en Russie

Dans ce contexte de risque de pénurie en Russie et face aux appels du président ukrainien demandant aux entreprises françaises d'arrêter d'alimenter la machine de guerre russe, le laboratoire pharmaceutique français Sanofi, leader du secteur en Russie, présent dans le pays depuis les années 1970, tente de concilier les deux injonctions. Ce mercredi, le groupe a annoncé "arrêter toute nouvelle dépense qui ne serait pas directement liée" à la fourniture de ses "médicaments essentiels et vaccins en Russie et au Bélarus".

"En tant qu'entreprise de santé avec une vocation claire, nous continuons à sécuriser l'approvisionnement et l'accès aux médicaments essentiels et vaccins à tous les patients", souligne le groupe dans un communiqué. "Arrêter l'ensemble de nos opérations reviendrait à priver ceux qui en ont besoin de médicaments essentiels et de vaccins. Cela irait à l'encontre de notre vocation", explique le groupe.

L'arrêt de nouvelles dépenses comprend "les activités de publicité et de promotion et l'arrêt du recrutement de patients pour les essais cliniques en cours, tout en continuant à traiter ceux déjà intégrés dans nos programmes".

Sanofi commercialise dans le pays une large gamme de médicaments, de la prévention avec des vaccins modernes à la gestion de maladies graves telles que le diabète, les maladies cardiologiques, oncologiques, génétiques rares et autres. Le groupe français produit également sur place et se revendique comme "l'une des premières entreprises internationales à localiser la production de médicaments en Russie".

Le groupe possède notamment le complexe de production Sanofi-Aventis Vostok, situé dans la région d'Orel et construit en 2010. Il est entré en 2013 dans le cycle complet de production des insulines modernes. Depuis 2012, la production de médicaments pour le traitement des maladies oncologiques a également commencé sur ce site.

La production de médicaments est un secteur dynamique en Russie. Selon le dernier bilan du ministère de l'économie russe, la production de médicaments et de produits médicaux a progressé de 27% au mois de février, avant le début de la guerre et des sanctions.

Un chiffre d'affaires minime pour Sanofi en Russie

Le laboratoire indique par ailleurs que sa fondation "accélère les donations de médicaments essentiels et vaccins pour les patients en Ukraine et les réfugiés ukrainiens". "A ce jour, 10,5 millions de traitements quotidiens (notamment des insulines, antiépileptiques et médicaments d'urgence) ont été donnés et pourraient bénéficier potentiellement à 360.000 patients", dit-il.

En 2021, Sanofi avait réalisé 575 millions d'euros de chiffre d'affaires en Russie, soit moins de 1,5% de ses revenus globaux, qui s'élevaient l'an dernier à 37,7 milliards d'euros. Le marché russe était en perte de vitesse pour Sanofi, le groupe pharmaceutique accusait un retrait de 10% de son activité sur ce territoire l'an dernier.

Le géant pharmaceutique suisse Novartis adopte la même politique que Sanofi. Il suspend les nouveaux essais cliniques en Russie et cesse de recruter de nouveaux patients pour les essais déjà en cours, annonce-t-il mardi, même s'il continue de livrer des médicaments dans le pays.

Le groupe, qui fabrique notamment des médicaments contre l'insuffisance cardiaque et des anticancéreux, continue de s'engager à fournir ses traitements dans tous les pays où il est présent, mais a pris certaines mesures, dont la suspension de ses investissements en Russie, indique-t-il dans un communiqué.

Il a également cessé ses publicités et activités promotionnelles dans le pays. De surcroît, il a mis en pause le lancement de nouvelles études cliniques, précise-t-il.

Un marché global de 24 milliards d'euros

Selon les chiffres de Business France, en 2020, le marché pharmaceutique russe s'élevait à 2 040 Mds RUB (+9 % vs 2019), soit 24 milliards d'euros. Les ventes de produits pharmaceutiques en volume ont baissé de 4 % en 2020 par rapport à l'année précédente. En 2020, la part des médicaments importés sur le marché russe était de 56,3% en valeur et de 31,4 % en volume. La croissance du marché en termes de volume a été négative à la fois pour les médicaments produits en Russie (-4 %) et les médicaments fabriqués à l'étranger (-3 %). En termes de valeur, les médicaments localisés ont augmenté de 13 %, tandis que les médicaments importés ont augmenté de 8%.

La Russie est actuellement le onzième plus grand marché pharmaceutique au monde et représente l'un des marchés mondiaux les plus dynamiques et ayant un des plus fort taux de croissance, relève une thèse de l'université de Loraine.

En 2010, le Kremlin a lancé sa Stratégie Pharma 2020, visant à faire monter en gamme son industrie locale, notamment marqué par un objectif d'augmentation de la production locale de produits pharmaceutiques pour le marché intérieur de 20% à 50% en termes de valeur d'ici 2020. Moscou voulait également renforcer sa compétitivité pour doper ses exportations.

En 2018, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) plaçait le système de santé russe au 130ème rang mondial. La Russie accuse un retard considérable par rapport aux pays européens avec des normes de qualité du médicament trop faibles et un taux de mortalité chez les adultes très élevé.

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